Tunisie

Artisanat du cuivre à Kairouan : Des artisans résistent malgré les difficultés.

À Kairouan, le nombre d’artisans du cuivre a diminué ces dernières années, passant à 28 artisans chevronnés aujourd’hui, contre 37 dans les années 80-90 et 100 dans les années 60. Inès, mère de famille, a déclaré avoir payé 70 D l’année dernière pour étamer plusieurs ustensiles de cuisine, montant qui a augmenté à 120 D cette année.


Tout le monde sait que la qualité d’un métier se mesure par sa rentabilité. Le meilleur choix professionnel est celui qui offre le plus d’équilibre moral et financier. Toutefois, le bonheur réside dans le travail qui nous permet de réaliser notre être, c’est-à-dire d’afficher notre personnalité.

Autrement dit, lorsqu’on rend un service honnête à la société tout en gagnant dignement sa vie, on se sent enrichi sur le plan affectif et moral. Ainsi, la fortune devrait être accompagnée de valeurs suprêmes, plutôt que de comptes bancaires garnis. L’essentiel est d’être honnête, d’aimer ce que l’on fait et de ne pas céder à la facilité.

Parmi les métiers particulièrement appréciés à Kairouan, se trouve celui d’artisan spécialisé dans la fabrication du cuivre, un métal semi-précieux dont les principales branches incluent la chaudronnerie, la dinanderie et l’étamage.

L’émulation entre artisans contribue à dynamiser la créativité artistique, et l’esprit créatif des professionnels témoigne d’un souci constant de répondre aux exigences de la modernité tout en préservant l’authenticité du patrimoine.

Bien que le nombre d’artisans du cuivre ait diminué ces dernières années dans la rue Ennhaïssia, comptant aujourd’hui 28 artisans chevronnés (contre 37 dans les années 80-90 et 100 dans les années 60), et ce, en raison de la pénibilité, de la saleté et des risques pour la santé liés à ce métier, certains artisans continuent à promouvoir leur savoir-faire. Ils luttent pour assurer leur survie et répondre aux besoins des mariées kairouanaises, qui s’efforcent d’acquérir des services en cuivre pour la cuisine, la boisson, l’hygiène et la beauté.

Sahbi Raïss, maître artisan en cuivre et propriétaire de deux boutiques, l’une à Ennhaïssia pour la fabrication des articles en cuivre, l’autre au sein de la Médina où il vend du cuivre martelé pour la décoration, du cuivre rouge et des objets d’ornementation, exprime sa passion pour ce métier, qui a connu plusieurs évolutions. Il souligne que bien que des difficultés surviennent en raison de la cherté de la matière première et de la rareté de la main-d’œuvre, car les jeunes préfèrent des métiers moins fatigants et moins salissants, il préfère s’en tenir aux méthodes traditionnelles avec des outils simples.

« Je suis heureux de créer des objets d’ornementation, tels que des plateaux ciselés, des candélabres et supports d’abat-jour, des lanternes, des cadres pour glaces, entre autres. En effet, avec la popularité croissante de l’inox, de l’aluminium, du verre et d’autres matériaux, les citoyens tendent à remplacer le cuivre par ces nouveaux matériaux, moins coûteux et moins exigeants en entretien. Mes principaux clients sont de jeunes fiancés désireux d’offrir à leurs fiancées des articles en cuivre lors des célébrations du Moussem du Mouled et de l’Aïd. Je suis vraiment heureux de créer et d’être utile dans ce métier que j’ai appris de mon père et de mon grand-père », déclare-t-il.

Il est important de noter que plusieurs études ont prouvé que cuisiner dans des récipients en cuivre permet de détruire les bactéries nuisibles à la santé. Par ailleurs, l’opération d’étamage doit être réalisée avant l’usage domestique, en recouvrant le cuivre d’une couche d’étain.

Enfin, la majorité des mères de famille privilégient la cuisson dans des ustensiles en cuivre pendant le mois sacré. Actuellement, il y a une augmentation des opérations d’étamage, dont les prix ont considérablement augmenté. Inès, mère de famille, raconte qu’elle a payé 70 D l’an dernier pour étamer son couscoussier, son fait-tout, son chaudron et ses casseroles. Cette année, elle a déboursé 120 D pour les mêmes articles.