Belgique

Philippe Close (PS) : « Nous ne vaincrons pas le trafic de drogue sans poser la question. »

Philippe Close souligne que les postes fixes devant les lieux juifs restent « importants » pour rassurer et protéger la communauté concernée. Il mentionne que « sur les quelque 2000 commerces Horeca présents sur le territoire de la ville de Bruxelles, 180 vont faire l’objet d’une analyse approfondie ».


Interrogé sur la présence de militaires autour des institutions juives, ainsi que devant certaines gares et stations de métro, Philippe Close souligne d’abord le rôle de soutien qu’ils apportent à la police. « Tout ce qui permet de dégager de la capacité policière pour que notamment on puisse patrouiller dans les quartiers et pour qu’on puisse faire les enquêtes n’était pas une mauvaise idée », déclare-t-il, en exprimant sa gratitude envers « les personnes qui sont là parce que ce n’est pas un boulot simple non plus d’être en poste fixe ».

À ses yeux, ces postes fixes devant les lieux juifs, visés par des « attentats antisémites absolument insupportables », demeurent « importants » pour rassurer et protéger la communauté visée. « Un policier 24 heures sur 24 sur un site, il faut sept policiers pour le faire », précise le bourgmestre, qui considère cela comme un moyen de libérer des effectifs pour d’autres interventions sur le terrain.

Cependant, il s’oppose à l’idée que les militaires patrouillent dans les quartiers, « parce qu’ils n’ont pas de pouvoir de police, donc c’est beaucoup plus complexe ».

### Drogue : frapper le blanchiment et investir dans la santé

Philippe Close affirme que la lutte contre le trafic de drogue doit mobiliser tous les acteurs : « Tout le monde est uni dans ce travail, que ce soit la police fédérale, les polices locales, le parquet. Vous savez qu’on a un procureur du roi extrêmement dynamique à Bruxelles qui travaille vraiment avec tous les bourgmestres. » « Tout ce qui peut nous permettre de dégager de la capacité pour enquêter et pour lutter contre le trafic et ses semeurs de mort, c’est extrêmement important », insiste-t-il. Toutefois, le bourgmestre socialiste souligne que la réponse ne peut pas être uniquement répressive. « On doit attaquer aussi le volet santé publique, de comprendre pourquoi les gens se droguent. Nous n’arriverons à lutter contre le trafic de drogue efficacement que si on pose aussi cette question », souligne-t-il.

Il évoque les efforts réalisés avec les hôpitaux Saint-Pierre et Brugmann, chargés par l’autorité fédérale d’aborder les « errances mentales », de plus en plus visibles dans les centres urbains. « C’est aussi important d’écouter les professionnels de la santé pour comprendre avec eux ce phénomène », plaide-t-il.

### Une nouvelle arme : l’ »approche administrative »

Au-delà de la police et de la justice, les communes disposent désormais d’un nouvel outil : l’ »approche administrative » des commerces suspects, inspirée d’un modèle néerlandais. « Il y a un tout nouveau mécanisme qui vient d’être voté il y a à peine un an, avec trois communes pilotes en Belgique : Liège, Ostende et Bruxelles », explique Philippe Close. « Nous allons travailler comme des auxiliaires de justice pour enquêter sur ce qui fait mal aux trafiquants, c’est-à-dire leur blanchiment. »

Concrètement, la ville ciblera des secteurs jugés à risque : « les secteurs de l’Horeca, restaurant-café, des faux barbiers, des faux coiffeurs ou des fausses boutiques de coques de GSM », souvent soupçonnés d’être des façades de blanchiment.

Selon lui, sur les 2000 commerces Horeca présents à Bruxelles, 180 seront soumis à une analyse approfondie. « Attention, ce n’est pas 180 qui blanchissent », nuance le bourgmestre. « On commence par 10% d’analyse de ces commerces Horeca et, dedans, on verra lesquels en effet contreviennent à la loi. » Les communes auront la possibilité de fermer définitivement les établissements fautifs.

### Emploi et précarité : « faire se rencontrer la richesse et la population »

Le bourgmestre aborde également le défi de l’exclusion liée au chômage et à la précarité croissante. Depuis le début de l’année, de nombreux Bruxellois ont été exclus des allocations, se tournant vers les CPAS. « On est plutôt dans les statistiques qui avaient été communiquées par le gouvernement », constate-t-il.

