Tunisie

Les deux « Caméras » de Férid Boughdir primées à Rabat et New York

En 2026, les « Caméras » de Féred Boughedir entament une odyssée mondiale, projetées en diptyque à Rabat et à New York. Le Congrès de la Fiaf à Rabat se déroulera du 26 avril au 1er mai 2026, où Boughedir présentera ses œuvres aux côtés d’autres joyaux restaurés.


Sous l’impulsion d’une restauration numérique remarquable, les « Caméras » de Férid Boughedir s’engagent en 2026 dans une odyssée mondiale, reliant Rabat à New York. Ce diptyque fondateur, véritable archéologie des cinémas africains et arabes, ressuscite la parole des pionniers pour offrir aux nouvelles générations une mémoire pérenne. Cet honneur patrimonial réunit, grâce à la magie du 4K, les deux rives du Sahara.

Bien avant de se tourner vers la fiction, Férid Boughedir avait déjà agi en tant qu’archéologue d’une modernité émergente. Ses deux essais, Caméra d’Afrique et Caméra arabe, issus d’une quête doctorale à la Sorbonne et réalisés sur plus de dix ans avec des moyens limités en 16 mm, sont aujourd’hui considérés comme des pierres angulaires de l’histoire cinématographique continentale.

Longtemps relégués au statut d’œuvres invisibles, ces « documentaires d’auteur » bénéficient désormais d’une transformation numérique sous l’égide des Archives du film de Bois-d’Arcy. Passant de la basse résolution du souvenir à la splendeur du 2K et du 4K, ces archives suscitent un nouvel engouement international, où la rareté du document visuel rivalise avec les paroles des pionniers.

On y rencontre les figures emblématiques et les visages des ayant « inventé » le regard : Lakhdar-Hamina et sa Palme d’or, Youssef Chahine, la sagesse de Sembène, ainsi que les éclairs de Cissé, Khleifi, Hondo et Malass. Le patriarche, Tahar Chériaa, dont le spectre bienveillant semble désormais veiller sur ce marathon de la mémoire, n’est pas oublié.

Après avoir retrouvé sa reconnaissance à Cannes, au sein de la section « Classics », c’est à Bologne, lors du festival Il Cinema Ritrovato en juin 2025, que Caméra arabe a célébré sa renaissance mondiale, sous la houlette de la World Film Foundation de Martin Scorsese. Cet évènement a été suivi par une présentation à El Gouna, où le film a ouvert la rétrospective consacrée au centenaire de Chahine.

Au printemps 2026, quinze ans après le départ de Chériaa, la barrière symbolique du Sahara s’effondre à nouveau sous les projecteurs. Pour la première fois, les deux films seront projetés en diptyque, réunissant le Nord et le Sud. Le Congrès de la FIAF à Rabat, qui se tiendra du 26 avril au 1er mai, promet d’être un moment fort en termes de patrimoine. Boughedir y présentera ses œuvres, aux côtés d’autres trésors restaurés grâce à l’engagement de Mohamed Challouf et de son association Ciné-Sud Patrimoine. La Tunisie brillera également avec L’Homme de cendres (Nouri Bouzid) et le film Camp de Thiaroye (Sembène). Mi-mai 2026, les « Caméras » tunisiennes seront projetées au prestigieux Lincoln Center de New York, soutenues par le New York African Film Festival.

Le film tant attendu du NYAFF 2026 est produit par Barack et Michelle Obama : il s’agit de The Eyes of Ghana de Ben Proudfoot, dédié à Chris Hesse, âgé de 93 ans, qui fut le caméraman et photographe personnel de Kwame N’Krumah, chef de la lutte anticoloniale du Ghana, le premier pays subsaharien à obtenir son indépendance en 1956, N’Krumah étant alors chaleureusement félicité par le leader tunisien Habib Bourguiba.

Parmi les autres films africains présentés au NYAFF, on retrouve My Father Shadow (titre français : Une journée avec mon père) du Nigérian Akinola Davies junior, qui a reçu une mention spéciale de la Caméra d’or à Cannes 2025 et a récemment été sélectionné pour les Oscars, ainsi que My Father and Qaddafi de Jihan Kikhia, qui aborde la disparition inexpliquée de son père, Mansour Rachid Kikhia, opposant au régime libyen, enlevé alors qu’elle n’avait que 6 ans. D’autres nouveautés incluent Rumba royale de Hamed Moubasser (RDC), Barni de Mohamed Sheikh (Somalie), Afrotopia de David Mboussou (Gabon), The Heart is a muscle d’Imran Hamdullay (Afrique du Sud-Arabie saoudite) et So long a letter de la Sénégalaise Angèle Diabang. Le Sénégal sera représenté à New York grâce à la version restaurée du film classique En résidence surveillée, le seul long métrage du réalisateur et historien du cinéma disparu, Paulin Soumanou Vieyra. Ce film sera présenté à New York par Férid Boughedir, son ami de longue date et cofondateur avec lui, ainsi que d’autres cinéastes tunisiens et sénégalais, de la Fédération panafricaine des cinéastes (Fepaci), établie à Tunis lors des JCC 1970 par Tahar Cheriaa et Ousmane Sembène. Ces deux figures, présentes dans Caméra d’Afrique, viendront ainsi virtuellement en soutien au festival, dès la première projection du film prévue le 9 mai.