Guerre en Iran : « La peur du régime dépasse celle des bombardements »
Sina, un Iranien vivant en région parisienne, a déclaré : « J’ai 100 % de ma famille là-bas, et j’ai une grande famille. Il faut imaginer qu’on n’a pas de nouvelles d’eux ». Selon le rapport annuel conjoint d’Iran Human Rights et d’Ensemble contre la peine de mort, les autorités iraniennes ont exécuté au moins 1.639 personnes en 2025, un record depuis 1989.
«Je suis 24 heures sur 24 sur les informations, et je ressens un mélange de tristesse, de traumatisme, et en même temps un tout petit peu d’espoir…», confie Sina*, un Iranien vivant en région parisienne. Depuis le début des manifestations en Iran contre la vie chère à la fin décembre, jusqu’à l’attaque militaire d’Israël et des États-Unis le 28 février, suivie du cessez-le-feu, la diaspora iranienne en France vit dans une grande incertitude, accrochée aux nouvelles et plongée dans une profonde angoisse.
«J’ai 100 % de ma famille là-bas, et j’ai une grande famille. Il faut imaginer qu’on n’a pas de nouvelles d’eux», poursuit Sina, qui précise que parmi ses amis iraniens, «beaucoup sont en dépression, prennent des médicaments, vont voir des psychologues». Lui-même a été en arrêt maladie pendant deux semaines, incapable de travailler. «C’est très stressant à cause de l’incertitude», déclare Bernard*, né en France, qui a moins de famille en Iran. Il évoque «des hauts et des bas» : «Je ne suis pas impacté dans mon quotidien mais mes pensées sont là-bas, ce sont mes racines… Quand on entend que les écoles ou des sites historiques sont frappés, cela fait mal.»
35.000 morts
Si les impacts des bombardements sur les infrastructures civiles, les universités, etc., préoccupent les personnes interrogées par *20 Minutes*, elles s’accordent à dire que le pire n’est pas tant le bombardement que la répression exerçée par le régime. «Une partie de mes amis et de ma famille a été exécutée par le régime. La répression se voit moins que les bombes mais elle tue», relève Fahimeh Ponsonnaille, française d’origine iranienne et membre de l’association des femmes iraniennes en France. «Mes amis sur place ont mille fois plus peur du régime que des bombardements», complète Sina.
Selon l’organisation Iran Human Rights (IHR), dix prisonniers politiques ont été exécutés en dix jours, une situation qualifiée de «jamais vue» par son directeur, Mahmood Amiry-Moghaddam. Les autorités iraniennes auraient porté le nombre total d’exécutions à au moins 1.639 en 2025, un record depuis 1989, d’après le rapport annuel conjoint de l’organisation norvégienne et d’Ensemble contre la peine de mort (ECPM).
Pour Sina, les semaines récentes ne sont pas les plus difficiles, mais plutôt le mois de janvier. «C’était le fond de l’enfer. J’étais en survie. J’ai perdu un ami qui a reçu des balles dans le cœur. Beaucoup de mes amis ont à ce moment-là perdu un membre de leur famille ou un proche. Pour ma part, je suis persuadé qu’il y a beaucoup plus de 35.000 morts» [ce chiffre correspond aux estimations de deux hauts responsables du ministère de la Santé iranien interrogés par l’hebdomadaire américain *Time*].
Pas d’Internet dans le pays depuis quarante-cinq jours
La difficulté d’obtenir des nouvelles de leurs proches ajoute à la souffrance. «C’est le black-out. Le régime a tout coupé. C’est très compliqué d’avoir des nouvelles de ma famille, d’autant que le régime sait que je suis liée à l’opposition iranienne. C’est dangereux pour eux. Les contacts sont succincts : ils me disent qu’ils sont en vie, et c’est tout», raconte Mahan Taraj, juriste et fondatrice du podcast Iran Décrypté.
Selon l’ONG de surveillance de la cybersécurité NetBlocks, la coupure d’Internet en Iran, imposée par les autorités, dure depuis près de quarante-cinq jours, la plus longue jamais observée à l’échelle d’un pays entier.
«Parfois des messages passent, puis les gens ne répondent plus. Certains paient cher pour un VPN – un sixième de salaire d’un employé – pour avoir 5 gigas de données, mais sans aucune certitude que cela passe», précise Sina. Bernard évoque avoir eu «deux ou trois fois dans le mois» des nouvelles de sa famille, via un cousin dont les amis accèdent parfois à Internet.
Les Iraniens ou personnes d’origine iranienne de la diaspora française interrogés par *20 Minutes* expriment une certaine déception envers la guerre initiée par Israël et l’administration Trump, qu’ils jugent de moins en moins apte à libérer leur pays du joug du régime. «La guerre n’a jamais été une solution pour amener la démocratie», considère Fahimeh Ponsonnaille. Tous s’accordent à dire qu’il faut «stopper le plus vite possible Netanyahou, Trump et les mollahs». «Il y a eu trop de morts», conclut Bernard.
*Les prénoms ont été modifiés.*

