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Le détroit d’Ormuz, enjeu stratégique pour l’Iran contre les Etats-Unis.

Le contrôle du détroit d’Ormuz est considéré comme un levier de négociation important pour l’Iran dans ses discussions avec les Etats-Unis. Les électeurs de la Virginie sont appelés à se prononcer mardi sur un référendum concernant une nouvelle carte électorale, avec des millions de dollars dépensés par les deux camps en compétition.


Le contrôle du détroit d’Ormuz représente un atout majeur pour l’Iran dans ses pourparlers avec les États-Unis, bien que cette stratégie comporte des risques, selon certains experts. Vendredi, dans le cadre du cessez-le-feu instauré le 8 avril, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a annoncé la réouverture de ce passage maritime, essentiel pour le commerce, qui avait été paralysé depuis le début de la guerre le 28 février.

Cette annonce a entraîné une chute rapide des prix du pétrole, fortement influencés par les conditions de circulation dans le détroit, par lequel transitaient avant le conflit 20 % des exportations mondiales de pétrole et de gaz. Cependant, le lendemain, Téhéran a renoncé à sa décision, invoquant le maintien du blocus américain sur les ports iraniens. Par conséquent, les prix du baril ont de nouveau augmenté lundi.

Dans une large partie de l’Asie, où résident les principaux acheteurs de pétrole et de gaz du Moyen-Orient, les tarifs de l’énergie ont connu une hausse exponentielle depuis le début de la guerre : au Sri Lanka, l’augmentation a atteint 40 %. Les dirigeants européens, quant à eux, redoutent une montée de l’inflation, alors que les prix des carburants sont déjà en hausse, ainsi que des potentielles annulations de vols et des pénuries alimentaires. Par ailleurs, la perturbation des approvisionnements en engrais, dont le Golfe est un producteur clé, devrait également entraîner une augmentation des prix alimentaires dans les pays en développement.

Face à ces défis économiques, l’Iran peut compter sur le détroit d’Ormuz comme un puissant levier de négociation. Cependant, il subit également des conséquences, le blocus américain le privant de ses exportations pétrolières d’une valeur de plusieurs dizaines de millions de dollars chaque jour. Alors que le cessez-le-feu doit expirer mercredi, une reprise des hostilités fragiliserait encore davantage le pays.

L’Iran bénéficie du « contrôle du détroit », a affirmé Mohammad Bagher Ghalibaf, président influent du Parlement, qui a participé aux négociations les 11 et 12 avril à Islamabad avec une délégation américaine. « Lorsqu’ils ont voulu envoyer des dragueurs de mines, nous avons résisté. Nous avons affirmé qu’il s’agissait de violations du cessez-le-feu », a-t-il indiqué dans une déclaration diffusée par la télévision iranienne. « Nous sommes sur place et nous n’en partirons pas ».

Le 12 mars, Mojtaba Khamenei, fils et probable successeur d’Ali Khamenei en tant que guide suprême, a suggéré d’utiliser « le levier du blocage du détroit d’Ormuz ». Ce blocage représente un tournant stratégique pour la République islamique, qui menaçait cette option sans jamais la mettre à exécution auparavant. Après des décennies d’efforts pour empêcher l’Iran de développer l’arme nucléaire – une ambition que Téhéran nie avoir – et de combattre des groupes soutenus par celui-ci, les pays occidentaux font face à un problème inédit et possiblement durable.

« Tant qu’Ali Khamenei était au pouvoir, la République islamique envoyait des signaux mêlés concernant son programme nucléaire et menaçait de fermer le détroit d’Ormuz, sans jamais passer à l’acte », explique Ali Alfoneh, chercheur à l’Arab Gulf States Institute (AGSI) et auteur de « Succession politique en République islamique d’Iran ».

« À la suite de la mort de Khamenei et alors que le régime fait face à des enjeux existentiels, cette retenue n’est plus envisageable », enchaîne-t-il, anticipant une possible révision de la doctrine nucléaire iranienne. Toutefois, il note que le blocus américain sur les ports iraniens nuit également à la République islamique en entravant ses revenus pétroliers à un moment critique.

