La Tunisie et les marchés africains : enjeux et perspectives d’exportation
La table ronde à Tunis sur la diversification des exportations tunisiennes vers l’Afrique a révélé un potentiel d’exportation non exploité d’environ 2,28 milliards de dollars, concernant 36 pays et 590 produits. Le projet Qawafel, financé par l’Agence française de développement (AFD) sur une période de 44 mois, vise à contribuer à la création d’emplois et à l’intégration économique de la Tunisie sur le continent africain.

La diversification des exportations tunisiennes vers les marchés africains constitue un enjeu stratégique capital pour diminuer la dépendance vis-à-vis du marché européen et renforcer l’intégration économique du pays. Une table ronde organisée à Tunis a mis en évidence les opportunités encore largement sous-exploitées, ainsi que les obstacles structurels à surmonter pour réussir ce repositionnement.
La Presse — « Diversification des exportations tunisiennes vers le continent africain : opportunités, défis et mécanismes de travail », tel est le sujet d’une table ronde récemment tenue à Tunis dans le cadre du projet « Qawafel », en collaboration avec le projet « Savoirs éco ».
Le sujet abordé est pertinent en raison de la nécessité, pour l’économie tunisienne, fortement dépendante du marché européen (70 % des exportations), de diversifier ses partenaires commerciaux et ses exportations.
Cette conférence, à laquelle ont assisté des représentants des ministères du Commerce et de l’Économie, des organismes de soutien à l’exportation, ainsi que des experts en économie et sur le marché africain, a été l’occasion d’examiner les possibilités d’exportation des produits tunisiens vers des marchés africains, ainsi que les freins qui entravent le plein développement des échanges commerciaux avec ceux-ci.
Un potentiel encore largement inexploité
Sonia Ben Khedher, experte et auteure de notes de politique sur le potentiel d’exportation tunisien vers l’Afrique, élaborées dans le cadre du projet « Qawafel », a rappelé que le contexte économique tunisien, se caractérisant notamment par un déficit commercial structurel, impose de dynamiser le développement industriel en promouvant les exportations, par le biais de la diversification des marchés et des produits.
Elle a également indiqué qu’une étude menée sur les opportunités d’exportations tunisiennes vers le marché africain a révélé que la Tunisie présente un potentiel d’exportation d’environ 2,28 milliards de dollars non exploités.
Ce potentiel concerne 36 pays et 590 produits, a-t-elle précisé, en ajoutant que 95 % de ces opportunités concernent des marchés où la présence d’entreprises tunisiennes est très limitée, voire inexistante.
Concernant les obstacles, la spécialiste a évoqué en priorité les contraintes logistiques, étant donné que le transport se fait principalement par voie maritime à travers un nombre restreint de points d’accès au continent africain.
S’ajoutent à cela les barrières douanières et administratives, ainsi que des obstacles non tarifaires et réglementaires, divers et variés.
Pour structurer l’accès aux marchés africains
Concernant les outils à mettre en place pour surmonter ces blocages, Ben Khedher a cité le modèle d’aide à la décision Trade-DSM. « L’utilisation de ce modèle a permis d’identifier 2.999 opportunités d’exportation vers 36 marchés africains, d’une valeur totale de 2,28 milliards de dollars. 590 produits sont concernés », a-t-elle indiqué. Plus de la moitié (53 %) de ces débouchés se concentre en Afrique du Nord (Algérie, Libye, Maroc). L’Afrique de l’Ouest regroupe 1.072 débouchés répartis sur plusieurs pays (Nigeria, Ghana, Côte d’Ivoire, Sénégal). Des opportunités ont également été identifiées en Afrique de l’Est et australe (Kenya, Maurice, Afrique du Sud), ainsi qu’en Afrique centrale, notamment en Angola. Les secteurs les plus prometteurs sont les machines électriques, le textile, l’agroalimentaire, ainsi que les pièces et accessoires automobiles.
Pour tirer parti de ces opportunités, l’économiste a recommandé d’accompagner les entreprises, de mener une promotion commerciale ciblée, de s’appuyer sur la diplomatie économique, de créer davantage de valeur et d’accroître le niveau de complexité économique.
Elle a également souligné l’importance de la coordination entre trois acteurs clés : l’État, les structures d’appui à l’exportation et les entreprises exportatrices.
Pour l’État, la mission principale consiste à faciliter l’accès aux marchés, notamment en améliorant la logistique.
Les structures d’appui doivent, quant à elles, soutenir la présence commerciale en organisant des activités visant à améliorer la visibilité des produits tunisiens sur le marché africain, ainsi que des formations, en particulier pour les PME qui disposent de ressources limitées ou rencontrent des difficultés pour comprendre les marchés ciblés et leurs réglementations, a ajouté la spécialiste.
Pour les entreprises exportatrices, il est crucial d’anticiper les réglementations du continent, notamment en obtenant les certifications nécessaires, afin d’éviter les surcoûts, et de se concentrer sur des produits à forte valeur ajoutée.
Le projet Qawafel, financé par l’Agence française de développement (AFD) et mis en œuvre par Expertise France sur une période de 44 mois, vise à favoriser la création d’emplois, le développement économique inclusif de la Tunisie et son intégration aux marchés africains.
Le projet « Savoirs éco » est un projet financé par l’Union européenne et orchestré par Expertise France, visant à soutenir le débat public sur les enjeux économiques en Tunisie.

