La guerre du ciel : États-Unis, Israël et Iran s’affrontent par drones.
Donald Trump a récemment rencontré les dirigeants de l’industrie de défense américaine, déclarant que le stock américain de munitions est « illimité » tout en demandant d’augmenter la production. Selon l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS), la république islamique disposerait d’un stock d’environ 2000 à 2500 missiles balistiques.
Donald Trump a récemment rencontré les dirigeants des grandes entreprises de l’industrie de la défense américaine, telles que Lockheed Martin, Boeing et Raytheon. Sur son réseau Truth Social, il a affirmé que le stock américain de munitions, comme celles utilisées en Iran, était « illimité ». Cependant, il a également demandé à ces dirigeants d’augmenter leur production.
Il semble que les stocks ne soient pas aussi inépuisables qu’affirmé. Bien que la puissance militaire américaine soit largement supérieure à celle de l’Iran, elle a aussi ses limites. Les systèmes de défense antimissiles, essentiels dans ce conflit, pourraient bientôt manquer.
La guerre se joue principalement dans les airs. L’aviation iranienne est vieillissante, mais elle utilise des missiles et des drones. « L’Iran a commencé à constituer un arsenal balistique (et ensuite un arsenal de drones) dès les années 80-90 », rappelle Étienne Marcuz, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) et expert en dissuasion et défense antimissile. « Les missiles iraniens sont devenus de plus en plus sophistiqués, avec des portées et une précision améliorées. »
« L’Iran possède l’arsenal de missiles le plus grand et le plus diversifié du Moyen-Orient, incluant des missiles balistiques et de croisière, dont certains peuvent atteindre Israël et même l’Europe de l’Est », note le Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), un important think tank américain.
Selon l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS) basé à Tel Aviv, la République islamique dispose d’un stock estimé à environ 2000 à 2500 missiles balistiques. Toutefois, il ne s’agit que d’une estimation. « Les stocks de missiles à moyenne portée ont été fortement réduits à cause de centaines de tirs entre 2024 et 2025 et parce qu’ils étaient des cibles prioritaires d’Israël lors de la guerre de 12 jours en juin 2025. » Les missiles à courte portée n’étant pas considérés comme une menace pour Israël, ils ont été moins touchés.
Concernant les drones, leur nombre pourrait atteindre plusieurs dizaines de milliers. Contrairement aux missiles, ces drones peuvent être fabriqués dans des ateliers rudimentaires, stockés n’importe où, transportés facilement, et lancés à partir de simples pick-up.
À l’aide de ces drones et de ces missiles, la République islamiste cherche à saturer les défenses ennemies. « Ce sont des lancements synchronisés pour atteindre à peu près en même temps leur cible », explique le chercheur de la FRS. « Avec les drones, l’idée est de lancer plusieurs dizaines simultanément, en empruntant des trajectoires différentes, afin de forcer les adversaires à répartir leur attention dans tous les secteurs du ciel, alors que l’espace aérien est déjà très chargé, rempli de trafic civil et militaire. »
Cela pourrait expliquer pourquoi le Koweït a abattu trois avions de chasse américains le 1er mars dernier. « C’est probablement parce qu’il a pensé que c’étaient des Shaheds. Cela crée beaucoup de stress sur les défenses. »
Les États-Unis, la France, Israël et leurs alliés dans le Golfe disposent de plusieurs systèmes de défense antiaérienne pour tenter d’intercepter les missiles iraniens avant qu’ils n’atteignent leur cible. Ces systèmes fonctionnent en couches multiples, couvrant divers niveaux d’intervention.
Du côté israélien, la première couche, la plus basse, est représentée par le fameux « Dôme de fer », qui n’entre pas en action contre l’Iran, car il est conçu pour intercepter des projectiles à courte portée, comme les roquettes lancées par le Hamas et le Hezbollah. Ce sont les couches médianes et supérieures qui sont utilisées : la Fronde de David et les systèmes Arrow 2 et Arrow 3, qui ciblent les missiles balistiques à moyenne portée.
« Il y a une première tentative, détaille Étienne Marcuz, si possible, en dehors de l’atmosphère, dans l’espace, au-dessus de 100 km d’altitude, avec le système ARROW 3, puis une deuxième tentative – ou une première selon le type d’assaillant – avec le système ARROW 2, entre 40 et 80 km d’altitude, et enfin la défense terminale, la Fronde de David, en dessous de 20 km. »
Du côté américain, le bouclier déployé dans les pays du Golfe ne possède pas la couche supérieure, qui n’est pas nécessaire car les missiles à courte portée visant les intérêts américains dans cette région ne sortent presque jamais de l’atmosphère. La première couche, la plus basse, est couverte par le système Patriot-3, qui intercepte en dessous de 20 km d’altitude. La couche suivante est gérée par le système THAAD, qui intercepte entre 30 km et 150 km d’altitude.
