France

Municipales 2026 : « On a moins le droit à l’erreur » pour les maires de 20 ans.

Louis Speybrouck a été élu maire de la commune du Vaudreuil, en Normandie, avec 66 % des voix, devenant ainsi le plus jeune maire de l’Eure à 24 ans. Brian Pellerin a également été élu le soir du premier tour avec près de 60 % des voix dans la commune du Pré-Saint-Évroult, dans l’Eure-et-Loire, à l’âge de 19 ans.

« C’est assez chargé ». Lorsque Louis Speybrouck est interrogé sur les dernières semaines, sa réponse est sans ambages. Cela se reflète également dans ses résultats, puisqu’il a été élu maire de Vaudreuil, en Normandie, avec 66 % des voix au premier tour des élections municipales. À seulement 24 ans, tout juste diplômé en droit public, il devient ainsi le plus jeune maire de l’Eure.

À moins de 200 kilomètres, à Pré-Saint-Évroult, dans l’Eure-et-Loire, Brian Pellerin (sans étiquette) a également été élu dès le premier tour avec près de 60 % des voix. La joie de ce jeune homme de 19 ans a rapidement été teintée d’un autre sentiment. « Il y a tout de suite le costume à responsabilité qui vous incombe. C’est un poids, mais un bon poids », affirme-t-il.

Cette jeunesse contraste avec l’âge moyen des élus, qui est d’environ 63 ans, selon une étude de l’Association des maires de France effectuée en 2025. Ils ne sont pas les seuls jeunes à accéder à des fonctions électives : à Roquefort-les-Pins, dans les Alpes-Maritimes, le nouveau maire, Ewan Corinaldesi, a 20 ans. En Haute-Garonne, une étudiante de 21 ans, Charlotte Perefarres, a été élue dans son village de Saint-Béat-Lez.

« On doit prouver davantage »

Bien que jeune, Louis Speybrouck possède néanmoins une expérience politique. En 2020, à 18 ans, il devient adjoint chargé du sport et de la vie citoyenne à Vaudreuil, une commune de 3.600 habitants, sur la liste du maire UDI en poste. Lorsque celui-ci annonce qu’il ne se représentera pas, Louis se prépare à prendre la relève. « J’ai toujours eu envie de faire de la politique et d’être maire de mon village depuis que je suis petit », confie-t-il.

Son âge a suscité des critiques. « Lorsque je suis arrivé au conseil municipal en tant qu’adjoint, il y a eu des freins et des barrières, explique-t-il. C’est plus difficile de monter un projet quand on a 18 ans. » Aujourd’hui, il se félicite de bénéficier d’une double légitimité : celle de son expérience et celle du vote. « Quand on est jeune et à ce niveau de responsabilité, on doit prouver davantage, insiste l’édile. J’ai moins le droit à l’erreur qu’un maire nouvellement élu de 60 ans. »

« La clé, c’est l’organisation »

Brian Pellerin a également observé des réactions partagées, certains appréciant son dynamisme, d’autres craignant un manque de maturité. « Je pense qu’aujourd’hui la jeunesse est plus bénéfique qu’il y a vingt ou trente ans, analyse le deuxième année de droit. C’est peut-être un effet Jordan Bardella ou Gabriel Attal ? » Il admet cependant avoir longuement réfléchi avant de se lancer. « Je n’ai pas fait ça sur un coup de tête, j’ai pesé le pour et le contre, et j’ai eu de longues discussions avec ma famille, mes amis, des élus que je connaissais. »

Bien que les premiers jours de son mandat ne soient « pas évidents » pour « prendre la main », Brian Pellerin, maire de Pré-Saint-Évroult, commune de 286 habitants, peut compter sur l’appui de son père, deuxième adjoint, et de sa mère, conseillère municipale. Ils sont également novices en politique, ayant été entraînés dans l’aventure électorale par leur fils. « Je fais la distinction entre mes parents et les conseillers qu’ils sont », précise le jeune homme, qui a décidé de constituer sa propre liste après que le maire sortant a refusé de l’intégrer sur la sienne.

Quid de l’équilibre entre vie étudiante et vie d’élu ? « La clé, c’est l’organisation, répond-il. Il existe bien des personnes de 50 ou 60 ans qui dirigent des entreprises tout en étant maire. Pourquoi un jeune ne pourrait-il pas le faire ? »

Transparence et réseaux sociaux

Pour Brian Pellerin, son engagement a pour but d’apporter de la modernité et de la « transparence ». Le maire, qui fêtera ses 20 ans en mai prochain, désire par exemple doter la commune d’un site Internet et de pages sur les réseaux sociaux, mais aussi mettre en place une assemblée citoyenne pour « convier les habitants à participer au processus démocratique ».

C’est également cette volonté de « faire campagne autrement » qui a guidé Louis Speybrouck. Il a mené une campagne porte-à-porte, organisé un questionnaire participatif, tenu un stand sur le marché, mis en place un café citoyen et entretenu une présence sur les réseaux sociaux, avec l’objectif de publier une vidéo programmatique chaque jour. Le jeune homme a poursuivi son plan avec succès. « C’est un rôle très intéressant, le plus large en matière de compétences, car on aborde de nombreux sujets en étant au plus proche des citoyens », se réjouit-il.

Le jeune maire, qui travaille à temps plein dans un groupe de transports publics en parallèle de son mandat, bénéficie aussi du soutien de sa liste, composée à 50 % d’élus sortants. Il a déjà établi plusieurs priorités : la jeunesse, la sécurité, avec le retour de l’éclairage public, la santé, avec la création d’un pôle médical, et le sport, avec la rénovation des infrastructures obsolètes. Et en souriant, il ajoute : « Au début, il faut canaliser un peu tout le monde. »