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« Plus dur pour les femmes » : les conseils d’une psychologue.

Alba Cardalda, psychologue et neuroscientifique espagnole, a écrit le livre « Comment dire aux gens d’aller se faire foutre poliment », best-seller vendu à plus de 500.000 exemplaires en Espagne. Le livre fournit des conseils pratiques pour fixer des limites aux autres, tout en insistant sur l’importance de l’empathie dans ce processus.


Non. Niet. Nein. Pas question. Dire « non » est simple dans toutes les langues, mais difficile à mettre en pratique lorsqu’il s’agit de poser des limites. La peur de vexer l’autre, d’être abandonné ou de ne pas être aimé, ainsi que des facteurs culturels et éducatifs, expliquent pourquoi il est parfois complexe de dire « stop ».

C’est ce que constate la psychologue et neuroscientifique espagnole Alba Cardalda dans sa pratique clinique, ce qui l’a amenée à approfondir le sujet. Cela a abouti à son livre *Comment dire aux gens d’aller se faire foutre poliment*, best-seller qui s’est vendu à plus de 500 000 exemplaires en Espagne et qui est désormais publié en France et dans une trentaine d’autres pays.

### Dire « non » n’est pas mal élevé

Le livre, issu de ses observations professionnelles, s’inspire également de l’expérience personnelle de l’autrice. « J’ai voyagé seule pendant de nombreuses années, et j’ai dû apprendre à mettre des limites aux gens, tout simplement pour ne pas me retrouver dans des situations difficiles », confie Alba Cardalda. Dire « non » n’est pas facile, même pour une spécialiste de ce domaine, en grande partie à cause de l’éducation et de la culture.

> « On nous a appris que c’était mal élevé, que c’était égoïste. Résultat, nous avons peur de mettre des limites par peur du jugement, de la dispute, voire de la rupture. »

Ce constat est encore plus vrai pour les femmes, qui sont souvent moins enclines à dire « non » en raison de leur éducation. « C’est plus dur pour [elles] car on leur a appris à faire preuve de complaisance, à être plus serviables ». L’image de celui ou celle qui impose des limites diffère également. « Un homme sera considéré comme sûr de lui, déterminé, avec des qualités de leadership. Une femme sera perçue comme quelqu’un qui se vexe ou se fâche facilement, parfois hystérique », ajoute la psychologue. Fixer des limites n’a rien de mal élevé, c’est au contraire fondamental pour établir des relations saines.

### Un travail d’introspection essentiel

Dire « non » n’est pas inné ; cela s’apprend, s’exerce et requiert un important travail sur soi. C’est l’objectif de cet ouvrage qui ne se limite pas à la théorie, mais qui propose des conseils pratiques à appliquer au quotidien, adaptés à des contextes et des relations spécifiques. Selon l’autrice, il est crucial de déterminer ses propres limites avant de les imposer aux autres. Se sentir mal à l’aise ou rabaissé après une conversation constitue, par exemple, un signal émotionnel à prendre en compte.

> « Il doit nous amener à détecter les mots, les gestes ou les actes qui ont provoqué ce mal-être, à les identifier pour finalement se dire  »ça, c’est ma limite ». »

Le travail d’introspection se prolonge par les engagements que l’on décide de prendre avec soi-même. Des affirmations telles que « je ne tolérerai plus qu’on me traite de cette façon » ou « je ne veux plus avoir de relations qui me manquent de respect » sont des décisions personnelles qui permettront ensuite de fixer des limites aux autres. Ce processus ne doit pas se faire de n’importe quelle manière, mais plutôt en adoptant un « style assertif », clé pour repousser les gens… poliment. Il s’agit d’« être capable de communiquer de façon honnête ses sentiments tout en respectant les émotions de l’autre ». En d’autres termes, il s’agit de « trouver le juste milieu entre l’agressivité et la soumission », selon la spécialiste.

### Règles d’or et empathie

Il est donc essentiel de ne pas dire « non » pour le plaisir de dire « non », ni de le faire avec mépris ou malveillance. « L’outil le plus efficace est l’empathie », affirme Alba Cardalda. « Il faut se mettre à la place de l’autre personne, essayer de comprendre ses intentions et ce qu’elle ressent. À partir de là, on peut fixer des limites sans blesser l’autre, sans que cela soit perçu comme une attaque personnelle ». La bonne nouvelle, c’est qu’avec la pratique, quand on parvient à dire « non », on accepte plus facilement le refus des autres.

Mise en pratique : si votre supérieur vous demande une tâche alors que vous êtes déjà débordé, pas de panique. Au lieu de vous énerver, vous pouvez commencer par dire « merci pour votre confiance », puis un « non » clair et concis. Cela peut être formulé ainsi : « Je ne peux pas aujourd’hui » ou « Il faudrait que je me réorganise ». Ensuite, proposez une alternative à votre interlocuteur : « je peux vous aider à trouver une solution » ou « je peux m’y atteler la semaine prochaine ». Tout cela en utilisant régulièrement le « je », au lieu du « tu », qui est souvent plus accusateur.

Attention à ne pas tomber dans l’excès en fixant des limites pour tout. « Dire  »non » tout le temps est aussi mauvais qu’être soumis. Il faut trouver le juste milieu, d’où l’importance de faire un travail sur soi et de tenir compte de la relation et de ce qu’on est prêt à donner à l’autre ». Ce conseil a déjà été suivi par plus de 500 000 personnes, dont certaines ont dit à l’autrice qu’elles avaient « enfin pu envoyer se faire foutre des gens qu'[elles] avaient envie d’envoyer se faire foutre depuis longtemps ».