Pour maximiser les chances de neutraliser un missile, il est nécessaire de tirer plusieurs missiles intercepteurs, surtout en phase terminale, après l’échec des deux autres couches. En conséquence, deux, trois ou quatre intercepteurs peuvent être lancés pour un seul missile. Dans certaines vidéos, trois missiles intercepteurs sont tirés par une batterie Patriot contre un projeté iranien (probablement un missile aérobalistique, plus complexe à intercepter).
En se basant sur des données rapportées par Reuters, qui montrent que, au 10 mars, 233 missiles ont été interceptés sur 253 lancés vers les Émirats Arabes Unis, Tom Karako, directeur du Missile Defense Project au CSIS, déclare : « Le taux d’interception est plutôt bon […] Ce n’est pas qu’on ne peut pas les intercepter, c’est qu’on n’a pas assez [d’intercepteurs] pour continuer cela comme un passe-temps. »
Selon un autre expert du CSIS, les États-Unis ont utilisé un quart de leurs intercepteurs THAAD en juin dernier, pendant la guerre de 12 jours entre Israël et l’Iran. « J’appréhende un peu de découvrir le nombre utilisé [cette fois-ci] », ajoute Tom Karako. « Je crains qu’il ne soit très élevé. »
D’après l’INSS, depuis le début de l’opération, les États-Unis ont effectué 5000 frappes en Iran, et Israël 3800, tandis que l’Iran a tiré 784 missiles et 2176 drones sur les pays du Golfe. Il est cependant difficile de connaître combien de missiles antimissiles ont déjà été utilisés. Les chiffres relatifs au nombre de missiles interceptés sont à prendre avec précaution, prévient Tom Karako. En ce qui concerne l’état des stocks, « cela fait partie des secrets opérationnels les plus importants », précise Étienne Marcuz. « Il ne faut pas que l’Iran sache combien d’intercepteurs restent, sinon ils peuvent planifier leurs opérations en conséquence. »
Interrogé par CNN, le sujet des munitions de défense aérienne suscite des inquiétudes en raison d’un sous-financement pendant des décennies. Les États-Unis tentent donc de rattraper ce retard, mais cela nécessitera du temps.
Le chef d’état-major américain, Dan Caine, a déjà déclaré le 4 mars dernier, après quelques jours de combats, que la puissance de feu de l’Iran diminuait : selon lui, les tirs de missiles balistiques avaient chuté de 86 % par rapport au premier jour, et les lancements de drones avaient baissé de 73 %. Un signe positif pour les Américains et leurs alliés ?
« C’est logique qu’il y ait eu une baisse nette après les premiers jours du conflit », indique un expert en défense antimissile à la FRS. « Les lanceurs [de missiles] iraniens étaient très nombreux et localisés dans des zones connues. » De nombreux lanceurs ont donc été détruits (300, selon l’INSS). « Mais plus le conflit s’étire, moins il y aura de lanceurs. Cela deviendra alors l’équivalent de chercher une aiguille dans une botte de foin. » De plus, l’Iran, étant vaste et montagneux, complique la tâche. « Nous ne nous dirigeons plus vers des salves massives, mais vers une sorte de guérilla balistique, où les lanceurs vont peut-être tirer un à un ou deux simultanément avant de se retirer. »
Selon plusieurs experts, les Iraniens sont susceptibles de tenir dans ce type de stratégie encore longtemps, sans cibler nécessairement des installations militaires, mais en maintenant une pression économique, en visant occasionnellement les navires dans le détroit d’Ormuz, les raffineries ou d’autres sites industriels dans les pays du Golfe.
Ali Fadavi, un représentant des Gardiens de la Révolution iraniens, a émis mercredi la menace d’une « guerre d’usure » pouvant « déterminer l’économie américaine entière » et « l’économie mondiale ». L’armée iranienne a aussi affirmé vouloir désormais frapper « les centres économiques et les banques » dans le Golfe, tandis que l’agence Tasnim a mentionné les géants américains de la technologie comme de « futures cibles » pour Téhéran, en citant Amazon, Google, Microsoft, IBM Oracle et Nvidia.
Sous pression à l’approche des élections de mi-mandat en novembre, Donald Trump pourrait chercher à mettre fin au conflit en déclarant une victoire, en mentionnant l’assassinat d’Ali Khamenei ou la destruction des capacités nucléaires et balistiques de Téhéran, selon Fawaz Gerges, professeur à la London School of Economics, interrogé par Reuters.
En plus de la pression économique, les États-Unis doivent également veiller à conserver des stocks de munitions pour faire face à la Chine, qui reste leur adversaire systémique. « Les Américains ont déjà refusé des Patriot à l’Ukraine », observe Étienne Marcuz. « Et tout ce qu’ils dépensent actuellement ne pourra plus être utilisé contre la Chine. »
Donald Trump, dans une de ses déclarations ambiguës qui lui sont propres, a déclaré mercredi que l’Iran était « proche de la défaite ». « Cela ne veut pas dire que nous allons arrêter immédiatement, mais ils le sont », a-t-il ajouté. Il continue de garder le flou sur l’objectif de cette guerre, créant ainsi des incertitudes sur le moment où il sera atteint, que ce soit pour renverser le régime iranien ou affaiblir ses capacités balistiques et nucléaires.

