Tunisie

Hausse des prix : Faut-il envisager un boycott ?

Les tomates se vendent à cinq ou six dinars le kilo, établissant ainsi un record. Selon un connaisseur du milieu, la nouvelle récolte sera sur le marché dans une ou deux semaines au plus, à condition qu’elle ne soit pas court-circuitée en route pour maintenir la pression des prix actuels.


Des tomates à cinq ou six dinars le kilo ! C’est un record. Si nous aimons les records, il faudrait les enregistrer au niveau de nos champions sportifs et non pas comme un abus de bon sens. Cela s’ajoute aux prix exorbitants des viandes rouges ou des bananes.

Pourquoi cette avidité à réaliser des profits, dans une course effrénée, alors que les consommateurs semblent naïvement ignorants du jeu de la spéculation et de ses conséquences ?

La Presse — Tout d’abord, il convient de rappeler que les tomates, tout comme d’autres fruits et légumes, sont des primeurs de la saison estivale. La culture sous serre et l’exploitation des terres du sud et de l’extrême sud ont modifié ces habitudes. Ainsi, pour des raisons échappant à la volonté des producteurs, une réduction des quantités entraîne la panique et offre une opportunité à la spéculation.

**Question de saisons**

Dans ce contexte, considérant que la tomate n’est pas un produit essentiel, il existe des tomates pelées ou concassées en conserve en quantité suffisante si le besoin se fait sentir. Le consommateur se doit de réagir. D’après un expert du domaine, la nouvelle récolte devrait arriver sur le marché dans une ou deux semaines, à condition qu’elle ne soit pas détournée en chemin pour maintenir la pression sur les prix actuels. Tout devrait revenir à la normale.

Cependant, cette situation est impressionnante. Pourquoi le consommateur ne prend-il pas les choses en main pour sanctionner ces abus, alors que les autorités ne peuvent agir sans pénaliser, retirer des produits ou verbaliser ? Ces réactions pourraient être évitées dans des pays où le consommateur a son mot à dire, via un boycott qui renverrait le produit à son fournisseur.

**Une arme redoutable**

Il est prouvé que le boycott est une arme efficace. Après les crimes de guerre perpétrés par l’entité sioniste, un mouvement de boycott émerge contre les produits en provenance de ces pays ou ayant des relations commerciales avec les agresseurs. Cela a eu des résultats visibles, avec des grandes surfaces presque désertes et des marques internationales bradées en raison de leur invendabilité. Malgré les slogans de soutien à la Palestine affichés à l’entrée, les affaires ne se portent pas aussi bien qu’auparavant. Cela signifie que le boycott fonctionne toujours.

Il reste à déterminer comment l’instaurer. Dans des affaires essentiellement politiques, ce travail est relativement facile, car les médias et les réseaux sociaux diffusent massivement les atrocités commises.

Mais comment convaincre un consommateur de boycotter, s’il n’est pas sensibilisé et désireux de préparer une salade « méchouia » pour sa famille ou ses invités ?

C’est une question d’éducation. Un Anglais, un Suisse ou un Finlandais agirait sans hésitation, car leur éducation les incite à réagir contre les abus, l’injustice et la malhonnêteté. Les récentes révélations sur l’entité sioniste et ses soutiens ont d’ailleurs provoqué des manifestations quotidiennes, suggérant qu’il n’est plus acceptable de payer pour soutenir des violences au nom de slogans creux.

**Éduquer et convaincre**

Le boycott, en tant que forme de pression pour empêcher des déviations morales, est légitime. Il a toujours été un moyen de lutte efficace, modifiant des politiques et corrigeant des erreurs. Cependant, la mobilisation collective est souvent déclenchée par des sensibilisations à des situations anormales.

Tout commence dans la famille, où il est important d’expliquer aux enfants qu’il n’est pas nécessaire d’acheter un produit dont ils peuvent se passer, au prix que cela pourrait avoir. Ce rôle familial est essentiel.

Il ne faut pas dire que le travail des parents a un « impact négatif » sur l’éducation. Aujourd’hui, les familles ont besoin de davantage de moyens pour favoriser la réussite scolaire, qui n’est atteignable qu’avec une meilleure stabilité financière.

Les enfants dont les parents travaillent peuvent avoir de meilleurs résultats et moins de problèmes de comportement. C’est une question d’organisation et de discipline. On doit apprendre à dépenser son argent de poche judicieusement, en n’achetant que ce qui est nécessaire, sans imiter les voisins ou camarades.

**Des moyens qui font défaut**

À l’école, un enseignant peut décider de n’utiliser que des cahiers normaux, subventionnés par l’État, plutôt que des cahiers coûteux à cause du papier importé. Cela permet de protéger l’industrie locale et d’économiser de l’argent pour la famille. Ce boycott a un fondement justifié, affectant des secteurs économiques notables.

Dans des institutions comme l’armée, où l’éducation et l’instruction sont primordiales, des valeurs comme le respect, le civisme et le patriotisme sont inculquées.

Les organismes de défense des consommateurs doivent avoir les moyens financiers nécessaires pour se rapprocher des consommateurs. Combien de campagnes avons-nous vues de ces organismes, que ce soit à la télévision ou à la radio ?

En revanche, les publicités pour des produits laitiers, dont les prix augmentent, sont omniprésentes. À l’étranger, ces organisations indépendantes possèdent leurs propres laboratoires, journaux et sites, assurant la mise à jour des prix et gardant un contact constant avec les consommateurs, réagissant rapidement à un appel au boycott.

Nous sommes loin des simples et insuffisants messages diffusés sur les réseaux sociaux.

Les médias ont un rôle à jouer dans la mobilisation des familles de tous âges. Les messages et exaltations associés aux scénarios de feuilletons populaires en provenance de Turquie servent de publicité pour valoriser la qualité, l’éthique et l’appartenance.

**Réfléchir, décider, appliquer**

Il est essentiel d’éduquer, de pousser à la réflexion et de mobiliser pour une action collective, en réponse à l’exploitation éhontée provoquée par des circonstances particulières, souvent exploitées par une spéculation aidée par la naïveté des consommateurs.

C’est pourquoi nous avons soutenu que les méthodes d’intervention et de contrôle doivent évoluer et s’adapter. Les temps ont changé, et les moyens de la spéculation ont pris une avance sur des formules désormais obsolètes. Malgré tous les efforts déployés, il est moralement juste de leur rendre hommage.

Il ne reste plus qu’à travailler sur le sujet, réfléchir à une stratégie réaliste, convenir des moyens financiers à mobiliser, décider et appliquer rigoureusement les décisions prises.