France

Deux policiers créent une appli pour retrouver les voitures volées.

Cyril et David, deux policiers de l’Hérault, ont créé l’application Lamp pour aider à retrouver des véhicules volés, qui compte déjà 17.000 utilisateurs et a permis de retrouver cinquante véhicules. En France, près de 125.000 vols de véhicules par an font de ce fléau une problématique majeure, plaçant le pays en tête des pays européens les plus touchés.

Dans un élan d’entraide, Cyril et David, deux policiers de l’Hérault, ont développé, dans leur temps libre, une application appelée Lamp. Cette initiative permet à tout citoyen de contribuer à la recherche de véhicules volés et offre la possibilité de gagner de l’argent, parfois même une somme conséquente.

Après cinq ans de préparation, cette idée est née d’un témoignage poignant, relayé par un article de presse locale. Une « mère de famille qui avait vu son Kangoo, un véhicule spécialement aménagé pour sa fille handicapée, se faire voler », explique Cyril. Elle avait lancé un appel à témoins pour retrouver son véhicule, alors que les policiers n’étaient même pas informés du vol survenu à proximité. « Il fallait trouver une solution à ce problème », ajoute-t-il. La conception de Lamp était ainsi lancée.

Une prime de 100 euros par véhicule

Opérationnelle depuis un an, l’application gratuite a déjà attiré 17.000 utilisateurs et permis de retrouver cinquante véhicules, tandis que 700 autres restent à retrouver. « Notre but est de diffuser l’information à chaque vol à des milliers de personnes. Cela augmente les chances de retrouver les véhicules volés. Souvent, nous croisons dans la rue un véhicule volé sans le savoir », précise Cyril.

Le principe est d’inciter un maximum de personnes à participer aux recherches par le biais d’une récompense financière. Les « veilleurs » se voient offrir une prime de 100 euros minimum pour chaque véhicule volé qu’ils découvrent. Cette somme est financée par les propriétaires des véhicules volés, qui acceptent de verser 300 euros à l’application lorsque leur véhicule est retrouvé. Ils ont également la possibilité d’augmenter la prime si cela peut attirer davantage de recherche. Le reste de leur versement sert à la gestion de l’application.

Pour participer, il suffit de scanner la plaque d’immatriculation d’un véhicule suspect, c’est-à-dire « qui semble abandonné, stationné dans votre rue depuis un certain temps sans raison », précise Cyril. « Avec l’application, vous recevrez des alertes chaque fois qu’un véhicule volé est inscrit, parfois même avant que la plainte ne soit déposée. En quelques secondes, vous pouvez scanner des plaques d’immatriculation, ou le numéro VIN, le gravage de vitres, même ceux des vélos, scooters, motos… En fait, tout ce qui roule et est immatriculé ou gravé », indique-t-il. Les utilisateurs enregistrés, en échange d’une pièce d’identité, ont accès à une description détaillée des véhicules volés, y compris leur plaque d’immatriculation, à l’exception des deux dernières lettres pour des raisons de sécurité.

« L’information ne remonte pas forcément »

Le concept a trouvé un écho favorable, selon Cyril. « C’est accessible à tous, à partir de 17 ans. Certaines personnes sont attirées par la récompense, d’autres par le côté ludique avec des points (appelés lampions) à gagner, et d’autres encore font cela pour venir en aide. »

Lamp attire également un nombre important de policiers et de gendarmes. « Les gens croient avoir un accès facile aux fichiers des véhicules volés, mais en réalité, même les policiers de terrain qui débutent leur service le matin ne savent pas toujours ce qu’ils doivent rechercher. Cette information ne remonte pas nécessairement, sauf s’il s’agit d’un vol avec violence, d’un carjacking, ou d’un réseau à démanteler. Cependant, pour les vols simples, qui sont très nombreux chaque année, l’information n’est pas immédiatement accessible. » Si un gendarme ou un policier utilise l’application pour résoudre une affaire, la prime promise par Lamp sera versée à une association.

L’idée, c’est surtout d’aider

Le but ultime « n’est pas de gagner de l’argent, mais d’aider ceux qui, après le vol de leur véhicule, se retrouvent souvent isolés dans leur quotidien, et parfois confrontés à des difficultés financières », souligne Cyril. « Beaucoup de gens ne le réalisent pas, ils sont souvent mal assurés en cas de vol, surtout en l’absence d’effraction. D’autres voient le montant remboursé par leur assurance nettement inférieur à leurs attentes, car leur véhicule était en très bon état, ou ils tiennent à leur vieille voiture pour se rendre au travail… »

Après avoir déposé un brevet pour l’application en France et aux États-Unis, Cyril et David envisagent de développer de nouvelles fonctionnalités, comme une possible intégration avec les caméras embarquées que les automobilistes installent dans leurs véhicules. « Plusieurs services de police municipaux montrent un grand intérêt », ainsi que « les loueurs de voitures, souvent mal indemnisés en cas d’escroquerie, de vols ou de détournements de véhicules », ainsi que les transporteurs routiers, les associations et ceux qui ont des flottes de véhicules.

Le marché est donc prometteur, à la mesure du nombre de vols, un fléau qui fait que la France est l’un des pays européens les plus touchés, avec près de 125.000 vols de véhicules par an.