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Europe et Canada s’unissent en Arménie contre Trump

L’Europe et le Canada ont affiché front uni lundi lors d’un sommet de la Communauté politique européenne (CPE) à Erevan. Les Européens ont pris le relais des Américains pour financer l’effort de guerre de Kiev, avec un prêt de 90 milliards d’euros validé le mois dernier par l’UE.


L’Europe et le Canada ont affiché un front uni lundi lors d’un important sommet diplomatique en Arménie, déterminés à se rassembler face aux turbulences causées par Donald Trump. « Nous ne pensons pas être condamnés à nous soumettre à un monde plus transactionnel, insulaire et brutal », a déclaré le Premier ministre canadien Mark Carney, en ouverture d’un sommet de la Communauté politique européenne (CPE) à Erevan.

C’est la première fois qu’un dirigeant non-européen est invité à ce forum informel, qui se réunit deux fois par an, excluant la Russie et le Bélarus. « Des réunions comme celle-ci nous ouvrent une autre voie », a affirmé le chef du gouvernement canadien, qui a plaidé ces derniers mois pour une alliance entre les « puissances moyennes » face aux « puissances hégémoniques » comme les États-Unis ou la Chine.

Ce soutien tombe à point nommé pour des Européens encore ébranlés par la décision de Donald Trump de retirer 5 000 soldats américains stationnés en Allemagne. Le président américain a aussi menacé l’UE de nouvelles surtaxes douanières. « Nous payons aujourd’hui le prix de notre dépendance excessive à l’égard de la protection offerte par les États-Unis en matière de défense et de sécurité », a déclaré le président français Emmanuel Macron. Il a ajouté, en évoquant le Premier ministre canadien : « Si Mark est lui aussi présent, c’est parce qu’il se sent de plus en plus proche des Européens, parce que nous sommes tous ensemble, et que nous estimons que nous avons besoin de l’être. »

Les Européens se sont également engagés à renforcer davantage leurs propres capacités de défense. Le retrait des militaires américains d’Allemagne « montre que nous devons vraiment renforcer le pilier européen de l’Otan, et nous devons vraiment en faire plus », a estimé la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas. Le soutien à l’Ukraine est un autre sujet majeur de discussion à Erevan, alors que les Européens ont pris le relais des Américains pour financer l’effort de guerre de Kiev, avec un prêt de 90 milliards d’euros validé le mois dernier par l’UE.

« Résistez à l’idée de relâcher les sanctions sur la Russie », a plaidé Volodymyr Zelensky, insistant sur la nécessité de « pousser » Vladimir Poutine à accepter une solution diplomatique. La présence du président ukrainien à ce sommet en Arménie, ancienne république soviétique du Caucase, qui est restée alliée de Moscou après la chute de l’URSS, est symbolique.

Parmi les quelques absents à cette réunion de la famille européenne élargie se trouvaient le chancelier allemand Friedrich Merz et le président turc Recep Tayyip Erdogan. Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a été retardé par un problème technique lors de son voyage, mais est finalement arrivé en Arménie. Ces discussions se tiennent dans ce pays voisin de l’Iran, résonnant avec les vives préoccupations des Européens, qui subissent de fortes répercussions du conflit au Moyen-Orient, notamment sur le plan énergétique.

La réunion de la CPE sera suivie mardi par le premier sommet UE-Arménie, en plus petit comité, tandis que le président Macron, qui a reçu un accueil très chaleureux à Erevan, devait entamer lundi soir une visite d’État. Autant d’occasions pour les Européens d’exprimer leur soutien à l’Arménie, un mois avant des élections législatives cruciales pour son avenir. Cette ancienne république soviétique cherche, sous l’impulsion de son Premier ministre, Nikol Pachinian, à renforcer ses liens avec l’UE.

L’année dernière, le pays a adopté une loi déclarant officiellement son intention de présenter sa candidature à l’UE, poursuivant ainsi un partenariat établi en 2017. La candidature n’a pas encore été formellement soumise, mais, à l’instar d’une partie d’échecs – un sport national en Arménie – chaque camp avance ses pions : Vladimir Poutine a prévenu Nikol Pachinian début avril qu’une adhésion de son pays à l’UE serait « tout simplement impossible » compte tenu des liens actuels entre les économies arménienne et russe.