Tirs au gala de Washington : Donald Trump peut-il obtenir des gains ?
Le suspect, un Californien de 31 ans, a fait plusieurs allusions au président américain Donald Trump en le qualifiant de « pédophile, violeur, traître » dans son manifeste. Selon les chiffres relayés par The Economist, le niveau d’impopularité de Donald Trump est à 56 %.
La cible du tireur lors du gala de Washington semble de plus en plus être Donald Trump et son administration. Dans son manifeste, le suspect évoque à plusieurs reprises le président américain, le qualifiant de « pédophile, violeur, traître ». L’assaillant, un homme de 31 ans originaire de Californie, n’a pas réussi à franchir les mesures de sécurité pour entrer dans la salle, permettant ainsi l’évacuation des membres du gouvernement sans blessures. Cependant, cet incident, lié à Donald Trump, qui a déjà été le cible de cinq tentatives d’assassinat en dix ans, pourrait lui apporter un bénéfice politique.
Grâce à un « comportement calme et digne, sans montrer aucun signe de peur », le président américain « en ressort grandi, au moins pour un temps », analyse Nicole Bacharan, historienne et politologue spécialiste de la politique américaine. Cet événement survient à un moment critique pour Trump, dont la popularité est en baisse, atteignant 56 % d’impopularité selon les données rapportées par The Economist.
Ce moment pourrait lui offrir une trêve politique, mais celle-ci serait temporaire. « Avec Donald Trump, le rythme des événements s’est tellement accéléré, il se passe tellement de choses, qu’on va vite revenir aux préoccupations de la population, à savoir le pouvoir d’achat, le prix de l’essence, la guerre en Iran… », prédit Nicole Bacharan. L’élan ne devrait pas être suffisant pour perdurer jusqu’aux élections de mi-mandat en novembre. Or, Donald Trump « a besoin d’avoir le Congrès de son côté pour finir son mandat en beauté », remet en avant Jeff Hawkins, chercheur associé à l’IRIS et ancien ambassadeur des États-Unis.
L’ancien diplomate ne prévoit même pas de regain significatif de popularité, excepté peut-être « chez ses plus fidèles partisans », précise-t-il. Rien ne ressemble à la tentative d’assassinat en Pennsylvanie en 2024, lors de laquelle il avait été blessé à l’oreille. Donald Trump, capable de « saisir les opportunités de se mettre en avant », souligne Nicole Bacharan, avait déjà marqué les esprits avec une photo de lui ensanglanté, le poing levé. Il pourrait ainsi capitaliser sur cette image héroïque qu’il s’octroie, même si la sphère « MAGA [Make America Great Again] » le fera déjà, convaincue que Dieu le protège, estime l’historienne.
Cet incident a également donné lieu à un moment quelque peu atypique durant l’ère Trump : le chef d’État a appelé « à l’unité » auprès des journalistes lors de la conférence de presse qui a suivi l’événement. Cependant, cette courte accalmie a été de courte durée, puisqu’il a ensuite attaqué une journaliste dans une interview accordée à 60 Minutes, la qualifiant de « honte » après qu’elle lui ait lu un extrait du manifeste de l’assaillant.
Sur la scène internationale, bien que de nombreux pays, alliés comme rivaux, aient exprimé leur solidarité, Nicole Bacharan avertit que « c’est davantage une initiative de bon usage » sans signifier un apaisement. Les enjeux restent complexes et les tensions profondément ancrées « ne peuvent pas disparaître » d’un revers de tir. Une lueur d’espoir pourrait plutôt venir du Royaume-Uni, avec la visite du roi Charles III aux États-Unis cette semaine, sous haute sécurité.

