France

Des auteurs réclament des indemnités pour quitter Grasset.

Plus de 300 auteurs et acteurs du monde de l’édition, emmenés par Leïla Slimani, Virginie Despentes et Emmanuel Carrère, appellent à la création d’une « clause de conscience » dans leur secteur, après le licenciement du PDG de Grasset, Olivier Nora. Une lettre ouverte dénonçant « une atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale » de Grasset a été signée par quelque 170 écrivains, qui ont décidé de refuser de publier de nouveaux livres chez cette maison.


Plus de 300 auteurs et professionnels de l’édition, dirigés par Leïla Slimani, Virginie Despentes et Emmanuel Carrère, demandent à travers une tribune publiée dans la *Tribune Dimanche* la mise en place d’une « clause de conscience » dans leur secteur, suite au « licenciement » d’Olivier Nora, PDG de Grasset.

« Il est temps de poser une limite. Cette limite a un nom : la clause de conscience. Elle existe pour les journalistes. Elle doit être étendue, non pour fragiliser les entreprises, mais pour rétablir un équilibre élémentaire entre la liberté d’entreprendre et la liberté de ne pas servir ce que l’on réprouve », déclarent les signataires.

Parmi eux se trouvent des auteurs de plusieurs maisons d’édition, tels que Leïla Slimani (Gallimard), Hervé Le Tellier (Gallimard), Maylis de Kerangal (Verticales), ainsi que des figures de Grasset comme Gaël Faye et Bernard Henri-Lévy, et de récents lauréats du Prix Goncourt, comme Jean-Baptiste Andréa.

### « Le droit français n’a rien prévu »

Les signataires estiment que « le licenciement par Vincent Bolloré du PDG des éditions Grasset Olivier Nora est le révélateur d’une évolution à laquelle notre droit ne sait pas faire face ».

« Le groupe dont relèvent Hachette et Grasset forme désormais un ensemble cohérent de médias, d’éditeurs et de plateformes dont l’orientation idéologique est identifiée dans le débat public. Cette évolution assumée ne trouve aucune traduction dans le droit du travail ni dans celui des auteurs. »

Selon eux, tout un secteur, comprenant communicants, libraires et salariés, est affecté : « Le droit français n’a rien prévu pour eux. Il leur dit d’accepter ou de partir. Partir, c’est renoncer à des années d’ancienneté, à des droits, à une stabilité parfois construite sur des décennies. Rester, c’est consentir à une forme de dissonance morale », soutiennent-ils.

### Une « clause de conscience » pour les auteurs

Environ 170 écrivains ont cette semaine perturbé le milieu habituellement discret de l’édition en décidant de ne plus publier de nouveaux livres chez Grasset après le départ d’Olivier Nora, que de nombreux auteurs attribuent à Vincent Bolloré, l’homme d’affaires conservateur qui contrôle Hachette, le leader français du secteur et maison-mère de Grasset.

Dans une lettre ouverte, ils ont dénoncé « une atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale » de la prestigieuse maison.

La sénatrice socialiste Sylvie Robert, engagée sur la question du livre, a appelé jeudi à établir une « clause de conscience » pour les auteurs « en cas de changement radical dans la ligne éditoriale. »

### Bientôt une loi

Cette mesure, demandée par les signataires de la lettre ouverte des auteurs de Grasset, est également soutenue par le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public qui a auditionné Vincent Bolloré.

Le député a indiqué à l’AFP qu’il « travaillait sur une loi » qui permettrait « l’insertion obligatoire et automatique dans les contrats d’édition d’une clause dite « intuitu personae » », ouvrant la voie à des ruptures de contrat des auteurs en cas de départ de leur éditeur.

Interrogé sur cette proposition, le président Emmanuel Macron a appelé à y « réfléchir », sans toutefois se prononcer. C’est « une question qui va se poser », a-t-il déclaré.