Belgique

Procès de Strépy-Bracquegnies : Paolo Falzone reconnaît conduire « comme un fou »

Le procès de Paolo Falzone a débuté le premier jour d’audience avec son interrogatoire au cours duquel il a abordé ses relations familiales, sa scolarité, et ses antécédents de conduite. Il a admis avoir causé la mort de sept personnes lors d’un accident, affirmant qu’il n’avait jamais voulu cela et que c’était une « grosse connerie ».


C’est un moment très attendu. En ce premier jour de procès, Paolo Falzone, le principal accusé, doit s’exprimer devant la cour d’assises. Ce procès attire des centaines de personnes : témoins, parties civiles, avocats, journalistes…

Pour cette raison, la cour d’assises a été déplacée dans l’enceinte du Lotto Mons Expo. Cependant, ce choix présente quelques complications, notamment lors des prises de parole et pour la communication entre avocats et clients.

Quelques minutes avant l’interrogatoire de Paolo Falzone, son avocat, Frank Discepoli, a évoqué ces difficultés lors d’un entretien, mentionnant que son client se trouvait « confronté d’abord à un décorum très très très lourd, cette salle des expositions avec ce monde extrêmement important, et surtout, et je peux le comprendre, le regard des victimes, des familles des victimes qui sont concentrées sur lui ».

Pour l’avocat, la configuration des lieux n’encourage pas l’écoute et la communication. « Les jurés sont très éloignés de M. Falzone. Je crois même qu’ils ne le voient pas, tout simplement, parce qu’il est assis derrière moi, et qu’il n’est pas surélevé. Ce qui est très très dommage, et pour moi, je dois bien avouer que c’est une première ».

Maître Discepoli espère malgré tout que les jurés resteront attentifs aux déclarations de son client « avec ses petits moyens d’ordre intellectuel. Certains pourraient percevoir ses explications comme des prétextes, prendre ça comme un manque de respect. Alors soyons très très clairs, quoi que dise M. Falzone, ce sera pour beaucoup de gens totalement inaudible. S’il ne regrette pas, ça lui sera reproché, et s’il regrette, eh bien, on considérera que ce seront des reproches de façade ».

« Ce que je sais, c’est ce que je lui ai demandé, c’est d’être lui-même, de répondre avec ses mots, avec son émotion. Il veut être condamné, mais uniquement pour ce qu’il a fait et pas pour ce qu’il n’a pas souhaité, à savoir la mort de certaines personnes. Alors, il va prendre les mots qui sont les siens. Ils ne sont pas très nombreux, parfois ce n’est pas très structuré, mais en tout cas, ce sera, je le pense, extrêmement sincère ».

La cour commence par questionner le principal accusé sur ses relations familiales. « Vos parents vont comment ? », lui demande la présidente de la cour. « Ma maman va bien », répond d’une voix tremblante Paolo Falzone. (Note : son père est atteint d’une maladie grave depuis plusieurs années). On apprend que sa mère est couturière et que son père travaillait chez Colruyt. L’accusé estime avoir une bonne éducation, marquée par la notion du respect. Il se décrit comme très, très proche de sa mère et l’a appelée juste après l’accident.

La cour évoque sa scolarité. Il a effectué des études professionnelles en maçonnerie, mais « ça ne va pas ». Il a enchaîné les petits boulots : voiturier dans un restaurant, chocolatier, chauffeur-livreur de nuit, en cuisine à l’hôpital de Jolimont… Il avait un crédit maison mais était toujours domicilié chez ses parents.

D’un point de vue sentimental, Paolo Falzone a eu des petites amies. L’une d’elles l’a quitté « parce qu’il a fumé un pétard ». La présidente de la cour, Martine Baes, cite des déclarations de « l’ex » : « Il aimait tellement sa voiture, raconte l’ex, qu’il la lavait jusqu’à 15 fois par semaine ». « Peut-être pas à ce point-là », réagit l’accusé.

La présidente, Martine Baes, dresse l’inventaire de ses petites amies. Pourquoi ces échecs à répétition ? Une de ses ex est tombée enceinte. Ils ont décidé de ne pas garder l’enfant.

Toutes les anciennes compagnes décrivent un jeune homme « très proche de sa mère, hyper protégé par cette dernière, amoureux des voitures. L’une d’elles ira plus loin, affirmant qu’il considère sa voiture « comme son bébé, qu’il entre dans une sorte de transe lorsqu’il pousse l’accélération à 200 km/h, en se balançant vers l’avant ».

La cour veut savoir si tout cela est bien exact. « Bah… l’accélération, peut-être que c’est possible, oui. Et tenir mon volant à 2 doigts aussi! ». Paolo Falzone assure que « tout ça, c’est fini. Il ne faut plus me parler de voiture ou de permis ». « Ça, on verra ça plus tard », tempère la présidente de la cour.

Pendant l’interrogatoire, des victimes quittent la salle en pleurs et se réfugient aux toilettes. D’autres membres du public se moquent, entendus à cause de certains éléments avancés par l’accusé.

