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Israël et France : des relations toujours tendues et floues.

La France a reconnu l’Etat palestinien lors de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre 2025, ce qui a contribué à un refroidissement des relations avec Israël. Le porte-parole de la défense israélienne a déclaré le 31 mars que Tel Aviv avait décidé de « ramener à zéro » les achats « défense » israéliens auprès d’entreprises françaises.

Difficulté supplémentaire pour la diplomatie française : la poursuite de l’invasion terrestre israélienne au Liban a été confirmée peu après la visite du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, à Tel Aviv, le 20 mars dernier.

Cela entraîne un refroidissement qui pourrait avoir des conséquences dans la région, car la France a toujours été très impliquée au Proche-Orient et, malgré des relations parfois tendues, elle demeure un acteur clé dans les conflits de la région. Cependant, dernièrement, la situation a évolué, et l’orientation semble se dessiner vers Tel Aviv.

À l’origine de la colère israélienne figure la reconnaissance par la France de l’État palestinien lors de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre 2025. Le gouvernement français a persisté dans cette volonté, malgré les menaces israéliennes de fermer le consulat français à Jérusalem.

Depuis cette annonce, aucun signe d’apaisement ne semble apparaitre du côté israélien, au contraire. Ainsi, le 31 mars, un porte-parole de la défense israélienne a déclaré que Tel Aviv avait décidé de « ramener à zéro » les achats « défense » israéliens auprès d’entreprises françaises, qui, bien que n’exportant pas d’armements au sens strict, détenaient des contrats pour des composants défensifs en Israël.

Malgré la visite de Jean-Noël Barrot à Tel Aviv il y a une semaine, la diplomatie française semble inaudible pour le gouvernement israélien : les appels à ne pas intensifier le conflit au Liban ont été ignorés, tant et si bien qu’une avancée notable de l’armée israélienne dans le sud du pays a eu lieu le lendemain. De plus, quelques semaines auparavant, la proposition française de tenter de parrainer des discussions historiques entre les autorités libanaises et israéliennes n’a pas été mieux accueillie par le gouvernement Netanyahou.

Bien que le président israélien Isaac Herzog ait salué l’offre de médiation française d’Emmanuel Macron, en pratique, rien n’a avancé dans ce sens, malgré le feu vert du gouvernement libanais. Le message israélien semble évident : l’avis diplomatique français n’a plus le poids d’antan.

Israël « tout puissant »?

Les relations entre Paris et Tel Aviv ont déjà traversé des périodes difficiles. Toutefois, ce désaccord est particulièrement profond cette fois-ci, le gouvernement Netanyahou l’exprimant de manière bruyante.

Selon Denis Charbit, politologue et professeur à l’Université Ouverte d’Israël, Tel Aviv se perçoit actuellement comme très puissant dans la région, soutenu fermement par les États-Unis de Donald Trump. La France et, de façon plus générale, l’Union européenne, n’ont plus un rôle significatif dans la stratégie israélienne : « Pour la première fois, c’est Israël qui prend l’initiative de rompre une partie de la relation. De façon assez évidente, la lecture faite par Netanyahou de la situation mondiale et de son contexte n’est pas très éloignée de celle de Donald Trump ; selon eux, l’Europe est un continent en déclin, qui exige le respect du droit international et propose des normes qui, bien que pertinentes, ne peuvent plus être appliquées. Historiquement, l’importance de l’Europe paraît bien moindre pour Israël qu’elle ne l’était par le passé.« 

Le politologue estime que les exigences israéliennes envers les pays considérés comme « amis » sont devenues maximales. « Ce qui est peut-être plus problématique, explique-t-il, c’est qu’Israël réclame aujourd’hui un soutien total et inconditionnel, ou alors, pas de soutien du tout. Cela pousse des pays comme la France, et en général l’Union européenne, qui ont toujours soutenu et aidé Israël sans le suivre dans toutes ses démarches, à réévaluer leurs relations. À l’ONU, Israël semble considérer qu’au regard de sa puissance régionale, un soutien européen partiel n’est plus nécessaire.« 
 

Actuellement, les tentatives françaises de discussion avec Israël concernant la guerre en Iran ou au Liban sont vaines. À Tel Aviv, on évoque clairement une hostilité réelle de la France envers Israël. Ce jeudi, l’ambassadeur israélien en France, Joshua Zarka, a déclaré devant la presse israélienne que « Paris n’est pas l’ami d’Israël« .

Une position française pourtant conciliante

En examinant de plus près la position française, il apparaît qu’elle est floue, car le gouvernement tente depuis plusieurs mois de ménager Israël.

La participation d’entreprises israéliennes au salon de défense Milipol Paris 2025, qui s’est tenu en novembre dernier sous l’égide du ministère français de l’Intérieur, avait suscité des controverses, au point qu’une interdiction avait été initialement prévue pour 39 entreprises israéliennes. Après des négociations diplomatiques, le gouvernement français a finalement décidé de permettre leur présence. De plus, l’intervention de Jean-Noël Barrot pour demander la démission de la rapporteure spéciale des Nations unies pour les territoires palestiniens, Francesca Albanese, sur la base de propos qu’elle n’a jamais tenus, témoigne également de la volonté française d’aplanir les tensions diplomatiques avec Israël.

Pour de nombreux observateurs, comme Elena Aoun, chercheuse en Relations internationales et professeure à l’UC Louvain, la France ne réaffirme pas suffisamment les principes qu’elle défend. « Mis à part quelques protestations publiques assez timides ces derniers mois, la France ne s’est pas opposée frontalement au gouvernement Netanyahou, explique-t-elle. En lisant la déclaration de Jean-Noël Barrot, le 20 mars dernier, j’ai eu l’impression que le ton et le contenu de sa déclaration accordaient beaucoup de concessions à Israël. À l’entendre, on pourrait croire que c’est l’Iran qui a déclenché l’agression contre Israël, et que c’est le Hezbollah qui a suivi le mouvement, en passant sous silence le fait qu’Israël bombardait l’Iran, et continuait de bombarder le Liban, le matin même du 28 février.« 

« La France a fait d’énormes concessions, tant sur le plan politique que symbolique, à Israël« , ajoute Elena Aoun, « je ne perçois donc pas de changement de cap et je pense que c’est la France qui va reculer… C’est un peu tragique de constater l’abandon par des puissances comme la France de toute clarté en matière d’ancrage de leurs politiques étrangères dans le droit international et la Charte des Nations Unies. Les conflits au Moyen-Orient sont indéniablement complexes, mais précisément, le droit international et la Charte des Nations Unies visent à désigner des actes et des faits. Or, il apparaît qu’après octobre 2023 et avec la situation au Liban après septembre 2024, la France n’a pas su ou pas voulu nommer une série d’actes.« 

En réalité, le gouvernement français se sent pris au piège face à Tel Aviv, au point qu’Emmanuel Macron lui-même tente de rassurer le gouvernement israélien depuis plusieurs mois. Comme l’indique la presse française, un conseiller du président a été spécialement chargé d’aplanir les tensions entre les deux pays, avec peu de résultats.

Le Monde en direct : quand Israël tourne le dos à la France : des relations tendues et floues

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