Belgique

Inflation : les banques vont-elles augmenter les taux d’intérêt ?

L’envolée des prix des produits pétroliers a alimenté les craintes d’un retour de l’inflation, dont le Bureau du Plan prévoit qu’elle s’établirait à 3,2% en 2026 en Belgique. Actuellement, les taux d’intérêt sur les comptes d’épargne en Belgique sont parmi les plus bas d’Europe, avec une moyenne de 0,70%.


L’augmentation des prix des produits pétroliers depuis le début du conflit au Moyen-Orient a suscité, dès le départ, des inquiétudes quant à un retour de l’inflation. Ce risque inflationniste a rapidement été anticipé sur les marchés financiers, entraînant une série de hausses des taux d’intérêt, ceux par lesquels les États empruntent de l’argent. Les taux pour les prêts à long terme, y compris les prêts hypothécaires, ont également connu une hausse. Actuellement, le retour de l’inflation est avéré.

En Belgique, le Bureau du Plan a récemment estimé que l’inflation pourrait atteindre 3,2 % en 2026. Les attentions se tournent maintenant vers la Banque Centrale Européenne (BCE). De nombreux experts et économistes prévoient une hausse des taux directeurs par la BCE afin de maîtriser l’inflation.

Une augmentation des taux directeurs de la BCE permettrait aux banques de réaliser davantage de bénéfices sur leurs placements. Cela pourrait également se traduire par une meilleure rémunération de l’épargne pour les particuliers. Toutefois, l’expérience récente montre qu’en Belgique, les banques sont peu enclin à augmenter les taux d’intérêt des livrets d’épargne de manière significative.

Jusqu’à présent, peu de banques ont rehaussé les taux d’intérêt sur les comptes d’épargne

À la fin mars, certaines banques en ligne de moindre taille ont commencé à annoncer une augmentation des taux d’intérêt sur certains livrets d’épargne, suscitant des interrogations sur un éventuel suivi par d’autres établissements. Selon Nicolas Claeys, spécialiste du secteur financier chez Testachats, « s’il y a un frémissement, il est vraiment très très léger ». « À part deux banques en ligne qui offrent régulièrement de bonnes conditions, les autres banques ne réagissent pas pour l’instant », a-t-il ajouté.

Ces banques en ligne proposent des taux d’intérêt allant jusqu’à 2 % sur certains livrets, incluant des primes de fidélité sous certaines conditions. En revanche, les comptes des grandes banques affichent des taux variant entre 0,25 et 0,60 %. « Ces grandes banques offrent d’autres types de comptes légèrement plus intéressants, mais moins connus, possédés par une minorité des clients, avec des taux se situant entre 1 % et 1,5 %. C’est très bas », précise Claeys.

Pour obtenir des rendements plus élevés, il est préférable de se tourner vers des comptes à versement mensuel. « Vous devez verser chaque mois un montant constant, mais ce montant est limité. Vous ne pouvez pas dépasser 500 ou 600 euros par mois. Sur ces comptes, les taux se situent entre 2,25 % et 2,80 %, mais cela ne concerne qu’une petite portion de l’épargne, puisque le versement est plafonné », indique-t-il. Il est donc difficile d’envisager de déposer rapidement une somme importante sur ce type de compte pour bénéficier de ces taux d’intérêt attractifs.

Des taux d’intérêt moins élevés qu’ailleurs en Europe

En Europe, la Belgique fait partie des pays avec le taux d’intérêt moyen le plus faible sur les comptes d’épargne. Avec un taux moyen de 0,70 %, elle se classe juste devant l’Allemagne et la Lituanie et mieux que des pays comme la Finlande et la Bulgarie, qui offrent des taux encore plus bas. Nos voisins, tels que les Pays-Bas, la France et le Luxembourg, affichent des taux moyens supérieurs à 1,20 %, voire 1,70 %.

Les grandes banques augmenteront-elles la rémunération des livrets d’épargne ?

De nombreux économistes prévoient une prochaine hausse des taux directeurs par la Banque Centrale Européenne (BCE), ce qui signifierait que les banques percevraient davantage d’intérêts en déposant leurs fonds à la BCE. Cela leur offrirait plus de marge de manœuvre pour augmenter les taux d’intérêt sur les comptes d’épargne.

