Tunisie

Insalubrité en Afrique : Coût invisible et villes ne sont pas saturées.

L’Afrique subsaharienne produit environ 174 millions de tonnes de déchets solides municipaux par an, dont moins de 50 % sont collectés. Selon l’Organisation mondiale de la santé, près de 24 % des maladies en Afrique sont liées à des facteurs environnementaux, dont la mauvaise gestion des déchets.

L’accumulation des déchets, l’urbanisation rapide et l’insuffisance des systèmes de gestion plongent de nombreuses villes africaines dans une crise persistante. Au-delà des enjeux environnementaux, les impacts économiques, souvent diffus, pèsent sur la productivité, les finances publiques et l’attractivité urbaine.

La Presse — Alors que les villes s’étendent, les déchets s’accumulent, révélant les limites croissantes des systèmes de gestion urbaine. Dans plusieurs pays africains, cette situation est devenue un défi structurel. En Tunisie, les tensions récurrentes autour de la collecte et du traitement des déchets mettent en évidence un décalage entre les besoins et les capacités de gestion.

En dehors de la dimension environnementale, ces déséquilibres soulignent des enjeux économiques plus larges, encore insuffisamment intégrés dans les politiques publiques.

Un déséquilibre structurel entre production et collecte

À l’échelle africaine, l’insalubrité urbaine résulte d’un écart permanent entre les volumes de déchets produits et les capacités de traitement. La Banque mondiale estime que l’Afrique subsaharienne génère environ 174 millions de tonnes de déchets solides municipaux par an, dont moins de 50 % sont collectés. Une grande partie de ces déchets échappe ainsi aux circuits formels, propageant une accumulation diffuse dans les zones urbaines.

Ce déficit de collecte est accompagné de méthodes d’élimination peu réglementées.

Plus de 90 % des déchets sont déposés dans des sites non contrôlés ou à ciel ouvert. À Nairobi, la décharge de Dandora illustre cette saturation progressive, avec des apports pouvant atteindre 2.000 tonnes par jour.

La croissance rapide de la population urbaine accentue ces déséquilibres. Les Nations unies estiment que les villes africaines compteront plus de 600 millions d’habitants en 2025, un chiffre qui pourrait atteindre 950 millions d’ici 2050. Cette dynamique exerce une pression supplémentaire sur des systèmes déjà fragilisés.

Dans des métropoles telles que Kinshasa, Lagos ou Yaoundé, les déchets non collectés s’accumulent et obstruent les réseaux de drainage, aggravant les risques d’inondation et les coûts liés à la dégradation des infrastructures.

La gestion des déchets représente une charge importante pour les collectivités locales. Elle peut mobiliser jusqu’à 20 % des budgets municipaux, sans garantir pour autant une couverture complète. Les dispositifs restent partiels, laissant subsister des zones non desservies.

Ce déséquilibre financier limite la capacité des villes à investir dans des infrastructures adaptées, renforçant ainsi le caractère structurel du problème.

L’insalubrité urbaine engendre des coûts économiques significatifs, notamment sur la santé publique. Selon l’Organisation mondiale de la santé, près de 24 % des maladies en Afrique sont liées à des facteurs environnementaux, incluant la mauvaise gestion des déchets.

Ces pathologies entraînent une augmentation des dépenses médicales et une diminution de la productivité, due à l’absentéisme et à la baisse des capacités de travail.

Des pertes économiques diffuses, mais élevées

Outre les coûts directs, les effets économiques de l’insalubrité se diffusent à travers divers secteurs. La Banque mondiale estime que la mauvaise gestion des déchets coûte plus de 8 milliards de dollars par an en Afrique.

Les infrastructures endommagées par les inondations, les coûts sanitaires et la baisse d’attractivité des villes pour les investisseurs et les touristes alourdissent encore ce bilan. Dans certains cas, ces impacts pourraient représenter jusqu’à 5 % du PIB national.

Face aux insuffisances des systèmes formels, une économie informelle du déchet a vu le jour.

Dans de nombreuses villes, des milliers de travailleurs récupèrent et valorisent des matériaux recyclables. Bien que cette activité génère des revenus, elle demeure peu structurée et se réalise sans encadrement sanitaire. Néanmoins, elle montre un potentiel économique significatif dans la valorisation des déchets.

Plusieurs pays africains ont lancé des programmes pour améliorer la gestion des déchets.

Le Maroc, le Sénégal et le Ghana ont mis en place des initiatives structurantes soutenues par des financements internationaux.

Le Rwanda est souvent cité pour son approche plus rigoureuse.

Malgré ces efforts, les résultats restent inégaux. Les difficultés de coordination, le suivi des projets et la continuité des financements limitent l’efficacité des politiques mises en œuvre.

Des solutions émergentes, mais encore limitées

Des initiatives locales montrent toutefois la possibilité de modèles alternatifs. Au Kenya, certaines entreprises transforment les déchets plastiques en matériaux de construction. En Côte d’Ivoire, des projets permettent de produire de l’énergie à partir des déchets.

Cependant, leur généralisation dépend d’un cadre réglementaire adapté et d’un accès durable au financement.

En conclusion, l’insalubrité ne se limite pas à une problématique environnementale. Elle est un facteur économique structurant, dont les effets affectent la santé, les finances publiques, la productivité et l’attractivité des territoires.

Dans un contexte d’urbanisation rapide, améliorer les systèmes de gestion des déchets apparaît comme une condition essentielle pour accompagner les trajectoires de développement, tant en Tunisie que sur l’ensemble du continent africain.