Reportage : le bracelet électronique, contrainte ou seconde chance ?
Youssef, agent de l’équipe mobile de surveillance électronique depuis douze ans, doit réaliser six interventions dans le nord de Bruxelles aujourd’hui. À la date du 13 avril, 742 détenus dormaient sur des matelas à même le sol en prison.
Nous montons dans le véhicule de Youssef, agent de l’équipe mobile de surveillance électronique depuis douze ans. L’équipe administrative a préparé sa feuille de mission. Aujourd’hui, il doit effectuer six interventions dans le nord de Bruxelles. Avant chaque intervention, il appelle les justiciables pour les prévenir de son arrivée. Ses missions varient : finaliser une installation après une sortie de prison, définir le périmètre d’un logement et dessiner le plan des lieux, ou vérifier du matériel défaillant. Chaque intervention dure entre 15 et 40 minutes.
Chez Mohamed, une coupure de courant a eu lieu. Youssef se présente et explique la raison de sa présence : « Quand il y a une coupure d’électricité, cela déclenche une alarme chez nous. On doit passer pour vérifier ».
Mohamed est en détention préventive et n’a pas encore été jugé. Depuis plus de cinquante jours, il doit rester chez lui 24h sur 24, sauf en cas d’urgence : « Je préfère devoir porter le bracelet que d’être en prison. Grâce au bracelet, je peux voir ma famille, mes enfants ». Cependant, il insiste sur le fait qu’il s’agit bien d’une détention : « C’est comme si vous aviez une laisse autour du cou ».
> C’est comme une laisse autour du cou.
Une fois l’intervention terminée, Youssef rappelle le centre de monitoring pour cloturer sa mission. Il se rend ensuite à la prochaine adresse. Face à une grande tour de plus de vingt étages, il doit trouver la bonne sonnette et le bon appartement. Au fond du couloir, une porte est ouverte. Ritchie, un prénom d’emprunt, nous accueille. Il vient de déménager et il faut définir le périmètre du logement. Youssef lance une détection, le boîtier GPS émet des bips stridents.
« Ici, c’est votre chambre ? Où est la cuisine ? Monsieur, mettez votre pied dans la baignoire et attendez », dit-il, tout en dessinant le plan de l’appartement. Ce document sera intégré au dossier de Ritchie, disponible en cas de prochaines interventions.
> Je suis reconnaissant d’avoir cette deuxième chance.
Le jeune homme a déjà été condamné, ce qui lui confère plus de liberté. Chaque matin, il se rend à son travail, le bracelet électronique caché sous son pantalon. Il considère cette forme de détention comme une seconde chance : « Je pense que c’est le bon moment pour se recentrer sur sa vie et faire les bons choix. Je prends ça positivement ». Il ajoute : « Le tribunal m’a laissé une chance, je suis très reconnaissant, tout est bon pour la réinsertion ».
## De l’autre côté du bracelet, le centre de monitoring
De l’autre côté du bracelet électronique se trouve le centre de monitoring, opérationnel 24h sur 24, sept jours sur sept. Dans cet open space, les téléphones sonnent et les conversations se croisent.
Nathalie est en ligne avec un justiciable : « Bonjour monsieur, je vous appelle parce que je vois que vous avez débranché votre matériel ». À quelques pas d’elle, Robin décroche un autre appel : « Surveillance, bonjour. Vous êtes bien rentré au domicile, sur le trajet, pas de souci, monsieur ? Un petit peu d’embouteillages ? C’est noté ». Un autre appel s’enchaîne : « Bonjour monsieur. Vous devez aller chercher votre enfant à l’école parce que madame a un empêchement ? Votre assistante de justice devra bien le notifier dans votre dossier ».
Les agents du monitoring vérifient les trajets effectués par les justiciables, qui se rendent parfois à une audience au palais de justice ou rentrent du travail. Sur leur écran d’ordinateur, des flèches rouges montrent le trajet emprunté, et des carrés représentent des arrêts. En cas d’incohérence, le justiciable devra se justifier.
Robin constate : « Certains justiciables vont essayer de pousser les limites, mais c’est rare ». Il précise : « Ce que l’on fait, ce n’est pas spécialement un contrôle, je vois plus ça comme une guidance. Notre but, ce n’est pas de les réprimander, mais de les informer au mieux ». Pour cela, il estime qu’il faut avoir « une main de fer dans un gant de velours ».
Le directeur de la Direction de la surveillance électronique, Jonathan Peromet, confirme : « Il faut pouvoir développer ou avoir déjà des compétences dans la gestion interactionnelle, éviter l’escalade conflictuelle, pouvoir poser un cadre d’intervention dans l’objectif de recueillir toutes les informations utiles pour informer au mieux sa direction et ensuite les autorités judiciaires ».
## Réforme du gouvernement, désengorger les prisons
Au 13 avril, 742 détenus dormaient sur des matelas à même le sol en prison. La surpopulation carcérale n’a jamais été aussi importante. Pour désengorger les prisons, en mars dernier, la ministre de la Justice, Annelies Verlinden, a élargi les conditions d’accès au bracelet électronique. Désormais, les personnes condamnées à des peines de moins de 18 mois pourront purger leur peine sous bracelet électronique. Les personnes condamnées à moins de dix ans pourront également obtenir un bracelet électronique durant les 18 derniers mois de leur peine. Toutefois, pour certaines condamnations, le bracelet électronique sera exclu : les faits de terrorisme, les infractions sexuelles, les actes de violences graves et certaines infractions liées aux stupéfiants.
Du côté de la surveillance électronique, le directeur s’attend à une hausse de l’activité. Jonathan Peromet nous répond depuis le local du matériel. Du sol au plafond, des housses contenant des boîtiers GPS et des bracelets électroniques : « Aujourd’hui, il est difficile de savoir quelle sera la hauteur de la vague. On est certain de pouvoir gérer la première vague. Ensuite, nous allons monitorer de très près l’augmentation du flux de mandats entrants. Sur cette base, nous verrons s’il faut augmenter les quantités de matériel en stock. Et si des mesures s’imposent, notamment en termes de ressources humaines ».
Actuellement, environ 1150 personnes sont équipées d’un bracelet électronique en Fédération Wallonie-Bruxelles. Le directeur de la surveillance électronique s’attend à ce que ce chiffre double.

