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Guerre en Iran : « 300 mines bloqueraient le détroit d’Ormuz »

Le président américain Donald Trump a menacé mardi que l’Iran s’expose à des « conséquences militaires […] sans précédent » en raison de soupçons de tentative de minage du détroit d’Ormuz. Selon les estimations américaines, l’Iran disposerait d’environ 5.000 à 6.000 mines, et il suffirait de 300 mines pour bloquer le détroit de manière substantielle.


Suspecté de vouloir miner le détroit d’Ormuz, l’Iran est menacé par le président américain Donald Trump de « conséquences militaires […] sans précédent ». Peu après cette déclaration, les forces américaines ont annoncé avoir détruit 16 bateaux poseurs de mines iraniens « près du détroit ». Toutefois, Stéphane Audrand, consultant indépendant en risques internationaux, précise que les mines peuvent être posées par n’importe quel type de navire. Il évoque les implications d’un éventuel minage du détroit d’Ormuz, une voie maritime par laquelle passe habituellement 20 % de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié.

### De quels types de mines dispose l’Iran ?

Globalement, l’Iran possède deux grands types de mines : les mines « à orin » et les mines à influence. Il détient principalement des mines « à orin », qui sont de contact ; elles nécessitent un choc avec la coque d’un navire pour exploser. Reliées par un câble à un crapaud métallique posé au fond de l’eau, ces mines sont généralement déployées quelques mètres sous la surface, rendant leur détection difficile. L’explosion sous-marine peut causer des dégâts considérables sur un navire militaire et des dommages significatifs sur un pétrolier.

Pesant une centaine de kilos d’explosifs, ces mines proviennent d’un modèle soviétique, le M08, qui, bien que vieux, est très efficace. Les mines à influence, quant à elles, sont plus périlleuses car elles contiennent entre 200 et 300 kg de charge explosive. Sous un navire, leur explosion peut provoquer une rupture. Comme leur nom l’indique, ces mines ne flottent pas ; elles sont équipées de détecteurs magnétiques et/ou acoustiques qui détectent le passage d’un bateau. On peut également programmer ces mines pour qu’elles explosent après un, deux ou trois passages d’un navire.

### Comment fait-on pour les disposer ?

Ces deux types de mines pèsent environ 500 kg, ce qui permet leur déploiement par n’importe quel bateau, à l’aide d’une simple rampe. L’Iran dispose aussi de mines pouvant être lancées depuis des sous-marins, bien que le nombre de sous-marins en service soit incertain. En 2025, l’Iran a démontré des mines aérolargables par roquettes, qui, munies de petits parachutes, se déploient après avoir été larguées pour atterrir dans l’eau.

### De combien les Iraniens disposent-ils de mines en tout ?

L’estimation américaine évoque un stock d’environ 5.000 à 6.000 mines. Pour bloquer le détroit d’Ormuz de manière significative, seulement 300 mines suffiraient, soit 5 % de cet arsenal. Même un nombre réduit de mines serait suffisant pour inciter les armateurs et les assureurs à se retirer en raison des dangers pour la navigation.

### Comment retire-t-on ces mines ?

Le déploiement de mines est rapide, mais leur retrait est complexe. Une fois actives, ces mines sont généralement dotées de dispositifs anti-manipulation. Les mines se trouvant au fond marin nécessitent des bateaux chasseurs de mines spécialisés, d’autant plus que la côte iranienne est protégée par des batteries de missiles antinavires. La Marine américaine, qui avait quatre chasseurs de mines à Bahreïn, les a récemment retirés vers les États-Unis. Par conséquent, le déminage reviendrait probablement aux Européens, qui disposent encore de véritables chasseurs de mines, mais cela prendrait des années.

### Aujourd’hui, c’est une vraie course contre-la-montre qui est donc engagée pour éviter que les Iraniens n’effectuent ce minage du détroit ?

Exactement. C’est une arme à double tranchant pour les Iraniens : en minant le détroit, ils bloqueraient aussi l’accès aux navires chinois et pakistanais, se coupant ainsi du monde. L’Iran pourrait encore avoir des ports à l’est pour un trafic ordinaire, mais les terminaux pétroliers sont situés dans le Golfe. Ainsi, il est probable qu’ils choisissent de poser quelques mines pour créer une pression sur Donald Trump, sans toutefois s’engager dans une action massive de minage.

### Mettre le détroit sous pression reste-t-il une carte majeure dans la manche des Iraniens ?

Oui, c’est similaire à frapper des infrastructures de désalinisation d’eau ou des terminaux pétroliers : le message est clair : si vous nous mettez à genoux, tout le monde le sera également.

### Quelle serait la conséquence si le détroit se retrouvait bloqué pendant des mois ?

D’un point de vue économique, les conséquences seraient incalculables, car le Golfe est une source majeure de pétrole brut tout comme d’importantes exportations d’engrais et d’activités de raffinage. Le Golfe représente l’un des poumons économiques de la planète.