Guerre en Iran : Quel impact sur la filière plastique et les Français ?
Depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient le 28 février dernier, les prix ont augmenté directement pour ce qui reste en stock, en anticipant la pénurie. À Ceyzériat dans l’Ain, l’entreprise Hyleance, spécialisée dans les bouchons et capsules, tire également la sonnette d’alarme, ayant vu sa facture gonfler de 50.000 euros pour le seul mois de mars.

Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, exacerbées depuis le 28 février, commencent à affecter nos pleins d’essence et pourraient également avoir des conséquences sur les rayons des supermarchés. Le problème provient du blocage du détroit d’Ormuz, par où transite environ 20 % du pétrole mondial. Cette situation affecte l’industrie du plastique, engendrant une réévaluation complète de notre consommation et nuisant aux entreprises françaises qui y sont spécialisées.
A Richardson Matières plastiques, le climat est morose. « Depuis une quinzaine de jours, on reçoit une dizaine de mails par jour de nos usines pour annoncer l’augmentation des prix », explique Marine Montalbano, commerciale de l’entreprise, à 20 Minutes. « Les prix ont augmenté pour les stocks disponibles, anticipant la pénurie, mais certaines usines ont déjà cessé leurs activités », ajoute-t-elle.
3.000 euros de plus pour les conteneurs passant par le détroit d’Ormuz
« Nous proposons plus de 15.000 produits différents, mais par exemple, pour le plexiglass, nos clients ont dû se réapprovisionner pour tenir au moins deux mois. C’est une course contre la montre », précise Marine Montalbano, qui suit de près l’évolution de la situation. « C’est angoissant pour tout le monde. S’il n’y a plus de produits, il n’y a plus de vente ». Les conséquences risquent d’affecter tous les secteurs : bâtiment, marketing, et même santé.
« Nos usines qui transitent par le détroit d’Ormuz nous chargent 3.000 euros supplémentaires par conteneur. Actuellement, c’est principalement le coût de transport qui augmente, mais également celui des matières premières… Nous sommes contraints de piocher dans nos réserves car nos clients ne peuvent pas tout assumer », explique-t-elle, s’inquiétant pour l’avenir : « Nous connaissons des hausses de coûts de 40 % pour le moment. Si cela ne s’arrête pas, la situation ne fera que s’aggraver ».
Des factures en forte hausse pour les fabricants
A Ceyzériat dans l’Ain, l’entreprise Hyleance, spécialisée dans la fabrication de bouchons et de capsules, lance également un cri d’alarme. Avec une production annuelle de 7.000 tonnes de polymères, elle est très dépendante du Moyen-Orient, où près de 40 % de ses fournisseurs sont basés, comme l’explique Emmanuelle Perdrix, présidente de l’entreprise, au micro de TF1.
Avec la hausse du prix de la tonne, qui dépasse les 200 euros, et le coût de l’énergie, la facture a augmenté de 50.000 euros pour le mois de mars uniquement. Avec seulement deux mois d’inventaire, la direction craint une rupture de stock dès le début de l’été.
De la barquette de fraises au pot de fleurs : l’addition s’alourdit
Pour les consommateurs, les répercussions sont désormais concrètes. Selon France Info, le plastique, qui est omniprésent, voit son coût de production augmenter de 30 %. Dans les chariots des ménages, cette inflation se traduit par des micro-augmentations qui, cumulées, peuvent avoir un impact significatif. Depuis le Covid, avec l’augmentation des prix des carburants, chaque centime compte.
La barquette de fraises, affichée à 3,99 euros, pourrait dépasser la barre des 4 euros en raison d’une hausse de 10 centimes pour son emballage, d’après France Info. Même constat pour le pack d’eau, où le coût du plastique passe de 28 à 40 centimes, entraînant une bouteille proche des 3 euros. Pour les jardiniers, la situation devient également préoccupante : chez Eda à Oyonnax, un gros pot de fleurs de 100 cm de diamètre, habituellement vendu 50 euros, pourrait coûter 57 euros dans un avenir proche, selon TF1.
La liste des produits concernés est longue, des flacons de liquide vaisselle aux pots de yaourts en passant par divers produits d’hygiène. Tous sont affectés par cette crise du pétrole.
Le recyclé, un « gagnant » dans ce contexte ?
Dans ce contexte difficile, une filière pourrait tirer son épingle du jeu : le recyclage. Jusqu’à présent, les usines françaises comme celle de Paprec à La Loyère en Saône-et-Loire fonctionnaient à un rythme réduit, en raison de la concurrence sur le marché des plastiques « vierges », moins chers, importés d’Asie ou du Golfe.
Cependant, la hausse du prix du pétrole rend le plastique recyclé plus compétitif. « Nous avons constaté un frémissement au cours des quinze derniers jours », indique Sébastien Petithuguenin, directeur général de Paprec. Pour les industriels, c’est une question de souveraineté : utiliser des granulés issus de nos poubelles permet de réduire la dépendance vis-à-vis du détroit d’Ormuz. « Utiliser du plastique recyclé permet de réduire les émissions de CO2, tout en diminuant notre dépendance aux pays fournisseurs », résume Xavier Chastel de l’organisation Polyvia auprès de l’AFP.
Une indépendance qui fait défaut à une filière comptant 3.000 entreprises et 120.000 emplois en France, qui subit les conséquences d’un conflit lointain. Pour les consommateurs, la dépendance aux emballages plastiques s’avère préjudiciable, impactant à la fois leurs courses et leur budget déjà affecté. En définitive, un éventuel manque de plastique pourrait être bénéfique pour notre planète.

