QRÂ : la récupération du méthane des charbonnages dans le nord de la France ?
Le dernier charbonnage en Wallonie a fermé en 1984 à Farciennes, et depuis, les charbonnages belges sont à l’arrêt. Actuellement, Gazonor a fait une demande de permis pour exploiter deux autres charbonnages en Wallonie, dont le charbonnage de Beaulieusart à Fontaine-l’Evêque, pour lequel une enquête est en cours.
Bernard Lemaitre, de Forest, a posé la question suivante : « Pourrait-on, comme c’est le cas dans le nord de la France, récupérer le méthane de nos anciens charbonnages ? »
En Wallonie, le dernier charbonnage a fermé en 1984, à Farciennes. Depuis, les charbonnages belges sont inactifs. Cependant, en 2018, la société française Gazonor a obtenu un permis d’exploitation pour exploiter l’ancien charbonnage du Bois de la Haye à Anderlues, dans le Hainaut, afin de capter ce qu’il reste de grisou, aussi appelé méthane ou gaz de mine. L’exploitation a débuté en mai 2019.
### Comment ça fonctionne très concrètement ?
La société Gazonor récupère le grisou produit naturellement par le charbon encore présent dans l’ancienne mine. Les sites sont assez simples à exploiter « car il reste des canalisations qui servaient déjà, à la fin de l’exploitation du charbon, pour le captage du grisou », explique Sylvain Roquet, ingénieur civil des mines au Service public de Wallonie. Il suffit donc de « se connecter » à ces anciennes canalisations pour exploiter le gaz, soit en produisant de l’électricité, soit en le purifiant, le comprimant et l’injectant sur le réseau de gaz naturel.
À Anderlues, Gazonor a choisi de transformer le méthane en électricité sur place. Celui-ci est ensuite converti en électricité grâce à cinq moteurs avant d’être injecté directement sur le réseau électrique d’Ores. Selon Gazonor, le gaz récupéré à Anderlues permet aujourd’hui de couvrir la consommation d’électricité de 35.000 ménages, équivalente à la production de 20 éoliennes.
### Un gaz inépuisable ?
Ce gaz, naturellement produit par le charbon, n’est pas une ressource inépuisable. Le gaz « est absorbé sur le charbon, c’est-à-dire qu’il est fixé sur le charbon, mais au fur et à mesure que la pression diminue, il se libère du charbon. Et donc, à un moment, le charbon arrêtera de libérer les dernières quantités de gaz », explique Daniel Pacyna du service géologique du SPW. Plus on pompe, moins il y a de gaz. À Anderlues, on estime qu’en sept ans, on a déjà extrait 30% du gaz disponible dans l’ancien charbonnage.
Cette technique présente un intérêt environnemental car le gaz de mine est très polluant, surtout lorsqu’il entre en contact avec du CO2, qui tend à remonter naturellement du sol. Utiliser ce gaz déjà présent est donc judicieux, mais cela doit rester économiquement viable pour l’entreprise. Extraire du gaz des anciennes mines demande une grande quantité d’énergie pour finalement obtenir peu de gaz. « À terme et en fonction du prix du marché de l’électricité, les coûts de pompage pourraient devenir tels que l’exploitation ne serait plus suffisamment rentable », nous explique Sylvain Roquet.
Une autre contrainte est qu’il est quasiment impossible d’évaluer la quantité de gaz présente dans les anciennes mines avant de commencer l’exploitation.
### Peu de charbonnages exploitables
Depuis leur fermeture, la majorité des charbonnages en Belgique ont été inondés par les eaux d’infiltration. Le gaz s’est donc retrouvé piégé par l’eau, rendant son extraction impossible. Actuellement, une petite dizaine de mines en Wallonie restent sèches, toutes situées dans le Hainaut, entre la région du Centre (La Louvière) et Charleroi.
« Si jamais on devait dénoyer toutes les mines intéressantes pour en tirer du gaz, le coût du traitement des eaux, car ce sont des eaux particulières chargées en sel et assez acides, rendrait l’opération totalement inintéressante d’un point de vue économique », affirme Daniel Pacyna du Service Public de Wallonie.
Aujourd’hui, Gazonor a demandé un permis pour exploiter deux autres charbonnages en Wallonie : le charbonnage de Beaulieusart à Fontaine-l’Évêque, où une enquête est en cours, et les charbonnages de Monceau-Fontaine, près de Charleroi. Ce dernier a terminé son parcours administratif, et le gouvernement wallon doit désormais approuver ou non l’octroi de ce permis. « Techniquement aujourd’hui, toutes les mines exploitables le sont ou sont en passe de l’être. C’est une solution temporaire, mais nos anciennes mines ne vont pas nous fournir beaucoup plus de gaz », conclut Daniel Pacyna.
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