Rhône : 34 enfants victimes d’un prédateur des « soirées pyjamas »
Romain G., un homme de 40 ans, a été mis en examen à Villefranche-sur-Saône pour des faits de viols et d’agressions sexuelles commis sur 34 enfants âgés de 2 à 9 ans. En prison depuis plus d’un an, il a reconnu la « grande majorité » des faits sur les 34 victimes dénombrées, selon la procureure.
L’horreur à huis clos lors de « soirées pyjamas ». Romain G., un homme de 40 ans, régisseur dans le milieu du cinéma et père de famille sans histoires, a été récemment de nouveau mis en examen à Villefranche-sur-Saône pour des faits de viols et d’agressions sexuelles commis sur 34 enfants âgés de 2 à 9 ans. Ce dossier tentaculaire, qui a débuté en décembre 2024 à Lucenay (Rhône), a pris une ampleur inédite après l’exploitation de centaines de fichiers pédopornographiques par les gendarmes, a précisé la procureure de la République, Laetitia Francart, dans un communiqué publié ce jeudi.
L’affaire, révélée par Le Monde, détaille un mode opératoire d’une perversité méthodique. Entre 2020 et 2024, ce quadragénaire sans antécédent judiciaire ciblait quasi exclusivement des petits garçons scolarisés dans la même école que son fils et sa fille. Il profitait d’anniversaires, de goûters ou de nuits passées à son domicile pour abuser des victimes, parfois durant leur sommeil.
127 vidéos et 197 photographies. Régisseur pour le cinéma, Romain G. aimait documenter ses agressions. En plus de son téléphone portable, il aurait utilisé une caméra miniature dissimulée dans un réveil pour filmer les sévices infligés aux petites victimes. Les enquêteurs de la brigade de recherches de Villefranche-sur-Saône et de la brigade d’Anse ont mis la main sur pas moins de 127 vidéos et 197 photographies.
Initialement mis en examen le 31 janvier 2025 pour les premiers faits signalés par trois familles, Romain G. a vu récemment les charges s’alourdir après l’identification de dizaines d’autres enfants sur les vidéos et photos découvertes. « Tous les mineurs ne sont pas victimes des mêmes infractions », souligne Laetitia Francart, précisant que les qualifications pénales – viols, agressions sexuelles, corruption de mineurs – sont affinées « enfant par enfant ».
Retour en arrière. L’affaire éclate en décembre 2024, lorsque plusieurs enfants se confient à leurs parents, qui alertent les forces de l’ordre. Après une première garde à vue durant laquelle il nie les faits, Romain G. tente de mettre fin à ses jours. Le père de famille est retrouvé par les gendarmes alors qu’il essaie de se pendre à un chêne dans la forêt de Charnay. Il est ensuite hospitalisé sous contrainte.
Avant son passage à l’acte, il a rédigé une lettre testamentaire glaçante adressée à ses enfants et aux familles des victimes, dont Le Monde rapporte des extraits : « Je pense être né comme ça, je n’ai pas choisi d’aimer les garçons… les trop jeunes garçons […] Je me suis haï pour ça, mais je n’ai pas eu la force d’en parler ».
Il est finalement mis en examen « à l’issue de son hospitalisation » pour « enregistrement et détention d’images présentant un caractère pornographique de mineurs de 15 ans ». Romain G. est placé en détention provisoire. En prison depuis plus d’un an, le quadragénaire a désormais reconnu la « grande majorité » des faits sur les 34 victimes dénombrées, selon la procureure.
Sollicitée par 20 Minutes, son avocate, Me Clémentine Vergnais, reste sobre : « Mon client est dans une démarche de vérité. Nous entendons toutefois réserver nos explications pour les familles et la justice. Je ne souhaite pas pour l’heure faire d’autres commentaires. »
À Lucenay, la sidération a laissé place à la détresse. Dès mars 2025, une cellule de soutien et d’écoute a été déployée au sein de l’école primaire avec l’appui de l’Unité d’Accueil Pédagogique des Enfants en Danger (UAPED). L’association d’aide aux victimes Tandem a également été saisie par le juge d’instruction pour accompagner les familles, dont certaines résident désormais dans d’autres départements. Contactée par 20 Minutes, la maire de cette petite commune du Beaujolais n’a pas souhaité s’exprimer.
La procureure de la République et la juge d’instruction prévoient d’organiser une réunion d’information fermée dans les prochaines semaines pour répondre aux interrogations légitimes des parents et expliquer les étapes à venir d’une instruction qui s’annonce encore longue.

