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Coupures internet et désinformation : l’importance géopolitique du cyber en Iran

Lors des manifestations massives de janvier 2026, le régime des mollahs a coupé l’accès internet à l’ensemble de sa population. Les États-Unis et Israël ont démontré un grand dynamisme technologique dans leur guerre contre l’Iran, en utilisant des méthodes comme l’intelligence artificielle et les hackers pour pénétrer le réseau de surveillance iranien.


Lors des grandes manifestations de janvier 2026, ainsi qu’aux premières heures des bombardements israélo-américains en Iran, la réaction immédiate du régime des mollahs a été de restreindre l’accès à Internet à l’ensemble de la population. « Les liens avec l’internet extérieur ne se font que par quelques petits points, totalement contrôlés par le régime, » indique Franck Decloquement. « Ils sont très efficaces pour cartographier les acteurs internes susceptibles d’agir contre les intérêts du régime, surveiller la population et empêcher les individus de se coordonner. » Cette gestion du réseau internet permet aussi aux mollahs de faire en sorte que « des éléments extérieurs ne puissent pas mener des actions auprès des populations et, potentiellement, générer des déstabilisations. »

Les hackers de la République islamique maîtrisent parfaitement ces opérations, selon cet expert en intelligence stratégique. Suite à la coupure du réseau iranien en janvier, plusieurs comptes en ligne d’activistes, notamment d’indépendantistes écossais, ont subitement cessé d’être actifs. « C’étaient des faux comptes pouvant provenir d’Iran ou de pays voisins, avec pour objectif de déstabiliser les discussions en ligne en usant de la polémique, face aux positions anglaises. »

Cette méthode de déstabilisation n’est en réalité pas nouvelle, précise Franck Decloquement : « À l’époque de la guerre froide, on appelait cela les ‘mesures actives’. Les journaux, les syndicats, les partis politiques et les intellectuels servaient de relais pour l’URSS. Aujourd’hui, ce rôle est pris en charge par les réseaux sociaux. » En coupant Internet, le régime iranien se prive de ses capacités de désinformation à l’étranger, une stratégie souvent attribuée uniquement à la Russie et sa « guerre hybride », mais utilisée par de nombreux pays.

De l’autre côté, les États-Unis et Israël font preuve d’un grand dynamisme technologique dans leur lutte contre l’Iran, « dans les frappes et la logistique, ainsi que dans le calcul des ripostes, » énumère Franck Decloquement. L’intelligence artificielle et les hackers israéliens ont surtout permis d’accéder aux caméras de surveillance du régime, un aspect crucial pour localiser le Guide suprême Ali Khamenei avant son élimination, selon le journal américain Financial Times. Les services israéliens et américains ont également transmis des messages directement à la population iranienne pour soutenir les manifestations. « Ces deux pays ont toujours été à la pointe dans ce domaine, ils ont bien compris que l’information est un vecteur redoutable en matière de sécurité nationale. »

Le cyberespace est également soumis à des logiques géopolitiques et stratégiques. « L’Iran continue de fonctionner grâce à une sorte de Starlink [fournisseur d’accès internet par satellite, détenu par l’américain Elon Musk, ndlr.] chinois qui leur permet de rester connectés, » explique l’expert. C’est pourtant le seul soutien de la Chine à son allié iranien dans ce conflit, un soutien discret qui permet de maintenir le dialogue. « L’Iran est un fournisseur d’hydrocarbures que la Chine ne souhaite pas fâcher. Mais elle ne veut pas non plus s’opposer aux membres de la coalition. »

Cependant, les alliés russes et chinois du régime des mollahs sont redoutés pour leurs bots et leurs « fermes à trolls », qui tentent d’influencer les opinions publiques occidentales depuis des années. Jusqu’à présent, leurs capacités d’intervention n’ont pas été mobilisées. « La Russie semble se tenir à bonne distance. D’ailleurs, l’Iran ne lui avait rien demandé. » Moscou s’est autonomisé de Téhéran, qui lui fournissait des drones pour mener sa guerre contre l’Ukraine : « Il y a eu un transfert de technologies et une industrie qui s’est développée en Russie. » À l’ère de l’hyperconnectivité, cette absence se fait sentir.

Plus que les alliances stratégiques, c’est l’ensemble des règles de la guerre qui est remis en question par le cyberespace. Franck Decloquement précise : « Une attaque cyber a un avantage, il est toujours compliqué de l’attribuer. Votre adversaire peut revendiquer ses attaques, ou pas, tout comme vous pour les vôtres. Trump à la fin de son premier mandat, puis Joe Biden, ont modifié les réalités en considérant que toute attaque cyber attribuée vaudrait comme une déclaration de guerre, au même titre qu’une attaque ‘réelle’. Cela a contraint les agresseurs russes, chinois et autres à opérer en mode furtif, afin de ne pas être découverts au risque d’incriminer leur gouvernement. »