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La guerre entre Israël, les Etats-Unis et l’Iran va-t-elle se prolonger ?

L’opération militaire lancée samedi par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran pourrait s’inscrire dans la durée, avec des buts de guerre tant multiples que complexes puisqu’ils visent cette fois la tête de la République islamique et son architecture sécuritaire. Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a estimé que les sites d’où les opérations contre Téhéran ont été menées constituaient « des cibles légitimes ».


L’opération militaire débutée samedi par les États-Unis et Israël contre l’Iran pourrait se prolonger dans le temps, avec des objectifs de guerre à la fois multiples et complexes, visant cette fois-ci la direction de la République islamique et son architecture sécuritaire.

Lors de la guerre de 12 jours en juin 2025, les Israéliens, soutenus par les Américains, avaient effectué des frappes ciblées afin de détruire les sites essentiels du programme nucléaire iranien. Cette fois, « nous nous engageons dans une opération qui se déroule à une toute autre échelle, plus complexe et plus compliquée » qu’en juin, a immédiatement averti le lieutenant-général Eyal Zamir, chef d’état-major israélien.

De son côté, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a estimé que les installations d’où ont été lancées les opérations contre Téhéran constituaient « des cibles légitimes », avant que la télévision d’État iranienne ne rapporte une nouvelle vague de missiles tirés contre des bases américaines dans le Golfe. « Nous sommes dans une campagne militaire d’envergure qui, à mon avis, va durer plusieurs jours, voire plusieurs semaines », a affirmé David Khalfa, cofondateur du centre de recherches Atlantic Middle East Forum (AMEF).

### Une offensive « multidomaine »

Il s’agit « d’une offensive multidomaines » visant à « désorganiser la chaîne de commandement du régime, à faire vaciller l’appareil répressif sur ses bases et à provoquer, a minima, une transition interne, voire un changement de régime », explique l’expert à l’AFP.

Les frappes conjointes israéliennes et américaines ont ciblé le guide suprême iranien, Ali Khamenei – qui serait toujours en vie selon le chef de la diplomatie iranienne -, le chef d’état-major et le chef des Gardiens de la révolution, l’armée idéologique du régime.

Parallèlement, des frappes ont été réalisées contre le programme balistique iranien. « Il s’agit d’une campagne de décapitation tous azimuts et d’attrition des capacités iraniennes », a poursuivi David Khalfa.

> L’objectif est « à la fois de désorganiser la chaîne de commandement du régime, de faire vaciller l’appareil répressif sur ses bases et de provoquer, a minima, une transition interne, voire un changement de régime ».

Pour Sanam Vakil, directrice du programme Moyen-Orient à l’institut britannique Chatham House, les frappes israéliennes et américaines portent « un coup brutal contre l’architecture de sécurité et l’appareil de gouvernance ». « Cette nouvelle phase du conflit est existentielle et concerne clairement la survie du régime », souligne-t-elle, estimant que l’issue rapide du conflit semble « peu probable » et anticipant plutôt son extension régionale.

Le chef de la diplomatie iranienne a semblé vouloir apaiser les tensions en annonçant à la chaîne NBC avoir contacté des États du Golfe pour leur expliquer que l’Iran n’avait « aucune intention de les attaquer » « mais qu’il visait les bases américaines sur leur sol dans un acte de légitime défense ».

Bien qu’il n’y ait actuellement aucune communication avec Washington, « si les Américains veulent nous parler, ils savent comment ils peuvent me contacter », a-t-il ajouté, se disant « clairement intéressé par une désescalade ».

### Potentiel embrasement

Cependant, selon David Khalfa, les Iraniens sont déjà « dans une escalade horizontale ». Alors que la survie du régime est en jeu, « ils sont prêts à régionaliser le conflit en s’en prenant aux bases américaines dans le Golfe arabo-persique et en frappant Israël également ». Le risque existe que les pays arabes « décident d’autoriser les Américains à frapper depuis leurs bases, voire se joignent à la danse parce qu’ils pensent que le régime iranien a franchi les lignes rouges en les attaquant de manière massive », note le chercheur.

Dans le même temps, les proxys de l’Iran pourraient également inciter à l’escalade régionale, prolongeant ainsi le conflit. Le groupe chiite libanais Hezbollah a déjà appelé samedi « les États et les peuples de la région » à s’opposer à « l’agression » contre l’Iran, sans préciser s’il comptait intervenir.

Pour leur part, « les États-Unis risquent d’être entraînés au Moyen-Orient dans un nouveau conflit sans issue claire », avertit Brandan Buck, chercheur à l’institut américain Cato.

Le président Donald Trump « répète le même schéma d’auto-illusion stratégique qui a piégé ses prédécesseurs – promettant une action limitée tout en ouvrant la voie à un conflit prolongé », commente-t-il.