A-t-il déjà eu des amendes ? « Bah oui, comme tout le monde! » Martine Baes fournit plus de détails, « défaut d’assurance. Tout jeune, il roulait avec un petit cyclo trafiqué à 68 km/h, que la police a confisqué ». Paolo Falzone apparaît comme un jeune homme peu soucieux des règles, avec une liste impressionnante d’infractions comprenant alcool, excès de vitesse, retraits de permis, franchissement de feux rouges, sens interdits et même port d’armes, totalisant 2800 euros d’amendes en 10 ans. « Et apparemment, ça ne percute pas! », lance la présidente.

Devant la cour, Paolo Falzone admet la relation disproportionnée et passionnelle qu’il entretenait avec la vitesse et les voitures, ainsi que les risques qui en découlaient. « À cette période-là, je me sentais invincible, Madame, je le reconnais. Je me sentais supérieur, comme un fou, quand je roulais vite […]. À l’époque, je n’étais pas conscient du danger ».

Sur les réseaux, le jeune homme s’est vanté d’avoir trafiqué sa voiture pour la porter à 350 chevaux. Il aimait se filmer en accélérant, poussant le compteur à son maximum. « C’était complètement débile, je le reconnais […]. Avec le recul, je me dis ‘mais qu’est-ce qui t’est passé par la tête ?' ».

« Que s’est-il passé ce jour-là ? » Paolo Falzone ne répond pas. Son menton tremble. « Pourquoi est-ce limité à 50 km/h dans la rue des Canadiens ? » poursuit la présidente de la cour. « Parce qu’on est en agglomération ». « Vous avez tué combien de personnes ? » « Sept ». « Et les blessés ? Quel type de blessure ? » « Physiques et psychologiques ». « Vous avez vu les photos ? » « Oui, certaines. Et je peux vous dire que ça m’a beaucoup fait pleurer ».

Il est révélé que lors de sa première audition, Paolo Falzone avait menti, allant jusqu’à prétendre « qu’il s’arrêtait même lorsqu’un lapin traverse la route ». À cette époque, il niait farouchement être un chauffard, avoir eu des PV, des amendes ou avoir modifié sa voiture. Ce n’est que plus tard, grâce à l’analyse des vidéos et à l’expertise automobile, qu’émergea la vitesse exacte à laquelle il roulait avant l’impact.

Ce matin-là, rue des Canadiens, la BMW était lancée en conduite « sport », avec un rap à fond dans les enceintes. « J’avais les yeux sur le compteur de la voiture et sur mon téléphone, c’est ça le problème ».

Il éclate en sanglots en évoquant la vitesse de la voiture au moment de l’impact. « Il y a une accélération jusqu’à 2,5 secondes avant l’impact alors qu’il y avait un mur de piétons! », précise la présidente. Paolo Falzone pleure en jurant qu’il n’a pas vu les piétons. « Je vous jure que j’ai appuyé comme un malade sur le frein lorsque j’ai vu le groupe ». « Sur le moment même, je suis choqué ».

Des victimes quittent la salle, la gorge nouée, prises en charge par les services médicaux en gilet fluo. « Je sais que j’ai fait une grosse connerie, je peux le dire devant tout le monde », poursuit l’accusé en pleurs. « Je n’ai jamais voulu ça, je n’ai jamais voulu tuer des gens ». La présidente lui demande pourquoi il ne s’est pas arrêté. « C’est une fraction de seconde. Ça va tellement vite, on ne sait plus quoi ». « Selon les témoins, vous poursuivez votre route, malgré que Frédéric d’Andrea a été percuté », pointe la présidente. Paolo Falzone maintient qu’il ne l’a pas vu. Il mentionne ensuite un appel téléphonique avec sa mère : « Je lui ai dit ‘maman, j’ai tué des gens, je vais aller en prison' ».

Paolo Falzone a été examiné à deux reprises par des experts. Dans un premier temps, il a expliqué être dans l’incapacité d’approcher une voiture à nouveau. Lors du second examen, il a évoqué l’envie de travailler un jour dans le secteur du nettoyage de voitures de luxe. Devant la cour d’assises, il assure vouloir s’orienter vers d’autres secteurs.

Il est aussi révélé qu’au cours de son incarcération (de mars 2022 à août 2023), l’accusé a reçu la visite de trois femmes. L’une d’entre elles parle d’une relation malsaine, évoquant avoir eu l’impression d’avoir été « achetée » avec des cadeaux, « pour qu’il soit bien vu aux yeux de la justice », expliquera-t-elle.

La présidente l’interroge sur sa compagne actuelle et leur enfant. « Le Paolo d’avant, c’est terminé! Je veux repartir sur de bonnes bases ».

La soirée doit se poursuivre avec l’interrogatoire d’Antonino Falzone, passager de la voiture le jour du drame. Ce mardi, la cour et les jurés entendront tout d’abord le juge d’instruction chargé de l’affaire. De nombreux policiers se succéderont ensuite à la barre. La première semaine de ce procès hors norme est consacrée à l’examen des faits.