Écoconstruction : Financer et encadrer la transition nécessaire.
Le secteur du bâtiment représente près de 34 % des émissions mondiales de CO2. En Tunisie, le Plan solaire tunisien vise 30 % d’énergies renouvelables d’ici 2030.

Depuis longtemps considéré comme un secteur de niche, le bâtiment voit maintenant l’écoconstruction se positionner comme un levier stratégique pour la compétitivité et l’investissement. En Tunisie, cette évolution, alimentée par des contraintes réglementaires ainsi que des opportunités économiques, était au centre de la 18e édition du Salon de l’Ecoconstruction, confirmant l’émergence d’un nouveau modèle de croissance plus durable.
La Presse — Événement organisé les 21 et 22 avril 2026 à Tunis, ce salon se distingue comme un indicateur des évolutions du secteur. Sous le thème « Accélérer la transition écologique du secteur du bâtiment », il souligne une réalité de plus en plus marquée : les exigences environnementales ne sont désormais plus perçues comme une contrainte, mais comme un moteur d’innovation.
L’écoconstruction repose sur une approche globale, englobant l’ensemble du cycle de vie des bâtiments. Elle favorise l’utilisation de matériaux locaux, durables et recyclables, tout en améliorant la performance énergétique via des solutions telles que l’isolation thermique, la ventilation naturelle ou l’intégration des énergies renouvelables. Au-delà de l’aspect technique, elle reflète un changement de paradigme : construire de manière moins énergivore tout en s’adaptant mieux aux réalités environnementales et économiques.
Ridha Mrabet, ancien PDG d’une Sicar régionale, considère cette évolution comme un tournant décisif. D’après lui : « L’écoconstruction n’est plus un choix, mais une nécessité économique. Elle ouvre des perspectives d’investissement nouvelles, notamment grâce à la valorisation des ressources locales et au développement de solutions innovantes ». Cependant, il insiste sur le fait que cette transition dépend d’un cadre réglementaire incitatif et de mécanismes de financement appropriés.
Selon Mrabet, les avantages sont nombreux. En matière environnementale, l’écoconstruction contribue à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à préserver les ressources naturelles. Économiquement, elle génère des économies durables en diminuant les coûts énergétiques. Socialement, elle rehausse le confort et la qualité de vie des occupants. Ces atouts expliquent la montée de ce modèle à l’échelle mondiale.
Le secteur du bâtiment génère près de 34 % des émissions mondiales de CO2. Dans les marchés émergents, où la demande en infrastructures progresse rapidement, cette pression est d’autant plus forte. Sans changement significatif, les émissions pourraient continuer d’augmenter dans les années à venir, menaçant ainsi les objectifs climatiques internationaux.
En Tunisie, la transition est en cours, mais elle reste lente. « L’État a commencé plusieurs réformes, par le biais de la Stratégie nationale de transition écologique, ainsi que le développement de certifications pour les matériaux innovants et le renforcement du cadre réglementaire. Le Plan solaire tunisien, qui ambitionne d’atteindre 30 % d’énergies renouvelables d’ici 2030, s’inscrit dans cette dynamique », précise Mrabet. Le financement représente un levier essentiel. Des dispositifs tels que le Fonds de Transition Énergétique, les programmes de finance verte et les initiatives internationales telles que Greenov’i soutiennent l’écosystème.
Le capital-investissement joue aussi un rôle croissant dans le soutien aux entreprises innovantes, mais le chemin reste long. Accélérer cette transition nécessite de surmonter plusieurs obstacles : renforcer les incitations fiscales, faciliter l’accès au financement et adapter les cadres réglementaires plus rapidement. Cela requiert également une mobilisation accrue des investisseurs privés et une sensibilisation élargie des citoyens.
« L’écoconstruction apparaît désormais comme bien plus qu’une simple tendance. Elle constitue un levier stratégique pour réduire la dépendance énergétique, améliorer la balance commerciale et ancrer durablement l’économie tunisienne dans une perspective de croissance verte », conclut Ridha Mrabet.

