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Les constructeurs automobiles chinois s’imposent en Europe : jusqu’où ?

En mars, des marques chinoises ont atteint 9 % des ventes de voitures en Europe et 14 % des voitures électriques, selon le cabinet Dataforce. Actuellement, plus de 80 % de l’offre automobile commercialisée en Europe est fabriquée en Europe, selon Athina Argyriou.


L’acteur Jean Reno se rend au bord de la mer avec sa Jaecco, dans une publicité pour le groupe chinois Chery. Daniel Craig prend le volant d’une voiture chinoise aux faux airs d’Aston Martin pour promouvoir Denza, la marque haut de gamme de BYD. Dans un contexte où l’industrie automobile européenne rencontre des difficultés, les constructeurs chinois intensifient leur présence sur le Vieux continent. Pékin a ouvert, le 24 avril, les portes du plus grand salon automobile mondial, dont le thème est « L’avenir de l’intelligence », et avance sur plusieurs fronts. Il s’agit d’initiatives médiatiques, mais aussi d’événements comme un défilé organisé à l’Opéra de Paris pour BYD début avril, ainsi que des actions industrielles.

Les marques chinoises cherchent effectivement à négocier, partager ou acquérir des lignes d’assemblage en Europe. D’après Auto infos, une délégation du constructeur Dongfeng aurait visité le site breton de Stellantis à proximité de Rennes, où est fabriquée la Citroën C5 Aircross. Leapmotor prévoit de produire deux modèles dans une usine Stellantis à Saragosse (Espagne), aux côtés des Peugeot 208, Opel Corsa et Lancia Ypsilon. XPeng assemble des modèles en kit en Autriche, tandis que BYD, qui a demandé à rejoindre l’Association des constructeurs européens (ACEA), prévoit d’ouvrir une usine en Hongrie.

Il est vrai que les véhicules chinois disposent d’atouts significatifs : des avancées technologiques, des prix attractifs et des batteries fiables. Autrefois méconnues sur le continent, des marques telles que SAIC MG, BYD, Chery Auto, Leapmotor ou Xpeng ont réalisé 9 % des ventes de voitures en Europe en mars et 14 % des ventes de voitures électriques, selon le cabinet Dataforce, soit le double d’un an auparavant.

Face à une surproduction sur leur marché et à une concurrence intérieure sévère, les constructeurs chinois voient l’Europe comme une opportunité. D’après des spécialistes, pour établir une présence sur le marché européen, il est préférable de produire localement. « Pour éviter les taxes douanières et les problèmes de transports », a déclaré à l’AFP Lionel French Keogh, directeur commercial de Chery France. De plus, vendre est une chose, mais assurer le service après-vente est essentiel, et avoir accès à suffisamment de pièces détachées dans des délais raisonnables est rassurant. C’est pourquoi la Chine a ouvert un nouveau front avec l’établissement de concessions, de services de SAV et une expansion rapide des réseaux de distribution, qui augmentent chaque jour.

Les constructeurs européens sont-ils en danger ? La réponse est nuancée. « Ce débat se limite souvent à une opposition binaire entre l’Europe et la Chine, alors que la réalité industrielle, faite de chaînes de valeur imbriquées, est plus complexe », explique Athina Argyriou, présidente déléguée de la Chambre syndicale internationale de l’Automobile et du Motocycle (CSIAM), à 20 Minutes. « La Chine est devenue le « partenaire » commode de nos discussions, d’autant plus qu’elle nous dispense d’interroger nos propres choix. Bien sûr, des sujets concrets existent : asymétries d’accès au marché, subventions, et pratiques qui nécessitent des réponses européennes fermes […] Mais brandir la menace chinoise sert souvent à éluder les vraies questions, comme pourquoi nos industries ont-elles perdu en compétitivité ? », interroge la présidente.

En France, la dynamique des ventes de voitures chinoises est moins forte que dans d’autres pays européens, probablement en raison de l’attachement des Français aux marques « nationales » comme Peugeot et Renault. Mais cette tendance va-t-elle se maintenir ? « Ce qui constitue la réalité industrielle d’un pays, ce n’est pas le nom inscrit au siège social d’un constructeur, mais la localisation des usines, les équipementiers, et l’ingénierie », soutient Athina Argyriou. Elle ajoute : « Un véhicule assemblé hors d’Europe peut soutenir des équipementiers, des ingénieurs et des technologies européennes. Inversement, produire certains modèles à l’étranger permet parfois de renforcer chez nous la fabrication de véhicules à plus forte valeur ajoutée. »

Conduira-t-on tous des voitures chinoises prochainement ? La réponse actuelle est plutôt non, car l’avenir semble s’orienter vers un marché mixte, où constructeurs européens et chinois coexisteront. « Aujourd’hui, plus de 80 % de l’offre automobile commercialisée en Europe est fabriquée en Europe », souligne Athina Argyriou. « Nous continuerons donc, très majoritairement, à conduire des véhicules ayant un fort ancrage industriel européen. »