Tunisie

Phosphate : Un secteur clé ne parvient pas à s’équilibrer

Le phosphate est aujourd’hui considéré comme une ressource stratégique majeure, comme l’indique Hédi Ghrib, ce qui renforce son importance dans la production agricole mondiale. Selon Hédi Ghrib, la réorganisation intervenue en 2019, marquée par une séparation des activités, est évoquée comme un facteur ayant modifié les équilibres du secteur.

Ressource essentielle pour l’agriculture mondiale, le phosphate devient crucial dans un contexte de tensions sur les marchés internationaux.

En Tunisie, en dépit d’un potentiel reconnu, le secteur traverse une période difficile.

Analyse de Hédi Ghrib, ancien directeur adjoint au Développement à la Compagnie des phosphates de Gafsa, qui s’appuie sur plus de 35 ans d’expérience.

La Presse — Longtemps considéré comme un acquis, le phosphate apparaît désormais comme une ressource stratégique majeure. Hédi Ghrib note qu’il est « sans doute encore plus stratégique que le pétrole », en raison de son importance dans la production agricole mondiale.

Le phosphore, élément clé des engrais, est indispensable pour satisfaire les besoins alimentaires d’une population en constante croissance. Toute perturbation de l’approvisionnement peut entraîner des conséquences rapides sur les marchés.

Contrairement aux énergies fossiles, pour lesquelles des alternatives sont progressivement explorées depuis l’embargo pétrolier de 1973, le phosphate demeure difficilement substituable, renforçant ainsi son importance stratégique.

D’après Hédi Ghrib, le marché mondial du phosphate devrait rester sous tension, quelles que soient les fluctuations géopolitiques. Le pic de la demande est anticipé pour 2040, alors que les gisements à forte teneur deviennent plus rares, rendant l’extraction progressivement plus coûteuse.

Les récentes tensions internationales, notamment la guerre en Ukraine, ont intensifié ces déséquilibres, perturbant les marchés agricoles et augmentant la demande en engrais phosphatés.

Parallèlement, certaines zones stratégiques comme le détroit d’Ormuz influencent indirectement les coûts des intrants, en particulier les engrais azotés. Ces dynamiques combinées exercent une pression à la hausse sur les prix, au bénéfice des pays producteurs.

Des défis structurels

Dans ce contexte international porteur, la Tunisie a du mal à pleinement exploiter ses atouts. Le cadre industriel centré autour de la Compagnie des phosphates de Gafsa et du Groupe chimique tunisien, historiquement des acteurs majeurs du secteur, évolue aujourd’hui dans un environnement plus contraint.

Selon Hédi Ghrib, depuis plusieurs années, le secteur fait face à une série de difficultés impactant ses performances globales. La priorité est maintenant axée sur la consolidation et la stabilisation de l’appareil productif.

« La réorganisation survenue en 2019, marquée par une séparation des activités, est également mentionnée comme un facteur ayant modifié les équilibres du secteur », a-t-il précisé.

La Compagnie des phosphates de Gafsa continue de garantir la production, dans des conditions nécessitant des ajustements, tandis que le Groupe chimique tunisien fait face à des contraintes d’approvisionnement limitant sa capacité à valoriser pleinement le phosphate en produits à plus forte valeur ajoutée.

De plus, plusieurs facteurs compliquent la situation, tels que les conditions d’exploitation, les besoins de modernisation des équipements et les évolutions du climat social.

Hédi Ghrib souligne également que les ressources humaines ont considérablement évolué au fil des années, soulevant des questions sur l’adéquation entre les effectifs et les niveaux de productivité dans un secteur à forte intensité technique.

Recherche, valeur ajoutée : un potentiel à renforcer

Sur le plan géologique, la Tunisie dispose d’un phosphate de type sédimentaire, bien adapté aux procédés de transformation et recherché sur les marchés internationaux.

Cependant, l’ancien responsable indique que le développement de segments à plus forte valeur ajoutée, notamment dans la chimie fine, aurait pu être davantage exploré. Une dynamique renforcée en matière de recherche et développement aurait permis, selon lui, d’améliorer les performances industrielles et de diversifier les débouchés.

Aujourd’hui, Hédi Ghrib plaide pour une approche structurée visant à consolider l’ensemble de la filière. Cela nécessite, selon ses propos, un diagnostic approfondi, une amélioration de la gouvernance et l’élaboration d’une stratégie industrielle cohérente.

Dans cette perspective, il considère que le phosphate représente un enjeu stratégique national, requérant une gestion intégrée de la chaîne de valeur, de l’extraction à la transformation, dans une logique de création de valeur durable au service de l’économie nationale et des générations futures.