Tunisie

El Seed de Gabès : un artiste peu conventionnel en quête d’aventures.

El Seed a récemment réalisé deux œuvres identiques, l’une devant le City Hall de San Francisco et l’autre dans la prison de Saint Quentin. Il prépare une exposition pour l’an prochain à Paris, dans la galerie Itinérance de Mehdi ben Cheikh.

Il voyage à travers le monde et, tel un petit Poucet inspiré, il le marque de ses calligraphies. Sa dernière expérience est surprenante. Elle s’est déroulée à San Francisco. « In othereyes » est née d’un souvenir. Un jour, un sage m’a dit : « Si tu regardes la lune et que je la regarde en même temps, c’est comme si nous nous regardions dans les yeux ».

La Presse — Lorsqu’on lui pose la question classique — où es-tu en ce moment ? — il répond toujours : à Paris, Dubaï et surtout Gabès. Gabès, dont El Seed rêve de faire le centre du monde. Et où, en attendant, il fait venir des gens du monde entier. Les plus grands artistes, architectes, cinéastes et chefs étoilés au Michelin défilent sous les oliviers qu’il cultive à Tacapae, extrayant une huile dorée qu’il assure sans hésitation être la meilleure du monde.

« Un alliage harmonieux de chemli, pour sa douceur et zarazi pour sa puissance », nous explique-t-il, nous, pauvres ignorants des secrets de l’oléiculture qui constitue désormais son jardin secret. Mais bien sûr, il continue de parcourir le monde et, tel un petit Poucet inspiré, de le baliser de ses calligraphies.

Sa dernière expérience est étonnante. Elle s’est déroulée à San Francisco. «In othereyes» est née d’un souvenir. Un jour, un sage m’a dit : « Si tu regardes la lune et que je la regarde en même temps, c’est comme si nous nous regardions dans les yeux ». C’est cet effet miroir qu’El Seed a voulu reproduire. Deux œuvres identiques ont été réalisées, l’une devant le City Hall de San Francisco, l’autre dans la prison de Saint Quentin, la plus ancienne prison de la ville. Les passants et les prisonniers incarcérés voient la même œuvre à un moment identique, les uns de l’intérieur, les autres de l’extérieur.

« Les prisonniers m’ont aidé à réaliser l’œuvre intérieure, leurs parents et amis celle de l’extérieur. Ce fut une conversation entre le milieu carcéral et l’extérieur. Mais à aucun moment je n’ai voulu savoir de quoi étaient inculpés ces gens, car il arrive un moment où on remet les choses en question : criminel ou victime ? Le regard change…. » Cette expérience en milieu carcéral s’est transformée en expérience de vie et de convivialité.

El Seed, qui adore cuisiner, a offert un repas tunisien aux prisonniers à l’intérieur ainsi qu’à leurs familles à l’extérieur. Il avait rapporté de Gabès les épices et hrouss de sa mère, du couscous et des feuilles de brick, et l’on partagea le pain et le sel lors d’une véritable célébration de l’art culinaire tunisien. De retour à Tunis, où il a jeté l’ancre pour un temps, El Seed est en mode « Focus », dit-il. Concentré sur sa famille, ses amis, ses oliviers…

Il prépare également une exposition pour l’an prochain à Paris, chez un autre Tunisien de l’autre rive, Mehdi ben Cheikh, qui a été le premier à introduire le street art dans la scène parisienne, et à qui l’on doit l’incroyable exposition de street art au Grand Palais : « We are here ». Cette fois-ci, il exposera cependant dans la galerie de celui-ci, la galerie Itinérance.

D’ici là, il sera à Gabès pour le festival du cinéma et remettre le prix créé en son nom, le Seed d’Or. Au cours des mois prochains, il accueillera des artistes, des architectes et des chefs étoilés du monde entier, venus du Brésil, d’Arabie Saoudite, Futura 2000, symbole de la culture pop, Manel Al Dowayan, pour ne citer qu’eux. Son rêve de faire de Gabès une plateforme pour le monde des arts, une résidence d’artistes et peut-être un musée demeure toujours vivant.