Maroc

Bruno Lafont, ex-patron de Lafarge, est désormais incarcéré.

Bruno Lafont, ex-PDG de Lafarge, a été condamné à six ans de prison par le tribunal correctionnel de Paris pour financement du terrorisme en Syrie en 2013-2014. Le tribunal a condamné Bruno Lafont à 225.000 euros d’amende, qualifiant sa posture de « mauvaise foi » et de « lâcheté ».


L’ancien PDG du cimentier français Lafarge, Bruno Lafont, âgé de 69 ans, a été incarcéré lundi soir après avoir été condamné à six ans de prison par le tribunal correctionnel de Paris pour financement du terrorisme en Syrie entre 2013 et 2014. Il a annoncé son intention de faire appel.

Arrêté dans la salle d’audience par les policiers, Bruno Lafont conteste avoir eu connaissance des versements d’argent destinés aux groupes jihadistes en Syrie. Selon le tribunal, ces paiements, qui visaient à maintenir l’usine syrienne de Lafarge opérationnelle durant la guerre, ont permis à ces groupes de « préparer des attentats terroristes », y compris ceux de janvier 2015 en France.

Lors de son procès, celui qui a dirigé Lafarge de 2007 à 2015 a réaffirmé avoir « dit la vérité » et être « innocent ». Il a déclaré : « Si j’avais été informé plus tôt (…), j’aurais décidé de fermer l’usine et j’aurais pu épargner toutes ces souffrances. »

La justice française considère qu’il a été l' »artisan » du système de paiements aux groupes jihadistes, affirmant qu’il était « au sommet de la chaîne hiérarchique » et qu’il avait choisi de garder l’usine en fonctionnement pour des raisons économiques. Le tribunal a critiqué la « mauvaise foi » et la « lâcheté » de l’ancien dirigeant, le condamnant à une incarcération immédiate ainsi qu’à une amende de 225 000 euros.

Bruno Lafont, formé dans de grandes écoles françaises comme HEC et l’ENA, a rejoint Lafarge en 1983 au sein de la direction financière avant de gravir les échelons. Il est à l’origine de l’absorption de Lafarge par le suisse Holcim en 2015. Spécialiste des cigarillos et du chewing-gum, il avait un ton parfois cassant et devait devenir directeur général du nouveau leader mondial du béton, avant que Holcim ne revienne sur cet accord, préférant ne pas avoir de « Bonaparte » à sa tête selon la presse suisse.

Son habileté lui a permis de conserver son poste et d’obtenir une coprésidence pendant deux ans. Ce rapprochement franco-suisse était motivé par les difficultés rencontrées par le groupe. À son arrivée à la présidence de Lafarge en 2007, il fait face à une crise de construction qui touche l’Europe.

Il repositionne l’entreprise vers les marchés émergents, où les besoins en infrastructures et en logements sont plus élevés, mais cette stratégie comporte des risques; quelques années après des investissements significatifs en Égypte, le printemps arabe paralyse l’économie du pays.

Bruno Lafont a également entrepris plusieurs cessions pour réduire la lourde dette de 16 milliards d’euros de l’entreprise, cherchant à améliorer sa note auprès des agences de notation. Cependant, la taille de cette dette l’a conduit à conclure que son groupe ne pouvait pas agir seul.

Il aurait pu s’allier avec des concurrents tels que l’allemand Heidelberg Cement ou le mexicain Cemex, mais a choisi de fusionner avec Holcim pour créer un géant mondial du ciment. Jean-Louis Beffa, ancien dirigeant de Saint-Gobain, a déclaré : « J’ai proposé plusieurs fois à Lafarge de fusionner. Mais ils ont préféré devenir suisses avec Holcim. »