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La menace nucléaire iranienne justifie-t-elle la guerre ?

Donald Trump a donné douze motifs différents en dix jours pour justifier sa décision d’entrer en guerre, selon l’ancien officier Guillaume Ancel. Depuis le 28 février 2026, la guerre entre l’Iran, Israël et les États-Unis a causé plus de 2000 morts au Moyen-Orient.


« Donald Trump ne sait pas lui-même pourquoi il est parti en guerre », estime l’ancien officier Guillaume Ancel. « En dix jours, il a donné douze motifs différents. Clairement, il a pris une décision sans avoir de stratégie bien affirmée, entre trouver un accord avec le régime iranien, à condition qu’il se soumette à sa volonté, ou bien le renverser. »

Selon lui, le revirement du président américain à quelques heures d’un possible accord sur le nucléaire avec le régime s’explique par « le fait que ses services de renseignement lui ont rapporté que les Iraniens étaient en train de faire rentrer des matériaux pour fabriquer des armes nucléaires dans une base souterraine. Il a été profondément agacé et a déclenché cette opération. »

Le risque que l’Iran puisse se doter de l’arme nucléaire est brandi par Israël depuis des années pour justifier une opération contre le régime, rappelle la chercheuse Elena Aoun : « [Le Premier ministre israélien] Netanyahu l’annonce depuis 30 ans. Je pense qu’il y a énormément de fables autour de ce programme nucléaire. »

Guillaume Ancel estime quant à lui que « le risque nucléaire est avéré, c’est le timing que l’on ne connaît pas », citant l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui a relevé des taux d’enrichissement de l’uranium iranien bien au-delà des taux d’utilisation civile. « Cela ne veut pas dire qu’ils auront l’arme nucléaire demain, mais ils ont probablement franchi un cap, pour construire une bombe nucléaire primitive. »

Une raison suffisante pour déclencher une guerre ? Pour Guillaume Ancel, « la manière dont Trump essaie d’éradiquer la menace nucléaire est assez irrationnelle, parce que tant qu’il y aura un régime des mollahs en place, personne ne pourra garantir qu’ils ne reprennent pas leur détermination à fabriquer une arme. »

La chercheuse spécialiste de l’Iran Firouzeh Nahavandi rajoute que les Iraniens ont réclamé une intervention extérieure contre un régime qui a répondu aux manifestations et à la colère par la violence et la répression, « sans pouvoir imaginer ce que cela serait dans la réalité. La population iranienne subit actuellement une situation économique terrible et le contrecoup des bombardements, avec des promesses non tenues » par les Américains, comme celle de contribuer à renverser le régime.

Malgré les vagues de bombardements sur le pays, le régime continue de se battre. « On a vu d’une part la tête se reconstituer, et depuis une semaine, il a changé de tactique, en essayant d’enliser les Américains dans un chaos mondial », analyse Guillaume Ancel. « Ils tirent sur des cibles civiles dans l’ensemble des pays voisins, et jouent beaucoup sur l’arme énergétique. » Elena Aoun déplore « une guerre sans fin » dans la région, qui « décompose le Moyen-Orient », après des décennies de problèmes qui n’ont jamais trouvé de solution, sur les terrains libanais, iraniens, ou palestiniens. Depuis les premières frappes le 28 février 2026, la guerre entre l’Iran, Israël et les États-Unis a fait plus de 2000 morts au Moyen-Orient.

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