À Cuba, la crise énergétique incite à trier les poubelles pour se nourrir.
Depuis janvier, les dix millions d’habitants de Cuba subissent une crise énergétique majeure. Entre janvier et septembre 2025, environ 350.000 touristes en moins ont été dénombrés par rapport à l’année précédente, selon l’Office national de statistique et d’information (ONEI).
« En plein XXIe siècle, vivre sans électricité, sans presque rien à manger et sans médicaments, c’est inhumain », déclare Marisol*, résidente de La Havane. Depuis janvier, les dix millions d’habitants de Cuba font face à une grave crise énergétique. Les livraisons de pétrole du Venezuela ont été suspendues en raison des sanctions américaines qui ont suivi l’arrestation de Nicolas Maduro.
Dans les rues colorées de cette île des Caraïbes, cette crise énergétique se fait ressentir partout. Isabel*, une touriste, décrit la « terrible ambiance » qui règne dans ce pays habituellement si accueillant. « À Trinidad, les coupures d’électricité sont fréquentes. Nous avons quelques heures d’électricité la nuit pour recharger nos appareils, mais très peu durant la journée. »
Les coupures de courant ont fortement augmenté ces dernières semaines. Cuba génère l’essentiel de son électricité grâce à de vieilles centrales thermiques qui utilisent du pétrole, du fioul ou encore du diesel. L’absence de cargaisons en provenance du Venezuela, conjuguée aux menaces de Donald Trump d’imposer des droits de douane importants sur toute nation fournissant l’île, met à mal un système énergétique déjà en difficulté.
Luis*, habitant de Cienfuegos, raconte que les coupures sont « programmées depuis plus d’un an et ont toujours été respectées ». Cependant, il reconnaît que « les zones rurales sont les plus touchées ». Même à La Havane, les coupures se sont intensifiées, selon Marisol. « Certains de mes amis ont subi des coupures de 16 heures. D’autres ont acheté des générateurs ou des panneaux solaires, mais seule une petite partie de la population peut se le permettre ! » À la périphérie de la capitale, l’AFP rapporte que des vendeurs proposent du charbon et des braseros improvisés, parfois fabriqués à partir de vieux tambours de machine à laver.
Déjà en mars 2025, certaines régions du pays faisaient face à des coupures régulières. À Vinales, à l’ouest, des habitants avaient l’habitude de laisser leurs interrupteurs allumés pour être réveillés la nuit par le retour du courant, ce qui leur permettait de faire laver ou cuisiner.
Cette pénurie d’énergie engendre de nombreuses conséquences sur la vie quotidienne. Le carburant devient de plus en plus rare. En conséquence, « les transports publics sont quasiment inexistants et les ordures ne sont pas ramassées quotidiennement, elles s’entassent », témoigne Marisol.
Le tourisme, qui est une source de revenus pour de nombreux Cubains, connaît un déclin spectaculaire. Depuis la pandémie de Covid-19, le nombre de visiteurs internationaux a chuté. Selon l’Office national de statistique et d’information (ONEI), entre janvier et septembre 2025, on a enregistré environ 350 000 touristes en moins par rapport à l’année précédente. Marisol, propriétaire d’une chambre d’hôtes, signale avoir eu « trois annulations » ces dernières semaines, un fait exceptionnel. « Les hôtels sont vides. Quelques touristes viennent encore, mais pour la haute saison, c’est très peu. »
Dans les destinations touristiques phares de Cuba, telles que Varadero, plusieurs hôtels ont fermé en raison d’une fréquentation insuffisante. Les clients ont été regroupés. Au début de la semaine, trois compagnies aériennes canadiennes (Air Transat, WestJet et Air Canada) ont suspendu leurs vols vers l’île, ne pouvant ravitailler les avions en carburant. Les Canadiens représentent la première nationalité de touristes à Cuba. « Ils vont rapatrier tous leurs clients vendredi ou samedi », indique Isabel, observant certains de ses amis partir. Les compagnies aériennes russes Rossiya et Nordwind ont également suspendu leurs vols.
« Les inégalités économiques se creusent de plus en plus, admet Luis. Mais je pense que ce sont des difficultés à surmonter. Notre quotidien a toujours été semé d’embûches. » Son optimisme n’est pas partagé par tous. À Trinidad, Isabel confie ressentir « un grand chagrin » face à la « misère du peuple cubain ». « Bien sûr, certains Cubains ont les moyens et vivent dans de belles maisons. Mais je vois également beaucoup de personnes qui fouillent les poubelles pour trouver de quoi manger ou qui mendient pour survivre. C’est catastrophique. » Dès 2024, Amnesty International alertait sur la difficulté d’accès à l’alimentation pour les Cubains, signalant des « longues files d’attente » pour obtenir des produits de première nécessité.
Coincés entre un gouvernement autoritaire et une géopolitique qui considère le territoire comme une ressource en oubliant ses habitants, les Cubains subissent cette crise de plein fouet. « Il y a une limite à la capacité de résistance des gens et cette limite a été dépassée depuis longtemps. Les Cubains ne sont même plus fatigués. Ils sont épuisés, à bout de forces. Personne ne peut être heureux en voyant autant de misère autour de soi », s’inquiète Marisol. Isabel partage ce sentiment de désespoir face à l’aggravation de la situation à Cuba. Pour elle, ce séjour sera probablement le dernier dans cette île qu’elle affectionne depuis plus de quinze ans.
* Les prénoms ont été modifiés.