« Le conflit est désormais une épreuve de résistance… Qui cédera en premier ? », interroge-t-il. Alors que de nouvelles négociations entre l’Iran et les États-Unis pourraient se dérouler dans les jours à venir, le premier vice-président iranien, Mohammad Reza Aref, a déclaré lundi que « la sécurité dans le détroit d’Ormuz n’est pas gratuite ».

« Le choix est clair », a-t-il précisé : « soit un marché du pétrole libre pour tous, soit des risques de coûts considérables pour chacun ». Selon les analystes de l’International Crisis Group (ICG), la position de l’Iran concernant le détroit consiste à se montrer ouvert aux négociations, « mais uniquement sur des bases qui montrent qu’il n’a pas subi de défaite stratégique ». Cependant, avec le blocus américain, le détroit est devenu d’un possible « outil de négociation à un point de tension susceptible d’entraîner une escalade militaire ».

Les électeurs de l’État américain de Virginie sont appelés à se prononcer mardi sur une nouvelle carte électorale favorable aux démocrates, un référendum perçu comme une réponse au redécoupage demandé par Donald Trump dans plusieurs États républicains.

Parmi les 11 représentants que la Virginie détient au Congrès américain, six sont actuellement démocrates. Avec le nouveau plan de redécoupage proposé, l’espoir de la gauche est d’augmenter ce nombre jusqu’à 10 lors des élections cruciales de mi-mandat en novembre. Les républicains, qui ont récemment perdu le siège de gouverneur dans cet État de la côte Est, s’efforcent de faire triompher le « non » au référendum.

Les derniers sondages donnent un léger avantage au « oui », mais une surprise n’est pas à exclure, selon le professeur Larry Sabato, directeur du Center for Politics à l’université de Virginie. L’enjeu du scrutin – quatre sièges à la Chambre des représentants – a entraîné des millions de dollars de dépenses des deux camps, qui ont également mobilisé des figures importantes de leurs partis respectifs pour soutenir leur cause. « J’habite en Virginie et je ne peux pas allumer ma télé sans voir cinq publicités d’Obama appelant au « oui » », souligne Larry Sabato.

Barack Obama demeure une figure très populaire, à tel point que le camp adverse l’utilise également à son profit, en diffusant une vieille vidéo où l’ex-président démocrate critique le « gerrymandering ». Cette pratique consiste à redessiner les circonscriptions d’un État de manière à diluer le vote d’un parti, souvent avec des contours géographiques absurdes.

Donald Trump a remis en avant en 2025 cette ancienne tactique électorale, en demandant un redécoupage au Texas qui permettrait aux républicains de conquérir cinq sièges au Congrès. L’Ohio et la Caroline du Nord ont emboîté le pas au Texas et ont redessiné leur carte pour offrir quelques sièges supplémentaires au parti présidentiel. Face à cette offensive, le Parti démocrate a décidé de riposter et d’effectuer son propre redécoupage dans certains États, notamment en Californie.

Dans cet État, qui votent massivement à gauche, une nouvelle carte a été largement approuvée par référendum en novembre dernier et doit permettre d’annuler les gains républicains au Texas. Toutefois, en Virginie, les responsables démocrates font face à un résultat bien plus incertain que celui de Californie. « Il existe une partie des démocrates qui s’opposent fondamentalement au +gerrymandering+ et qui estiment qu’on ne combat pas le mal par le mal », remarque le politologue Larry Sabato.

Si un nombre suffisant d’entre eux choisit de voter « non » ou de s’abstenir, la nouvelle carte pourrait ne jamais être adoptée, d’autant que le vote anticipé montre une forte participation des zones rurales de Virginie traditionnellement républicaines, observe le professeur. Une victoire du « non » serait un camouflet pour la nouvelle gouverneure démocrate, Abigail Spanberger, qui a plaidé en faveur de ce redécoupage.

Le résultat du référendum aura aussi des implications à l’échelle nationale, puisque le gouverneur républicain de Floride, Ron DeSantis, envisagerait de redécouper son État si le « oui » venait à l’emporter en Virginie.