« Le gros objectif, c’est qu’ils ne restent pas au CPAS, c’est qu’ils trouvent un job. » Pour y parvenir, Philippe Close souligne le rôle du CPAS dans l’accompagnement et la formation : « Ce n’est pas simplement en les excluant que tout d’un coup, ils vont travailler. » Il évoque le paradoxe bruxellois : « On est une ville extrêmement riche, mais avec une population qui se précarise. On doit pouvoir faire se rencontrer la richesse produite par Bruxelles, qui génère 20 % de la richesse du pays, avec ces populations qui n’arrivent pas à trouver un emploi. »

Sa priorité est l’éducation. « Le premier budget de la ville de Bruxelles, c’est l’enseignement. C’est important de remettre l’école au cœur des projets politiques urbains », souligne-t-il. En parallèle, il mentionne « l’enseignement permanent » pour les adultes et se concentre sur la création d’emplois dans de nouveaux secteurs, notamment celui des congrès. « Vous avez un spectre d’emploi énorme, depuis les gens qui accueillent, les taxis, les bagagistes, les gens qui montent les stands… On peut inventer de nouveaux métiers et apporter une nouvelle économie. »

### Un grand centre de congrès pour l’attractivité de Bruxelles

Depuis plusieurs années, le bourgmestre défend un projet de grand centre de congrès sur le plateau du Heysel, qui évolue avec l’engagement financier de la Région bruxelloise. « Je veux remercier vraiment les négociateurs régionaux qui ont cru dans ce projet et qui maintenant l’activent en mettant de l’argent dedans, beaucoup d’argent, et c’est de l’argent public », déclare-t-il.

Pour concrétiser ce projet, la Région prévoit de rénover trois palais d’exposition existants sur le site du Heysel : le palais 5 (avec sa façade Art déco emblématique datant de l’exposition universelle de 1935), le palais 2 et le palais 10. Ces trois bâtiments formeront un triangle, et l’espace central, en sous-sol, sera également aménagé pour devenir partie intégrante de ce nouveau centre intégré d’expositions. Le but est de créer à terme un centre capable d’accueillir jusqu’à 20 000 visiteurs simultanément.

Actuellement, la Région investit 150 millions d’euros dans un budget total estimé entre 350 et 400 millions. Le reste proviendra d’emprunts, de la participation de la ville et des bénéfices générés par Bruxelles Expo, qui poursuivra son activité durant les sept années de travaux.

D’un point de vue urbanistique, le projet repose en grande partie sur la réhabilitation du Palais 5 et des palais adjacents de l’exposition universelle de 1935, situés place de Belgique. « Ils sont en mauvais état et on va travailler sur cette place de Belgique pour créer ce grand centre de congrès qui va pouvoir accueillir 20 000 congressistes », explique Philippe Close. « On ne va pas détruire les bâtiments, on va les reconvertir. » Il compare cette démarche à celle réalisée pour les salles de concert bruxelloises : « On m’a dit que ça ne marcherait jamais. Aujourd’hui, nos salles sont pleines et on a une vraie activité culturelle. »

### Attractivité et tourisme : entre assainissement budgétaire et vitrine internationale

Interrogé par une auditrice sur la baisse des moyens accordés à Visit Brussels, l’agence régionale de promotion touristique, Philippe Close rappelle qu’il en est « un des fondateurs ». Il exprime sa compréhension pour « la vraie détresse » du personnel tout en soulignant la nécessité pour la Région d’assainir ses finances publiques. « On ne peut pas laisser la région tomber en faillite », résume-t-il. Il assure toutefois que « la ville est là » pour réfléchir, avec la Région, à de nouvelles formes de promotion.

Visit Brussels doit économiser près de six millions d’euros en 2026, ce qui représente environ un cinquième de son budget. Le bourgmestre de Bruxelles admet le risque de réduire la visibilité internationale de la ville, mais se montre optimiste : « La vitrine de Bruxelles, elle est forte, mais il ne faut pas que ça dure trop longtemps. » Il appelle à « créer une économie positive qui génère de la recette », évoquant « une espèce de système keynésien » permettant de réinvestir ensuite dans les pouvoirs publics.

L’objectif, selon lui, est d’alterner entre une phase d’assainissement et un « coup de départ » pour relancer l’attractivité.