Tunisie

Coût du stress urbain : Violence, absentéisme et santé mentale en baisse

Le sociologue Abdelsattar Sahbani a déclaré que « l’individu paie pour habiter en milieu urbain », soulignant que le coût du stress urbain incite à la réflexion et à l’analyse. Il a également noté que la Tunisie perd, annuellement, pas moins de deux millions d’heures de travail, et que 60% des absences reviennent à des problèmes de santé.


Combien coûte le stress urbain ? Quelle est la facture à régler, tant pour l’individu que pour l’État, afin de bénéficier d’un confort citadin, souvent imparfait, voire presque absurde ? Vivre en milieu urbain est souvent associé à la chance et aux privilèges. Cela se manifeste à travers une multitude de services administratifs et multisectoriels qui transforment les villes en petits cosmos, offrant des commodités dont la proximité constitue un aspect avantageux, souvent inaccessible en milieu rural.

Cependant, cet environnement social et économique, conçu pour fournir le confort nécessaire à l’épanouissement des individus et des communautés, s’accompagne d’un stress omniprésent. Ce stress découle non seulement du rythme effréné de la vie moderne, mais également des défaillances des services proposés, sans exception. De ce fait, le coût du stress urbain mérite une analyse approfondie.

Interrogé sur cette question, Abdelsattar Sahbani, sociologue, souligne l’importance du coût social. Pour profiter du confort urbain, l’individu doit débourser une somme considérable. Plus il paie, plus l’accès à ce confort devient facile. « L’individu paie pour vivre en milieu urbain. Pour cela, il doit acquitter un loyer, dont le montant varie selon l’emplacement et le standing du logement. Pour accéder au confort, il doit investir davantage. Certains choisissent d’acheter des appartements, ce qui exige souvent de recourir à des crédits bancaires. Ces personnes risquent de passer leur vie à rembourser leur crédit sans jamais connaître un véritable confort, puisque la majorité des appartements sont exigus », explique Sahbani.

Vivre entassé mais aussi en promiscuité est une réalité. Dans certains quartiers, les maisons ressemblent davantage à des « oukalas », ou habitations collectives. Partager le même foyer devient ainsi une nécessité pour les ménages modestes. « Au lieu d’accueillir une famille nucléaire, une petite maison devient le refuge de familles élargies, surtout avec des loyers inaccessibles par rapport au budget familial et à la cherté de la vie », ajoute-t-il.

De plus, les prix exorbitants de l’immobilier suscitent la méfiance, car la plupart des promoteurs immobiliers s’orientent vers des modèles d’appartements de taille réduite. Ils construisent souvent dans des zones non urbaines où le coût du mètre carré est compétitif. Cela oblige les multinationales à compléter le développement par la construction de routes et d’installations pour l’eau, l’électricité et l’assainissement. Tant de problèmes confèrent aux nouvelles habitations un aspect désagréable et aux villes une atmosphère stressante.

L’inconfort des logements est aggravé par d’autres dysfonctionnements qui confèrent au milieu urbain un caractère tyrannique. Le sociologue attire l’attention sur les « commodités incommodantes », telles que les transports en commun, l’état des routes, et l’invasion des commerces dans les quartiers résidentiels, entraînant divers niveaux de pollution. « L’encombrement et l’intrusion des commerces dans les quartiers résidentiels générent plusieurs types de pollution, y compris solide, atmosphérique, linguistique et sonore. Cela nuit à l’environnement, tant naturel que social », affirme Sahbani. Il évoque également le cycle stressant des exigences socio-économiques des ménages.

Face à la cherté de la vie, les Tunisiens font face à une alternance de dépenses liées à divers événements. Une fois le Nouvel An fêté, ils doivent se préparer aux dépenses liées à Ramadan et aux préparatifs de l’Aïd el-Fitr, suivies de celles pour l’Aïd el-Adha et les vacances. L’été, souvent marqué par des célébrations heureuses, engendre des frais parfois démesurés, sans oublier les factures d’eau et d’électricité souvent élevées. « D’un côté, nous avons des besoins qui dépassent largement nos moyens. D’un autre côté, nous sommes pris dans un cycle de consommation ; une véritable accumulation d’événements nécessitant des dépenses ponctuelles importantes, le tout dans un cadre de vie marqué par une cherté insupportable», poursuit M. Sahbani.

Tous ces éléments composent intrinsèquement le stress urbain, qui se manifeste par trois phénomènes redoutables : la violence, l’absentéisme et la diminution de la performance au travail, ainsi que la dégradation de la santé mentale. Le sociologue signale une recrudescence de la violence urbaine, se traduisant par des comportements agressifs et des délinquances. « Récemment, des chiffres sur l’absentéisme au travail ont été publiés, montrant que la Tunisie perd annuellement pas moins de deux millions d’heures de travail, 60 % des absences étant liées à des problèmes de santé. Cela indique un mal-être : si l’on n’est pas bien chez soi, on ne peut l’être ailleurs », explique Sahbani. Il souligne ainsi la nécessité de développer des statistiques sur la santé mentale en Tunisie.

Manifestement, le coût du stress urbain est corrélé à la qualité de vie. Moins la qualité et les conditions de vie sont élevées, plus le coût du stress urbain et des solutions à ce problème augmentent.

Le sociologue propose plusieurs solutions pour remédier à cette situation. Il appelle à donner aux collectivités locales l’importance qu’elles méritent. À son avis, il est temps d’accorder aux municipalités les prérogatives nécessaires, tout en maintenant un contrôle sur ces structures. La transparence dans la gouvernance locale est essentielle pour assurer la fiabilité des actions. « Enfin, il est indispensable de faire respecter la loi concernant l’aménagement urbain et de préserver les anciens quartiers du délabrement et des problèmes sociaux qui les affectent. Un débat national est donc nécessaire et urgent », conclut le sociologue.