Lille : Le procès d’un homicide routier inclura le protoxyde d’azote ?
Yanis H., 22 ans, est jugé devant le tribunal judiciaire de Lille pour avoir involontairement causé la mort de Lyla, 20 ans, le 18 mars dernier, alors qu’il conduisait en étant sous l’emprise de l’alcool et de stupéfiants. Le parquet a requis cinq ans de prison ferme et la révocation du sursis probatoire de huit mois en raison de ses précédentes condamnations pour conduite sous l’emprise de stupéfiants et d’alcool.
Yanis H., âgé de 22 ans, a été conduit menotté au tribunal après avoir été incarcéré en détention provisoire depuis le drame survenu le 18 mars dernier. Ce mardi, il a comparu devant le tribunal judiciaire de Lille pour avoir provoqué involontairement la mort de Lyla, une passagère de 20 ans, alors qu’il conduisait sous l’emprise de l’alcool, du cannabis et après avoir inhalé du protoxyde d’azote. La présidente du tribunal a souligné que cette situation ne pouvait conduire qu’à un drame.
Au cours de la nuit en question, le véhicule C4 de Yanis H. a heurté un camion, avec le côté passager enfoncé jusqu’à la roue arrière. Les images de l’accident présentées lors de l’audience montrent une carcasse de voiture en ruine, prouvant que Lyla n’a eu aucune chance de survivre. Bien que l’enquête n’ait pas établi la vitesse exacte à laquelle Yanis H. roulait, tous les témoins étaient convaincus qu’il dépassait les 70 km/h autorisés. Seul le prévenu soutenait qu’il roulait à « 70, 75 km/h maximum ».
La présidente du tribunal a insisté sur les détails de la soirée : Yanis H. avait fumé « 4 ou 5 joints » durant la journée, consommation de « 10 ou 15 ballons de protoxyde d’azote » et bu « un flash de vodka chacun » cette nuit-là. Elle a questionné le prévenu : « Le but de la soirée c’était de réunir toutes les conditions pour avoir un accident, c’est ça ? ». Yanis H. était sous un sursis probatoire de huit mois pour conduite sous l’emprise de stupéfiants au moment des faits.
D’après son témoignage, c’est Lyla qui l’a sollicité ce soir-là. Étant donné son addiction au protoxyde, ils ont fait livrer directement cette substance dans la voiture, avant d’acheter de l’alcool et de consommer sur un parking avant de repartir pour « aller chercher de l’essence » aux alentours de 5 heures du matin. La présidente l’a interrogé sur la prise de conscience de la nécessité de ne pas reprendre le volant, à quoi il est resté silencieux.
Le jeune homme avait un passé judiciaire ; il avait été condamné à vingt mois de prison, dont 12 fermes, en mai 2024 pour conduite sous l’emprise de stupéfiants et en novembre 2025 pour conduite sous l’emprise de l’alcool avec vitesse excessive. Dans les deux cas, son permis avait été suspendu. L’avocate de la famille de la victime, maître Hélène Vatinel, a été choquée d’apprendre que Yanis H. avait récupéré son permis seulement deux mois avant l’accident mortel. Elle a demandé au tribunal d’imposer une interdiction définitive d’obtenir un permis pour protéger la société.
Dans cette affaire, le protoxyde d’azote ne représentait qu’un aspect d’une tragédie plus large. Toutefois, il a pris une dimension symbolique, comme l’a noté Ossama Dahmane, l’avocat de la défense. Ce dernier a également fait référence aux propos de la mère de Lyla, qui avait reconnu l’addiction de sa fille et souligné les effets néfastes du gaz sur sa santé.
Le procureur de Lille, Samuel Finielz, a récemment déclaré qu’il accorderait une attention particulière à la lutte contre le protoxyde dans sa politique pénale. Lors du procès, il a affirmé que « Lyla est morte pour le plaisir de Yanis H., qui cherchait à fumer des joints, à boire de l’alcool et à inhaler du proto ». Il a également évoqué le décès de Mathis, « tué par un chauffard sous proto », et mis en garde contre cette « nouvelle menace » qui transforme les consommateurs en délinquants.
L’avocat de Yanis H. a défendu son client en affirmant que ce n’était pas seulement un dossier concernant le protoxyde d’azote, mais bien celui de deux jeunes en détresse, plongeant dans un chaos. L’avocate des parties civiles avait également reconnu que le problème n’était pas spécifiquement le protoxyde d’azote, mais le fait de conduire après avoir consommé des substances. Concernant le protoxyde, Yanis H. s’expose à une amende de 150 euros. Toutefois, pour l’homicide routier sous alcool et stupéfiants en récidive, il risque jusqu’à vingt ans de prison. Le parquet a requis cinq ans de prison ferme et a demandé la révocation de son sursis probatoire de huit mois. La décision du tribunal sera rendue le 13 mai prochain.

