Blocage chez Bpost : « Un jeune facteur ignorera ses horaires en 2027 »
La direction et les syndicats de chez Bpost doivent se retrouver ce mardi après des discussions « d’intenses » qui ont eu lieu lundi. Le conflit social, déclenché à la fin mars, est entré dans sa troisième semaine et les propositions de la direction ne sont pas alignées sur les attentes des travailleurs.

La direction de Bpost et les syndicats doivent de nouveau se rencontrer ce mardi, suite à des discussions qualifiées « d’intenses » qui ont eu lieu presque toute la journée de lundi. Le conflit social, survenu spontanément à la fin du mois de mars après l’annonce par la direction d’une volonté de modifier les horaires de travail des facteurs, entre ainsi dans sa troisième semaine.
Les syndicats estiment que les propositions de la direction ne correspondent pas du tout aux attentes des travailleurs. « Aujourd’hui, on fait face à un monologue« , déclare Stéphane Daussaint. « La direction continue de nous expliquer et de nous réexpliquer son plan et n’ouvre guère de place à la négociation. Donc cela s’enlise. Nous le déplorons fortement. Par son attitude, la direction prend en otage les 25.000 travailleurs, ainsi que la population et les entreprises qui en subissent les conséquences. »
En raison du blocage dans les livraisons, il faudra plusieurs semaines pour résorber le retard accumulé. « Il va falloir réellement se mettre au boulot pour rattraper ce retard, mais quand, la question reste ouverte« , ajoute le représentant syndical.
« Le mouvement se crispe »
Si le blocage persiste, les négociations entre la direction et les syndicats, qui ont commencé ce lundi, doivent durer quatre jours. Cependant, « le mouvement se crispe de plus en plus« , met en garde Stéphane Daussaint, qui accuse la direction de « jouer à la provocation » à travers ses communications internes aux grévistes. Celles-ci contiennent des menaces de « déplacement d’activités du sud vers le nord » et de « fausses informations ou des informations partielles« .
Actuellement, la grève est majoritairement suivie en Wallonie et à Bruxelles. « Certains essaient d’en faire un débat communautaire, mais je rappelle que des actions ont eu lieu en Flandre la semaine passée et qu’aujourd’hui les Flamands attendent ces négociations. Clairement, si elles n’aboutissent pas, je crains qu’ils ne se joignent à nous dans le mouvement.«
« Ce ne sont pas les organisations syndicales qui ont appelé à la grève, c’est le personnel qui l’a démarré spontanément« , rappelle le syndicaliste. « Nous avons prévenu l’entreprise depuis des semaines qu’il était crucial d’aboutir à ces négociations. Ils ont joué la montre et ont attendu la fin avril pour mettre la pression et passer en force. Cela ne fonctionne pas, le personnel n’est pas d’accord avec ce qui est proposé.«
« Ce n’est pas de la flexibilité, c’est de l’ultra flexibilité »
La direction propose notamment de modifier les horaires et les tournées des facteurs. « Une réorganisation cruciale« , justifie-t-elle.
« Ce qui nous inquiète, c’est que rien n’est cadré au niveau de la flexibilité. […] Si l’on suit ce qui est proposé, un jeune facteur en 2027 ne saura pas quand il commence ou termine sa journée, ni même où il va travailler, puisque la direction souhaite supprimer la limite de 30 kilomètres« , dénonce Stéphane Daussaint.
Selon lui, ce n’est pas de la flexibilité, mais de « l’ultra flexibilité« . « Nous demandons simplement de pouvoir encadrer et compenser cette flexibilité. L’entreprise semble vouloir tout pour maximiser sa rentabilité, tout en continuant à investir des millions aux États-Unis au lieu de se concentrer sur la maison mère, qui est censée servir la population et soutenir l’économie du pays.«
Les syndicats expriment également des inquiétudes quant à la sous-traitance mentionnée dans le document de la direction. « Encore une fois, cela n’est pas défini : qui, quoi, quand, comment ? Nous n’avons aucune information. » « Nous avons constaté cela lors de la fin de la concession presse. Bpost a proposé des tarifs très élevés, ce qui a conduit à perdre la distribution, plutôt que de maintenir une mission essentielle qui était d’informer tous les citoyens à un prix abordable. Je crains que nous soyons face à la même réalité concernant le courrier aujourd’hui.«
Risque d’une détérioration généralisée des conditions de travail
Stéphane Daussaint reconnaît que l’avenir de la poste réside dans une activité de distribution de paquets. « Mais tant qu’il y a cette mixité des activités, nous devons continuer à soutenir cette mission et cela ne doit pas se faire au détriment de la qualité des conditions de travail« , précise-t-il. « Dans le secteur de la distribution de colis, Bpost est actuellement l’entreprise qui améliore les conditions. Si elles se détériorent chez Bpost, je m’interroge sur l’avenir des entreprises sous-traitantes, comme celles d’Amazon, etc. Cela pourrait conduire à une véritable exploitation pour tous les distributeurs de paquets en Belgique.«

