Procès du financement libyen : Sarkozy et Guéant, son conseiller absent
Nicolas Sarkozy doit être interrogé sur deux écrits de son ancien bras droit Claude Guéant lors de son retour au tribunal d’appel de Paris. Claude Guéant a affirmé que Nicolas Sarkozy était « forcément au courant » de ses quatre voyages en Libye entre 2008 et 2010, effectués « à (sa) demande ».
Retour devant les juges pour Nicolas Sarkozy. L’ancien président se présentera mercredi devant le tribunal d’appel de Paris, où il sera interrogé sur deux écrits de son ancien bras droit, Claude Guéant, qui constituent de véritables actes de divorce dans le cadre du procès en appel concernant les accusations de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007.
Claude Guéant, actuellement malade, ne pourra pas assister aux débats. Il a pris connaissance à distance des accusations de Nicolas Sarkozy, qui a suggéré devant la cour d’appel de Paris que son ancien collaborateur, bien que « remarquable », pourrait avoir été motivé par un désir d’enrichissement personnel.
Âgé de 81 ans, Claude Guéant a répondu par des attestations datées des 11 et 26 avril, dans lesquelles il contredit subtilement l’ancien chef de l’État, mettant ainsi à mal leur alliance jusqu’alors perçue comme solide. Ancien préfet et élément clé de la conquête de l’Élysée puis de l’exercice du pouvoir, il insiste sur le fait qu’il n’a fait que « suivre (les) instructions » de Nicolas Sarkozy.
**Condamnation en première instance**
Ce procès, qui devrait se terminer fin mai avec une décision prévue pour novembre, est crucial pour Nicolas Sarkozy, car il engage son honneur d’ancien président et sa liberté. En effet, il a déjà purgé 20 jours de détention suite à sa condamnation en première instance à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs.
Nicolas Sarkozy a été reconnu coupable d’avoir laissé Claude Guéant et son ami Brice Hortefeux négocier un financement politique occulte avec les autorités libyennes, ce que les trois hommes contestent.
En retour, les Libyens auraient demandé des contreparties diplomatiques, économiques ainsi que l’examen de la situation judiciaire du beau-frère de Mouammar Kadhafi, Abdallah Senoussi, numéro deux du régime. L’homme était visé par un mandat d’arrêt international après avoir été condamné en France à la réclusion à perpétuité pour son rôle dans l’attentat contre le DC-10 d’UTA, qui avait causé 170 morts.
**Informé ou non ?**
Lors de cette cinquième journée d’interrogatoire, il devrait être à nouveau beaucoup question de Senoussi. Nicolas Sarkozy a-t-il demandé à son secrétaire général, en présence et à la demande de Mouammar Kadhafi, d’examiner le sort de cet individu considéré comme un terroriste par la France lors d’un dîner officiel à Tripoli, le 25 juillet 2007 ? Claude Guéant, condamné en première instance à six ans de prison ferme pour divers délits, affirme que oui, tandis que Nicolas Sarkozy a opposé « le démenti le plus formel ».
Un autre point à aborder concerne une réunion en Libye à la fin 2005, où auraient participé son ami et ancien avocat, Thierry Herzog, ainsi que son collègue Francis Szpiner, pour discuter de la situation de Senoussi, d’après plusieurs éléments recueillis lors de l’enquête.
Après avoir d’abord affirmé n’en rien savoir, Nicolas Sarkozy juge désormais crédible ce déplacement, en raison des éléments du dossier. Cependant, il maintient qu’il n’en était pas à l’origine, répétant lors de l’audience que « personne ne l’avait informé de cette réunion ». Claude Guéant écrit toutefois que « Thierry Herzog a parlé au président du mandat qu’il avait reçu » à ce sujet.
**Quatre voyages en Libye**
Claude Guéant poursuit en soutenant que cet épisode, ainsi que le dîner à Tripoli, ont rendu « naturelle, et même incontournable » l’évocation de sa propre réunion secrète avec Senoussi, un tête-à-tête qui a eu lieu le 1er octobre 2005, réunion dont il avait précédemment déclaré ne pas avoir informé Nicolas Sarkozy. L’accusation croit fermement que « l’acte I de ce pacte de corruption » s’est joué lors de cette rencontre, juste avant un voyage officiel de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur.
Enfin, Claude Guéant affirme que Nicolas Sarkozy était « forcément au courant » de ses quatre voyages en Libye entre 2008 et 2010, voyages effectués « à (sa) demande » pour aborder des sujets diplomatiques et commerciaux. Nicolas Sarkozy dit avoir peu de souvenirs de ces voyages.
« Ce que je sais, c’est que rien n’a été engagé en faveur de M. Senoussi. Rien n’a été promis », a-t-il réaffirmé. Sur ce point, Claude Guéant ne le contredit pas, admettant qu’il s’était renseigné sur la situation juridique du Libyen en pleine conscience que rien n’était envisageable. Et s’il a « laissé les choses en suspens » auprès des autorités libyennes jusqu’en 2009, c’était « pour ne pas être trop brutal » dans une relation diplomatique renaissante, explique-t-il.
Interrogé, l’avocat de Claude Guéant, Me Philippe Bouchez El Ghozi, a refusé de commenter, tout comme l’entourage de Nicolas Sarkozy.

