Stockage de pellets : danger méconnu d’intoxication au monoxyde de carbone
La revue de l’Agence nationale de sécurité sanitaire française (ANES) met en avant les dangers du stockage de pellets, notamment le risque d’intoxication au monoxyde de carbone. Cécilia Solal, toxicologue, souligne qu’il est crucial d’avoir un lieu de stockage dédié aux pellets, éloigné des pièces de vie, et suffisamment ventilé pour éviter l’accumulation de gaz.
Dans son numéro d’avril, la revue de l’Agence nationale de sécurité sanitaire française (ANES) souligne le risque lié au stockage des pellets, ces granulés en bois utilisés pour le chauffage. Bien que rare, ce danger concerne une intoxication au monoxyde de carbone.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la présence de monoxyde de carbone (CO) ne provient pas uniquement d’une combustion défectueuse. Les pellets peuvent émettre ce gaz de manière naturelle lors de leur stockage, en raison d’un processus d’auto-échauffement et d’oxydation lente du bois compressé.
« La quantité de gaz émise dépend de plusieurs facteurs, tels que la température et la ventilation. L’âge des granulés joue également un rôle important, » explique la Direction générale Humanisation du travail du SPF Emploi. Les pellets récents, ceux produits depuis quelques semaines, peuvent générer plus de monoxyde de carbone.
Dans des espaces confinés, comme des caves ou des locaux techniques, le monoxyde de carbone peut s’accumuler rapidement, atteignant des concentrations dangereuses. Incolore et inodore, ce gaz est responsable chaque année de nombreux accidents domestiques, parfois mortels. Toutefois, les intoxications liées aux pellets restent rares et peu documentées.
Un exemple cité par l’ANES évoque un incident où les pompiers ont secouru un homme de 87 ans intoxiqué après que quatre tonnes de pellets aient été stockées dans le sous-sol de sa maison, dans un local sans ventilation ni isolation des pièces de vie.
Bien que le risque existe pour les particuliers, il varie selon les méthodes de stockage. Les livraisons en sacs, destinées aux consommateurs domestiques, posent généralement peu de risques, sauf en cas de stockage en très grande quantité. En revanche, les livraisons en vrac dans des silos sont davantage concernées par ces phénomènes.
Des émissions de gaz peuvent apparaître durant la production et le transport des granulés, notamment en vrac. Ces émissions ont déjà causé des accidents mortels en espaces confinés, principalement lors de transports maritimes.
Le SPF Emploi ajoute que « dans les environnements professionnels, le risque est mieux encadré. Des normes et des directives ont été établies au niveau européen. » Des procédures strictes régissent l’accès aux silos et aux espaces confinés, incluant des dispositifs de détection du monoxyde de carbone et des protocoles d’intervention.
En Belgique, il n’existe pas de données précises sur les intoxications liées spécifiquement aux pellets. La majorité des cas d’intoxication au monoxyde de carbone sont dus à une mauvaise combustion des appareils de chauffage.
Plusieurs recommandations sont proposées. « Il est essentiel d’avoir un lieu de stockage dédié aux pellets, c’est-à-dire que l’on ne doit pas les stocker dans son salon ou dans une pièce de vie, mais dans un endroit éloigné de celles-ci, » détaille Cécilia Solal, toxicologue. Les espaces doivent également être bien ventilés pour éviter toute accumulation de gaz. D’autres précautions sont nécessaires, comme éviter d’entrer dans un espace de stockage sans protection, surtout s’il est mal ventilé.
Les signes d’intoxication, tels que les maux de tête, les vertiges et les nausées, doivent être pris au sérieux. Dans les cas les plus graves, des pertes de connaissance, des comas, voire des décès peuvent survenir.
Ce phénomène n’est pas récent. Depuis l’essor des granulés de bois, le risque d’intoxication est connu. Néanmoins, ce risque n’est pas toujours reconnu par le grand public. « Il est important d’attirer l’attention sur ce danger potentiel, car il peut entraîner des intoxications graves voire mortelles. C’est certes une situation très rare, mais il est nécessaire que les personnes en prennent conscience, » souligne Cécilia Solal. Sensibiliser les gens aux dangers contribue à limiter une éventuelle augmentation des cas d’intoxication.

