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« Les habitants de Gaza votent pour la première fois en 20 ans »

Deir al-Balah est la seule ville de la bande de Gaza où l’autorité palestinienne a pu organiser des élections locales le 25 avril 2026. La campagne électorale a débuté le 12 avril, avec des activités de sensibilisation pour encourager participation des habitants.


Deir al-Balah est située au centre de la bande de Gaza. Elle se trouve du côté ouest de la ligne jaune, dans une zone sous contrôle palestinien (Hamas), tandis que le côté est est sous contrôle israélien. Deir al-Balah est la seule ville de l’enclave où l’autorité palestinienne a pu organiser des élections locales. Selon Eléna Aoun, professeure et chercheuse en relations internationales à l’UCLouvain, c’est « l’un des rares endroits où la destruction est relativement moins mauvaise qu’ailleurs ».

Le directeur régional de la Commission centrale des élections dans la bande de Gaza, Jamil al-Khalidi, explique qu’il « avait espéré que des élections puissent se tenir dans l’ensemble des zones de la bande de Gaza, mais la situation sécuritaire et l’ampleur des destructions l’ont rendu impossible. Nous avons donc opté pour Deir al-Balah, car elle a subi le moins de dégâts, et ce facteur permet un processus électoral nettement plus fluide que dans d’autres régions ».

Eléna Aoun décrit la situation comme « surréaliste ». Elle explique : « On est face à une population qui lutte au quotidien pour sa survie la plus élémentaire. On parle de manger, de boire, de se protéger des éléments. Et là-dessus, on les invite à élire des représentants au niveau municipal. Je pense que c’est une situation quasiment sans précédent parce que la dynamique guerrière n’est absolument pas arrêtée, que ce soit en Cisjordanie ou à Gaza. Et donc le problème, c’est d’interpréter les raisons pour lesquelles ces élections sont faites ».

Ces élections sont-elles symboliques, ont-elles valeur de test, ou représentent-elles une démonstration d’unité nationale ?

Ces élections municipales se tiennent après deux années de guerre, de destructions massives et de populations déplacées. Dans ce contexte, quelles sont les perspectives du Fatah dans la bande de Gaza ? Et qu’en est-il de la popularité du Hamas ? Aucun des deux groupes ne présente de liste à Deir al-Balah, mais ils auront des candidats sur des listes indépendantes.

Jamal al-Fadi, politologue à l’université Al-Azhar du Caire, estime que l’Autorité palestinienne organise des élections uniquement à Deir al-Balah « comme une expérience pour tester son propre succès ou échec, puisqu’il n’existe pas de sondages d’opinion d’après-guerre ».

Eléna Aoun considère ce scrutin local à Gaza comme « une tentative désespérée de la part de l’autorité palestinienne de s’octroyer un geste politique fort, elle qui est totalement marginalisée du débat sur l’avenir de la Palestine », car les décisions sont confisquées par Israël et par Donald Trump.

Dans les rues de Deir al-Balah, une habitante, Maysa Al-Hasanat, exprime son espoir : « Aujourd’hui, nous voyons des affiches pour les élections municipales. Nous espérons que ces élections auront lieu dans l’ensemble de la bande et pas seulement ici. Nous espérons que le résultat sera positif pour nous ».

Eléna Aoun tempère cet enthousiasme en déclarant : « C’est une parodie de démocratie. Le sens même de ces élections est totalement dénaturé par le contexte extrêmement violent dans lequel vivent les Palestiniens, qui, lui, n’est pas remis en question, et les personnes qui vont être élues n’auront aucune capacité de modifier cela ».

La campagne électorale a débuté le 12 avril 2026, avec des préparatifs visibles dans la ville. Les banderoles, affiches et tracts sont présents parmi les décombres, visant à encourager les habitants à voter le 25 avril. Certains citoyens, comme Moustafa Jabr, sont optimistes : « La réussite de ces élections pourrait offrir de l’espoir et ouvrir de nouvelles voies pour une relance réussie des élections législatives et présidentielles. C’est crucial, la bande de Gaza a besoin de rétablir le processus démocratique ».

Cependant, d’autres refusent de voter en raison des violences persistantes en Israël, reléguant ces élections au second plan, et certains envisagent de boycotter le scrutin, qui ne propose pas de choix significatifs. D’autres encore critiquent la nouvelle loi électorale du président Mahmoud Abbas, qui oblige tous les candidats à reconnaître Israël.

Le journaliste palestinien Rami Abu Jamous souligne quelques problèmes logistiques, comme l’absence d’encre fournie, mais les douze centres de vote, prêts pour l’élection, seront supervisés par près de 300 observateurs. Il fait également état d’une ambiance familiale dominée par de grandes familles locales.

À l’approche du 25 avril, Deir al-Balah oscille entre déception, lassitude et espoir d’une émancipation politique.