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Blocus du détroit d’Ormuz : superprofits et pouvoir liés à Trump

La guerre contre l’Iran déclenchée par les États-Unis et Israël le 28 février a conduit à la fermeture du détroit d’Ormuz, par où transite habituellement près d’un baril de pétrole sur cinq, entraînant une augmentation des prix du brut au-delà de 100 dollars. Selon une estimation du New York Times, la fortune de Donald Trump aurait augmenté de 1,4 milliard de dollars depuis son retour au pouvoir.


La guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran le 28 février a modifié les dynamiques des marchés énergétiques mondiaux. La fermeture du détroit d’Ormuz, par où passe habituellement près d’un baril de pétrole sur cinq, a entraîné une hausse des prix du brut, qui ont désormais dépassé les 100 dollars. Cette situation profite à certains acteurs, mais pas à tous.

Dans ce climat de tensions, les États-Unis semblent tirer leur épingle du jeu. Grâce à leur production massive de pétrole de schiste, ils se positionnent comme une alternative aux approvisionnements en provenance du Golfe.

Didier Leroy, chercheur à l’Institut Royal Supérieur de Défense, souligne que « une des tendances récentes qui semble donner un avantage à la partie américaine, c’est le fait que des acteurs comme le Japon, la Corée du Sud et Taïwan commencent à acheter du pétrole aux États-Unis et moins dans le Golfe afin de se prémunir d’une nouvelle crise liée à la sécurité énergétique. Cela fait évidemment les affaires de Washington. »

Les exportations américaines atteignent des niveaux records, une dynamique favorisée par Donald Trump, qui vise à repositionner son pays comme fournisseur énergétique incontournable.

### Les « majors historiques » en pleine euphorie

Pendant ce temps, les grandes compagnies pétrolières enregistrent des bénéfices records. TotalEnergies a ainsi annoncé un bénéfice net ajusté de 5,4 milliards de dollars au premier trimestre 2026, en hausse de 29 %. Adel El Gammal, professeur de géopolitique de l’énergie à l’ULB, explique : « Les superprofits s’envolent avec TotalEnergies. Les marges nettes explosent car les coûts de production restent les mêmes. Cela profite évidemment aux ‘Old Majors’, c’est-à-dire les grandes compagnies pétrolières historiques comme ExxonMobil, Chevron, Shell, BP ou TotalEnergies. Ces sociétés réalisent des superprofits car elles sont complètement privatisées. Cette manne financière est concentrée dans les mains de quelques-uns et des actionnaires de ces entreprises. »

Ces profits sont dénoncés par Greenpeace, qui évoque des « profits de guerre » et appelle à une taxation accrue de ces revenus exceptionnels.

### Une facture pour les citoyens américains

Malgré ce boom énergétique, l’économie américaine dans son ensemble ne semble pas bénéficier de la situation. « Cela ne profite absolument pas à l’économie américaine dans son ensemble. Nous sommes dans des marchés globalisés. Les États-Unis subissent une forte inflation et le prix à la pompe augmente également. Le prix du gallon a explosé. Les citoyens subissent ce choc. Donc les citoyens paient l’addition, » déclare le professeur de l’ULB.

« C’est évidemment problématique pour Donald Trump qui avait promis le contraire, à savoir une baisse de l’inflation, à quelques mois seulement des élections à mi-mandat, » souligne Adel El Gammal. C’est un enjeu politique majeur pour le président américain.

### Trump, grand bénéficiaire ?

Selon une estimation du *New York Times*, la fortune de Donald Trump aurait augmenté de 1,4 milliard de dollars depuis son retour au pouvoir. Bien que ce chiffre soit à prendre avec précaution, il alimente les critiques. « Oui. L’enrichissement de Donald Trump est maximal. Il y a évidemment des rumeurs de délits d’initiés. La diplomatie transactionnelle doit lui profiter, à lui et aux siens. N’oublions pas que ceux qui sont les négociateurs dans le cadre du conflit avec l’Iran sont Jared Kushner – son beau-fils – et Steve Witkoff – un ami et promoteur immobilier -. Ce ne sont pas des experts de la diplomatie mondiale, » ajoute Adel El Gammal.

### La Chine sous pression

Cette transformation du marché mondial affecte particulièrement la Chine, qui dépend fortement du pétrole iranien. « Il commence à y avoir des ruptures dans les chaînes d’approvisionnement. Cela n’est pas bon, notamment pour la Chine. 90 % de son pétrole vient d’Iran, ce qui représente environ 20 % de ses importations. Donc oui, les Chinois vont devoir trouver d’autres fournisseurs, peut-être d’autres routes. Mais la solution pourrait venir de la Chine, puisqu’elle dispose de réserves stratégiques pour plusieurs mois. Toutefois, une crise mondiale entraînera, de facto, une diminution des exportations chinoises, alors que son modèle économique repose là-dessus, » explique le professeur de géopolitique de l’énergie.

Pékin possède donc un levier important, mais au prix d’un potentiel ralentissement économique.

### Une crise appelée à durer

Même si le détroit d’Ormuz devait rouvrir rapidement, les conséquences pourraient perdurer. Il pourrait falloir plusieurs mois pour retrouver des flux normaux, avec une incertitude persistante concernant la sécurité des approvisionnements.

Derrière cette crise, les objectifs divergent profondément : Israël cherche à affaiblir durablement l’Iran, Téhéran poursuit son ambition nucléaire pour assurer sa survie, tandis que les États-Unis visent à faire baisser les prix de l’énergie tout en profitant de leur position dominante actuelle.

Dans ce nouvel ordre énergétique, certains acteurs amassent des superprofits, tandis que d’autres, parmi les États et citoyens, en payent le prix.