En Iran, entrepreneurs ne supportent plus l’interminable coupure d’internet.
Mahla, décoratrice d’intérieur à Téhéran, a déclaré : « J’ai dû vendre des biens de valeur et de l’or, juste pour payer mes employés ». Le ministre des Télécommunications Sattar Hashemi estime les pertes économiques dues à la coupure d’internet à près de 30 millions d’euros par jour.
« J’ai dû vendre des biens de valeur et de l’or, juste pour payer mes employés » : Mahla, une décoratrice d’intérieur à Téhéran, partage ses difficultés dues à la coupure d’internet imposée par les autorités, qui pèse lourdement sur l’économie. Bien que le cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis soit en vigueur depuis le 8 avril, des millions d’Iraniens restent isolés numériquement du reste du monde. Seul l’internet national est opérationnel, ce qui ne suffit pas pour permettre une activité normale dans un pays dont l’économie était déjà affaiblie, avant les frappes israélo-américaines, par de sévères sanctions internationales.
Selon l’ONG de surveillance de la cybersécurité NetBlocks, qui a comptabilisé 50 jours de coupure, un record à l’échelle nationale, « la connectivité internationale demeure faible, à environ 2% des niveaux habituels ». Mahla, 55 ans, qui préfère garder son nom de famille secret, se désole d’être privée d’un « accès correct aux outils d’intelligence artificielle, à Google ou même à ses mails ».
Les mois d’hiver précédant Norouz, le nouvel an iranien célébré en mars, sont généralement une période propice pour générer des revenus permettant de financer une grande partie de l’année. Cependant, depuis les manifestations de janvier, lors desquelles l’internet avait déjà été coupé, « et surtout pendant la guerre, la situation est restée instable », déclare la quinquagénaire, qui n’a réussi à conserver qu’un seul employé. Les restrictions ont un impact négatif sur le moral des entrepreneurs. « Beaucoup de gens ne peuvent plus travailler. Ils se sentent épuisés, dépassés, sans espoir », observe-t-elle, en s’indignant contre ceux qui « profitent de la situation pour vendre de faux VPN et arnaquer les gens ».
« La situation de l’emploi était déjà mauvaise, maintenant elle est encore pire », s’agace Mahdi, 49 ans, comptable à Téhéran. « Pour trouver du travail, il faut avoir accès à internet, mais ce n’est pas fonctionnel. Et les offres d’emploi sur les sites ne sont pas mises à jour ».
Il est difficile d’établir la réalité des chiffres dans un pays où les communications sont restreintes. Toutefois, il est clair que la coupure d’internet « a infligé des dommages considérables à l’économie numérique », déclarait cette semaine sur X l’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA). Le ministre des Télécommunications Sattar Hashemi évalue les pertes à près de 30 millions d’euros par jour.
Des chiffres corroborés par le site de vérification des faits Fact Nameh, qui a relayé des extraits du discours d’Afshin Kolahi, directeur de Rahnama, un groupe d’ingénierie, d’informatique et d’énergie, prononcé le 13 avril. Il a mentionné un impact direct de 30 à 40 millions de dollars par jour. « Nous perdons l’équivalent de deux centrales électriques de taille moyenne par jour, et c’est de notre faute », a-t-il affirmé.
Les entrepreneurs basés à l’étranger constatent cette réalité. Maryam, 38 ans, propriétaire d’une société en ligne à Paris, emploie trois salariés à Téhéran et 40 personnes pour des projets spécifiques. « Ces deux derniers mois, nous n’avons reçu que 10 commandes, dont quatre seulement après le cessez-le-feu » du 8 avril, au lieu de trois ou quatre par jour en temps normal, détaille-t-elle. « Nous avons un site web en domaine.com ainsi que Telegram, WhatsApp et Instagram, et aucun de ces services n’est facilement accessible » en Iran.
« Je ne peux même pas communiquer avec mes employés, car je ne veux pas utiliser les applications internes iraniennes pour des raisons de sécurité. J’ai pratiquement perdu le contact avec les personnes avec qui je travaille depuis la première semaine de la guerre ».
Des rumeurs de retour imminent du réseau circulent parfois. Mais même après la vague de contestation de janvier, il n’a été que partiellement rétabli avant d’être complètement coupé avec le début du conflit. L’espoir est donc mince. Amir, 40 ans, est sceptique. Chaque jour, sa colère à l’égard de la République islamique perdure.
« Aujourd’hui encore, ils ont annoncé que les conditions n’étaient pas favorables au rétablissement de la connexion », a-t-il déclaré vendredi à l’AFP. « Mais ils ne disent jamais que c’est notre droit, seulement que (la coupure) est mauvaise pour l’économie ! »

