Explosion devant la synagogue de Liège : antisémitisme en hausse en Belgique ?
En septembre 2025, Unia a rapporté qu’il ne fait pas bon être juif en Belgique aujourd’hui, commentant l’évolution de l’antisémitisme après l’attaque par le Hamas du 7 octobre 2023. En 2025, Unia a reçu un total de 192 signalements relatifs à des faits présumés d’antisémitisme et de négationnisme, contre 270 signalements en 2024.
« Il ne fait pas bon être juif en Belgique aujourd’hui », déclarait Unia en septembre 2025, commentaire qui survient après l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, marquant une inquiétante évolution de l’antisémitisme dans le pays. L’explosion survenue devant une synagogue à Liège, dans la nuit de dimanche à lundi, a été qualifiée d’« acte antisémite abject » par le ministre de l’Intérieur.
Au sein d’Unia, le Centre interfédéral pour l’égalité des chances, Patrick Charlier, Directeur, confirme que cette attaque est un acte « qui relève de l’antisémitisme ». Cet incident est le second survenu à Liège en quelques semaines, après la profanation de la tombe de Jean Gol en septembre 2025.
Regularly, Unia publie des statistiques sur l’antisémitisme en Belgique. Les derniers chiffres pour 2025 ont été dévoilés. « On se trouve avec un niveau relativement élevé de signalements et de dossiers ouverts pour antisémitisme comparé aux années précédentes », indique Patrick Charlier. En 2025, Unia a enregistré 192 signalements relatifs à des faits présumés d’antisémitisme et de négationnisme, contre 270 en 2024. Cependant, 70 dossiers ont été ouverts, presque identiques aux 79 dossiers de 2024. Patrick Charlier souligne que 2024 et 2025 sont « deux années record » en matière de signalements, contre seulement 31 dossiers ouverts en 2022.
Unia note une forte augmentation des dossiers dans le domaine des « médias », avec 56% des faits signalés concernant des incidents sur internet. En deuxième position, 26% des dossiers concernent des actes dans la « vie en société », généralement dans l’espace public. Parmi les 98 dossiers clôturés en 2025, les discours de haine représentent la majeure partie, soit 46%. Patrick Charlier explique que ces discours incluent des « propos généraux à l’égard des juifs » basés sur des stéréotypes, tels que l’idée qu’ils détiennent le pouvoir ou l’argent.
Ensuite, 32% des dossiers concernent des faits de négationnisme, une catégorie distincte bien que reliée aux discours de haine. 17% des dossiers portent sur des délits de haine, comprenant des actions telles que des tags antisémites ou des profanations de tombes, y compris l’explosion devant la synagogue. Charlier note un passage de 11 à 31 dossiers de discours de haine, une évolution significative.
Chaque année, les discours de haine demeurent la catégorie la plus fréquente. Cependant, 2025 affiche une montée des dossiers en rapport au négationnisme, avec un passage de 11 à 31 dossiers. Patrick Charlier décrit le négationnisme comme se référant au régime nazi, le génocide des Juifs, employant des références et iconographies de manière inappropriée. La discrimination à l’égard des Juifs est moins courante, représentant 5% des dossiers. Charlier précise que « la discrimination n’est pas un phénomène majeur » en matière d’antisémitisme, soulignant que des refus de service basés sur la judéité sont infiniment moins fréquents que ceux motivés par d’autres facteurs comme l’origine ethnique ou le port de signes religieux.
Concernant l’émergence de nouvelles formes d’antisémitisme, certains experts examinent son lien avec la situation au Proche-Orient et les conflits impliquant les États-Unis et Israël. Patrick Charlier mentionne un « antisémitisme d’ambiance » où les Juifs en Belgique sont injustement tenus pour responsables des conflits actuels.
Isabelle Marchal, assistante en criminologie à l’ULiège, souligne l’émergence de ce « nouvel antisémitisme », en opposition à l’antisémitisme traditionnel. Elle précise que celui-ci est souvent afférent à des critiques d’Israël, des comparaisons entre sa politique et celle des nazis, et identifié davantage à l’extrémisme de gauche qu’à l’extrême droite.
Récemment, le Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique (CCOJB) et le Forum der Joods Organisaties (FJO) ont appelé à plus de coordination fédérale pour lutter contre l’antisémitisme, soulignant leurs préoccupations face à sa montée en Belgique. En 2024, l’Agence européenne pour les droits fondamentaux a réalisé une enquête concernant la discrimination et les crimes de haine à l’égard des Juifs. Sur environ 8000 répondants dans 13 pays européens, 688 Juifs en Belgique ont relevé que 84% considéraient l’antisémitisme comme un problème significatif dans leur quotidien, tandis que 97% déclaraient en avoir été témoins au cours de l’année précédente.
Les statistiques révèlent que 68% des Juifs en Belgique ont vécu de l’antisémitisme en ligne l’année écoulée, avec une inquiétude pour beaucoup concernant le harcèlement. La moitié des sondés ne portaient pas de symboles juifs en public pour des raisons de sécurité. Près d’une personne sur deux a déclaré avoir subi du harcèlement antisémite, alors que seulement 10% estiment que le gouvernement combat efficacement ce phénomène. Enfin, 47% des Juifs ont pensé quitter la Belgique ces cinq dernières années à cause de leur judéité.

