Télédiffusion nationale – Fictions de Ramadan : Un défi pour améliorer le goût
La production ramadanesque 2026 a impliqué une commission de lecture qui a examiné 37 feuilletons et 43 sitcoms sur une période de cinq mois. La télévision nationale a adopté cette année un nouveau format avec trois séries de dix épisodes chacune, favorisant une structure plus dynamique et une intensité dramatique accrue.

Cette année, la production ramadanesque connaît un bouleversement à la télévision nationale. Un frémissement discret mais persistant, semblable aux premiers souffles de vent annonçant un changement de saison. La production ramadanesque de 2026 en témoigne. Pour la première fois, une commission de lecture a examiné pendant cinq mois 37 feuilletons et 43 sitcoms soumis. Bien que certaines productions aient rencontré des obstacles, ces résistances sont paradoxalement un bon signe : elles montrent qu’un mouvement est en cours, un nouveau regard se pose sur la création audiovisuelle et sur la responsabilité du service public.
La Presse — Pourquoi porter une attention si particulière à la télévision nationale ? Pourquoi en parler dans un article ? La réponse est claire : c’est le service public et la locomotive du paysage audiovisuel. Il lui incombe de donner l’impulsion, d’ouvrir des pistes, d’oser de nouveaux chemins. Plus que toute autre chaîne, elle a l’obligation — presque morale — d’élever le goût du public tout en lui reflétant sa propre société, avec ses ombres et ses lumières, ses pleins et ses déliés. Un miroir qui renvoie la réalité, dans un langage sobre, soutenu et respectueux des familles. L’objectif est donc d’élever le goût, de le détourner des facilités du tragicomique répétitif, des situations sociales superficielles et des intrigues qui stagnent comme un manège épuisé. La télévision nationale semble avoir intégré cette exigence : celle de s’éloigner des sentiers battus pour proposer des récits plus condensés, plus exigeants et plus vivants.
L’innovation la plus marquante réside dans le format. Fini le carcan des quinze épisodes qui, trop souvent, obligeait les réalisateurs à tirer leurs intrigues jusqu’à l’épuisement du téléspectateur. Cette année, la télévision a opté pour une formule plus audacieuse : trois séries de dix épisodes chacune. Une structure plus dynamique et compacte, qui élimine le remplissage au profit de l’intensité dramatique. Le coût de production est également mieux maîtrisé, permettant un produit plus concentré et plus puissant. Mais le véritable enjeu réside peut-être dans la confiance accordée à une nouvelle génération de créateurs. La télévision nationale a ouvert ses portes à de jeunes réalisateurs qui ont un regard neuf sur la fiction tunisienne. Mehdi Hmili, jeune cinéaste en charge de «El Matbaa», Kaïs Mejri pour «Hayet» et Zied Litaiem avec «Bab Bnet», entre autres. Des signatures variées, mais un même ton de modernité.
En amont, le travail a été effectué avec une rigueur inédite. Selon plusieurs sources, la commission de sélection a réalisé un examen approfondi des projets : lectures minutieuses, débats approfondis, discussions serrées. Mieux encore, les réalisateurs préselectionnés ont été invités à présenter — ou plutôt à «pitcher» — leurs projets devant la commission. Une première dans l’histoire récente de la télévision nationale, qui témoigne d’une volonté claire de professionnaliser le processus de création.
Ce travail colossal ne s’est pas arrêté là. Plusieurs séances de suivi ont été organisées avec les équipes retenues, et des accompagnateurs désignés par la télévision ont été envoyés sur les plateaux pour superviser le bon déroulement des tournages. Une démarche avant-gardiste, témoignant d’un souci réel d’accompagnement artistique et technique.
La production ramadanesque 2026 de la télévision nationale ne se distingue pas seulement par ses choix artistiques, mais également par l’élan professionnel qu’elle a suscité. Elle a offert des opportunités de travail à de nombreux techniciens freelances et ouvert les portes du métier à de jeunes diplômés à la recherche de leurs premières expériences. Ainsi, derrière l’écran, un travail minutieux s’est engagé. Il ne révolutionnera peut-être pas, en une seule saison, l’ensemble du paysage audiovisuel. Mais il indique une direction, esquisse une ambition, trace un horizon. Et dans l’univers parfois tumultueux des fictions ramadanesques, cette volonté d’élever le goût vers le haut apparaît déjà comme une promesse.

