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Reprise des combats au Mali : la junte militaire en danger ?

Cinq jours après les attaques sur tout le pays et la prise de la ville de Kidal par les djihadistes du JNIM, les rebelles annoncent la chute prochaine du régime, tandis que ce dernier affirme que la situation est sous contrôle. Le ministre de la Défense malien, Sadio Camara, a été assassiné par les djihadistes le samedi 25 avril.


Cinq jours après les attaques à travers le pays et la prise de la ville de Kidal par les djihadistes du JNIM (Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans, allié d’Al-Qaïda), en collaboration avec les indépendantistes touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA), que faut-il croire ? Les rebelles annoncent la chute imminente du régime, tandis que ce dernier prétend que la situation est maîtrisée.

François Gemenne souligne que la faiblesse de l’État malien a favorisé les groupes djihadistes depuis des années : « C’est un pays avec une pauvreté endémique, malgré l’énorme aide internationale au développement. Les trois quarts de la population dépendent d’une agriculture de subsistance, avec des conflits liés à la propriété de la terre. Comme l’État central n’est pas capable de contrôler certaines parties du pays, cela donne une légitimité aux djihadistes, qui proposent de surveiller les terres en échange de recrues, et se présentent comme une force de stabilité et de sécurité. »

La junte malienne s’est également isolée sur la scène internationale. Les affrontements d’aujourd’hui rappellent à Pauline Simonet le scénario d’il y a dix ans. À l’époque, le pouvoir malien avait fait appel à la France : « Avec les opérations Serval et Barkhane, la France a progressivement commencé à chasser les djihadistes, qui étaient aux portes de Bamako. Il faut se souvenir du président français François Hollande, accueilli comme un héros dans les rues de la capitale. »

Cette époque est désormais révolue. En prenant le pouvoir en 2020, les militaires maliens ont expulsé les forces françaises et rompu les alliances au profit de la Russie, qui a d’abord envoyé des miliciens du Groupe Wagner, remplacés par ceux d’Africa Corps, sous l’autorité directe du ministère de la Défense de Moscou.

Cependant, les paramilitaires russes n’ont pas défendu Kidal et ont quitté la ville lors de l’arrivée de l’alliance rebelle. « Moscou a émis un communiqué embarrassé. On ne comprend pas à quel point ils sont prêts à mourir pour soutenir cette junte, qu’ils ont pourtant mise au pouvoir », s’interroge la journaliste de BFM TV. Comme symbole de la situation, le ministre de la Défense malien, Sadio Camara, a été assassiné par les djihadistes le samedi 25 avril. « Il était l’homme de Moscou, celui qui a permis le départ des Français », selon Pauline Simonet.

Dans la région, la junte malienne a aussi été laissée à elle-même. L’Alliance des États du Sahel, comprenant le Niger et le Burkina Faso, n’est pas intervenue. « C’est une alliance inspirée de l’OTAN. Si un de ses membres est attaqué, on le défend. Là, c’est chacun pour soi », explique François Gemenne. Pour Pauline Simonet, « on a du mal à voir d’où l’aide pourrait venir. »

C’est une alliance « contre nature », selon le politologue de l’ULiège. Elle réunit un groupe islamiste, allié d’Al-Qaïda, qui vise à contrôler et à imposer la charia sur tout le territoire malien, et un mouvement touareg réclamant l’indépendance de la région de l’Azawad, riche en ressources, dont il estime avoir été spolié par le régime. « Ils n’avaient pas réussi à s’unir en 2013 », souligne Pauline Simonet. « Les djihadistes avaient alors imposé une charia extrêmement dure et commis des massacres dans les parties du Mali qu’ils contrôlaient. Il y aurait eu ces derniers jours des réunions pour préparer une entente, avec une charia ‘moins dure’, afin d’éviter de faire fuir les indépendantistes du FLA. »

François Gemenne imagine également qu’il sera « difficile pour tout le monde d’imaginer un gouvernement de djihadistes au cœur de l’Afrique de l’Ouest ». Il estime qu’il est probable que le régime puisse tomber : « Je pense qu’on est reparti pour des années de souffrances, de guerre et d’instabilité dans toute la région. Et les premières victimes seront encore les Maliens et Maliennes. »

► Écoutez l’intégralité de ce débat dans le podcast de Matin Première ci-dessus.