La dernière hausse des taux directeurs par la BCE pour contrer l’inflation a eu lieu en 2022-2023, suite à l’éclatement de la guerre en Ukraine. Eric Dor, professeur de finance à l’IESEG School of Management, rappelle que « les taux d’intérêt de la BCE avaient alors fortement grimpé, atteignant jusqu’à 4 % ».

Selon lui, « on risque de retrouver la même situation qu’à l’époque, avec des banques très réticentes à augmenter fortement les taux sur les comptes d’épargne réglementés », note-t-il. Il ajoute que « dans certains pays voisins, comme aux Pays-Bas, en France et au Luxembourg, les taux d’intérêt avaient alors considérablement augmenté », mais que « pour les banques belges, cette hausse avait été très timide ».

Concernant l’avenir en 2026, Eric Dor souligne que « nous sommes un peu échaudés par l’expérience de la dernière crise inflationniste », prédisant ainsi « une réticence des banques à augmenter significativement les taux d’intérêt sur les comptes d’épargne réglementés ».

Ce qui empêche les banques belges d’augmenter fortement les taux d’intérêt sur l’épargne

Eric Dor explique plusieurs raisons qui font que les banques belges, en particulier les plus grandes, n’augmentent pas autant les taux d’intérêt sur l’épargne que leurs homologues des pays voisins.

La première raison est de nature structurelle. « La Belgique est un pays où les banques prêtent principalement à taux fixe », souligne Eric Dor. Cela concerne notamment les crédits hypothécaires souscrits par les Belges. Les bénéfices que les banques tirent des intérêts sur ces prêts, conclus à des taux bas dans le passé, ne sont pas suffisants pour rehausser les taux des livrets d’épargne. « Le fait que les prêts soient accordés à taux fixe signifie qu’il faut toujours du temps avant que le rendement du portefeuille de prêts d’une banque belge s’améliore », explique-t-il.

« Concrètement, en Belgique, il existe quatre grandes banques qui détiennent l’essentiel du marché. »

Les banques opérant dans des pays où les prêts sont accordés à des taux variables ont plus de flexibilité pour augmenter la rémunération de l’épargne. Cependant, « nos voisins français prêtent aussi à taux fixe, sans que ce soit plus coûteux qu’en Belgique pour les prêts immobiliers, mais ils peuvent malgré tout, contraints par la loi, offrir des taux d’intérêt sur les dépôts d’épargne nettement supérieurs à ceux des banques belges », souligne Eric Dor.

Une seconde raison est le manque de concurrence en Belgique. « Concrètement, vous avez quatre grandes banques qui contrôlent le marché », observe Eric Dor. « Ces quatre grands acteurs se surveillent mutuellement et n’ont pas trop d’intérêt à augmenter les taux pour gagner des parts de marché, sachant que si l’un le fait, les autres suivront et que l’ensemble des banques paieront alors plus sans avoir gagné de nouvelles parts de marché », précise-t-il.

Une troisième raison réside dans le comportement des épargnants belges. « L’épargnant belge standard est très passif. Il ne cherche pas toujours les meilleures opportunités d’épargne », estime Eric Dor. « Il n’y a qu’un petit segment d’épargnants dynamiques, prêts à changer de banque pour obtenir de meilleures conditions. Les banques en sont conscientes et ne font donc pas de concurrence sur les comptes d’épargne réglementés », analyse-t-il.

Les grandes banques l’ont compris et ont tendance à adapter les taux d’intérêt principalement sur des produits d’épargne de niche, visant les épargnants plus dynamiques, plutôt que sur les comptes d’épargne de base. Cela a été particulièrement visible en 2023, lorsque le gouvernement De Croo et le ministre des Finances Van Peteghem ont lancé un bon d’État attractif avec des conditions fiscales avantageuses, sans que cela n’entraîne une hausse significative des taux d’intérêt sur les livrets d’épargne. Les banques ont plutôt orienté leurs efforts vers les comptes à terme, proposant de meilleures conditions.