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Après le Mali, les djihadistes ne peuvent-ils pas s’attaquer au Burkina Faso et au Niger ?

Un nouveau point stratégique est tombé ce week-end aux mains de l’alliance rebelle du Mali, avec le contrôle du camp de Tessalit par les djihadistes du JNIM et des Touaregs du Front de libération de l’Azawad. Le gouvernement du Burkina Faso contrôle et parvient à protéger, au mieux, environ 35 % du pays.


Un nouveau point stratégique a été pris ce week-end par l’alliance rebelle au Mali. Les djihadistes du JNIM (Al-Qaïda au Sahel) et les Touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont conquis le camp de Tessalit quelques jours après avoir pris le contrôle de la ville clé de Kidal. Ces groupes armés continuent de progresser dans le nord du pays, visant Bamako dans le but de renverser la junte militaire.

Bien que le Mali ne soit pas tombé, la situation est instable. Les djihadistes sont en position de force et les événements récents suscitent des doutes quant à la capacité de la junte à faire face aux menaces des groupes armés, ainsi qu’à l’efficacité des Russes à protéger leurs alliés au pouvoir.

A quelques kilomètres de là, les pays voisins du Mali et partenaires de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) sont également en danger, selon Will Brown, chercheur au programme Afrique du Conseil européen des relations extérieures (ECFR). Ces pays sont également dirigés par des militaires et soutenus par les paramilitaires russes de l’Africa Corps (ancien groupe Wagner).

Le Burkina Faso et le Niger subissent également la pression des groupes armés djihadistes. « De vastes régions du Burkina Faso échappent totalement à l’autorité de l’État, quoi qu’en disent les propagandistes », observe le chercheur, ajoutant que le gouvernement ne parvient à contrôler et protéger qu’environ 35 % du pays. Comme au Mali, le JNIM sévit également au Burkina Faso, où les djihadistes d’Al-Qaïda au Sahel contrôlent la zone de Yagadi, située à une centaine de kilomètres de la première région militaire du pays, selon RFI.

Cependant, le groupe terroriste ne possède pas la capacité de former les mêmes alliances qu’au Mali. « Les Touaregs sont très divisés et le FLA n’a presque aucune influence en dehors du Mali, donc le JNIM ne peut pas espérer mobiliser la même base combattante qu’au Nord Mali », précise Marc-Antoine Pérouse de Montclos, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et spécialiste des conflits armés en Afrique subsaharienne.

Au Niger, l’avantage est à l’EIGS (État islamique au Grand Sahara). Ceci fait une grande différence, car « le JNIM est le groupe djihadiste le plus structuré de la zone sur le plan politique », souligne Marc-Antoine Pérouse de Montclos, ajoutant que les troubles au Mali « ne sont pas réplicables ailleurs ». Il est peu probable qu’une alliance se forme entre les deux groupes. « Ces alliances sont comme les sables du Sahara : elles changent au fil du temps, mais le JNIM déteste profondément l’État islamique au Sahel », ajoute Alex Vines, directeur du programme Afrique au ECFR.

Cela n’empêche toutefois pas le Niger d’être la cible d’attaques djihadistes, comme en janvier dernier lorsque l’État islamique a revendiqué une attaque sur l’aéroport de Niamey. L’EIGS sait exploiter le chaos et tirer profit des récents troubles causés par ses ennemis au Mali, comme en témoigne le repérage qu’elle a effectué l’année dernière « sur le territoire du JNIM au Burkina Faso », souligne Will Brown.

Bien que « les configurations soient très différentes d’un pays à l’autre », comme le rappelle Marc-Antoine Pérouse, les scénarios tendent à se répéter ces dernières années. Le Mali a été le premier à connaître un coup d’État militaire en 2021, suivi par le Burkina Faso en 2022 puis le Niger en 2023. Tout comme au Mali, ces voisins ont exigé le départ des troupes françaises avant de s’allier avec les Russes pour lutter contre l’insurrection djihadiste.

Ces pays « subissent tous peu à peu le même sort », résume Will Brown. Dans le Sahel, ces trois gouvernements militaires « pensent que le meilleur moyen de vaincre une insurrection bien financée, dotée de ressources importantes et très motivée consiste uniquement à mener une lutte militaire à grande échelle », précise-t-il, sans remettre en question leur gestion.

Pour se maintenir, il est fort probable que les juntes « chercheront à diversifier leurs prestataires de sécurité » sans aborder les problématiques fondamentales qui fragilisent les sociétés, prévient Will Brown. « Nous risquons d’assister à une fragilité accrue, à de nouvelles tentatives de coup d’État et à une insécurité grandissante », ajoute Alex Vines.