France

À Marseille, un homme jugé pour agression sexuelle sur une fillette de 5 ans

Les parents d’élèves se sont réunis au tribunal correctionnel de Marseille pour soutenir la famille de Lily*, victime présumée d’agression sexuelle au sein de l’école Alexandre-Copello dans le 5e arrondissement, les faits remontant au 8 septembre dernier. Le procureur a requis une peine de quatre ans de prison, dont deux ans avec sursis, assortie d’une obligation de soins et d’une interdiction d’exercer une activité au contact de mineurs, la décision étant attendue le 31 mars à 14 heures.


Les bancs du tribunal correctionnel de Marseille se remplissent progressivement. Des parents d’élèves sont venus pour soutenir la famille de Lily*, âgée de 4 ans au moment des faits, présumée victime d’agression sexuelle à l’école Alexandre-Copello, située dans le 5e arrondissement de Marseille. « C’est important d’être là, souffle une mère. Si seulement c’était un cas isolé ». Des slogans tels que « Croyons les enfants » et « Marre de vivre à pédoland » sont aussi visibles sur des pancartes brandies dès 14 heures, et la plupart des manifestants sont revenus à 18 heures pour assister aux débats. Bien que la victime soit mineure, les parties civiles n’ont pas demandé un huis clos afin de « faire entendre la parole des victimes », comme l’explique l’avocate de la mère et de la fillette, Me Lucie Amar.

Les événements se sont déroulés le 8 septembre dernier. Alors que la mère de Lily s’apprête à lui donner sa douche quotidienne, elle entend un « cri de douleur ». En examinant sa fille, elle découvre une rougeur suspecte sur une partie intime. Spontanément, Lily lui révèle qu’un homme lui a touché la vulve. Deux examens médicaux viennent confirmer les lésions. Une plainte est déposée le 11 septembre.

### Reconnaissance photographique

Assistance d’un interprète espagnol, la petite fille précise ses déclarations. Elle identifie un « Monsieur qui réparait des choses à l’école et qui se lavait les mains » et qui lui aurait dit qu’elle « était jolie », lui ayant fait un bisou sur le front avant de l’allonger, elle et son amie Maria*, pour leur toucher les parties intimes. Elle décrit un homme poilu, avec des ongles longs et des mains sales, vêtu d’un uniforme bleu et orange. Les soupçons se portent sur Eric D., un homme de 55 ans, technicien chez Veolia depuis 2023, qui était intervenu pendant la pause méridienne pour réparer la chaudière. Il est alors interpellé.

Devant le tribunal, Eric D. conteste les faits en affirmant qu’il n’a « jamais vu » Lily et n’a « jamais commis un acte pareil ». Toutefois, il a été formellement reconnu par Lily sur une planche photographique. « Les enfants étaient curieux de savoir ce que je faisais là, plusieurs personnes m’ont vu dans la cour », précise-t-il. Il reconnaît avoir eu une unique interaction avec une petite fille, au sein « d’un groupe » d’enfants, alors qu’il travaillait dans le local de la chaufferie. Le profil d’Eric D., célibataire depuis plusieurs années, est questionné par les magistrats, notamment son historique de recherches Internet qui montre un intérêt pour des contenus pornographiques avec une différence d’âge marquée.

### « Le doute le plus total »

« Vous n’avez pas suffisamment d’éléments objectifs », déclare l’avocate de la défense Me Muriel Piquet, lors d’une longue plaidoirie qui met en lumière les incohérences dans les déclarations de la fillette. Le créneau horaire de l’agression présumée n’a pas pu être établi avec certitude, tout comme le lieu : Lily mentionne d’abord les toilettes, puis le coin d’un toboggan. Elle prétend également que Maria aurait été agressée en même temps, ce que cette dernière nie tout en confirmant l’agression subie par sa camarade. La tenue d’Eric D., un tricot gris et un pantalon sombre, ne correspond également pas.

De plus, les témoignages des membres de l’équipe éducative soulèvent des questions quant à la possibilité que les deux fillettes aient pu être ensemble à ce moment-là, ainsi que concernant la surveillance du technicien. « Combien de temps encore sur la base de rien allons-nous détruire la vie d’un homme ? Nous sommes dans le doute le plus total. Lily a peut-être subi quelque chose, mais ce n’est pas de la main du prévenu », conclut l’avocate.

### « Aucun intérêt à mentir »

« Lily n’a aucun intérêt à mentir, elle ne connaît pas du tout cet homme et ne m’a jamais raconté ce genre de faits auparavant », affirme la mère de Lily à la barre, accompagnée d’une interprète espagnole. Depuis les faits présumés, sa fille « ne dort pas bien », rapporte la mère. « Elle est craintive et se réveille la nuit en ayant peur qu’un monsieur vienne l’enlever, ajoute-t-elle. Ce sont des sentiments qu’un enfant de quatre ans ne peut pas simuler ».

« Lily donne des détails trop précis pour être inventés », plaide Lucie Amar, qui évoque un phénomène de « sidération » ou de « dissociation » pouvant affecter la précision des souvenirs de la fillette. « Ce dossier est symptomatique de la place que l’on accorde à la parole d’un enfant. La parole d’une enfant, même de 4 ans, peut avoir toute sa crédibilité et toute sa portée », ajoute Me Nathalie Bucquet, avocate de l’association Innocence en danger, partie civile. Le procureur a requis une peine de quatre ans de prison, dont deux avec sursis, accompagnée d’une obligation de soins et d’une interdiction d’exercer une activité en contact avec des mineurs. Le jugement sera rendu le 31 mars à 14 heures.

*Les prénoms des mineurs ont été modifiés.