« Dans ma bulle » de Diam’s : un album parfait, générationnel (non non)
Diam’s, née Mélanie Georgiades, a sorti son album « Dans ma bulle » en 2006, qui a été certifié disque de diamant et est considéré comme le plus vendu de cette année. Vingt ans après sa sortie, cet album continue d’influencer le rap français et est encore reconnu par des artistes de la jeune génération, avec 25 % de ses auditeurs ayant entre 18 et 25 ans selon des données fournies par Deezer.
De petite banlieusarde à figure emblématique du rap français. Avec *Dans ma bulle*, son troisième album après *Premier mandat* et *Brut de femmes*, Diam’s s’impose officiellement dans un genre musical principalement dominé par les hommes. Un « album parfait », comme le décrit Fred Musa, animateur radio, dans *20 Minutes*. Cet opus célèbre déjà son vingtième anniversaire, sans perdre de sa pertinence.
Bien avant le mouvement #MeToo et la prise de conscience autour de la santé mentale, et seulement quelques mois après les émeutes de 2005, Diam’s aiguille sa plume vers des thématiques engagées, percutantes et universelles. Les réalités des banlieues, l’immigration, les violences faites aux femmes, le suicide et le body positive figurent parmi les quinze titres marquants de l’un des meilleurs albums de rap français. *Dans ma bulle* fait (presque) l’unanimité et demeure, vingt ans après, une référence pour les générations plus jeunes.
### Un album intergénérationnel qui résonne toujours
L’héritage de Diam’s, née Mélanie Georgiades, réside dans des textes qui parlent au plus grand nombre. Ce choix a été critiqué par certains rappeurs et médias spécialisés à l’époque, qui l’accusaient de faire de la variété. Cependant, cette large portée est ce qui fait la richesse de cet album certifié disque de diamant, le plus vendu en 2006. « Cet album est un phénomène de société qui contient plusieurs clés de lecture, et c’est ce qui fait sa richesse », explique Keivan Djavadzadeh, sociologue et maître de conférences à l’université Paris-8, auteur de *Hot, Cool & Vicious. Genre, race et sexualité dans le rap états-unien*.
« Diam’s est une espèce d’ovni dans le paysage musical car c’est une femme qui fait du rap, qui engrange des certifications, et qui, en plus, arrive à parler à un très grand public », souligne une citation d’un analyste.
Outre son écriture et son flow, le succès de Diam’s ne se limite pas à elle. D’autres rappeuses comme Lady Laistee, Princess Aniès ou Keny Arkana étaient actives à l’époque. Cependant, elle demeure la seule à proposer des titres plus accessibles – *Confessions nocturnes*, *Jeune demoiselle* – qui servent d’introduction à des sonorités plus profondes. Le racisme et la fracture sociale sont abordés dans *Ma France à moi* et *Marine*, tandis que le suicide est évoqué dans *Par Amour* et *T.S.*, et les dérives vécues dans les banlieues se retrouvent dans *Dans ma bulle* et *Cause à effet*. Ces deux facettes de l’artiste s’unissent dans *La boulette*, un cri de révolte d’une génération, célébré sur la piste de danse.
« Diam’s m’a confié qu’elle voulait que son album puisse traverser les époques », se souvient Fred Musa, réalisateur du documentaire *Six mois dans ma bulle* sur la création de cet ouvrage. « Elle voulait traiter des sujets forts, intimes et personnels, mais qui sauraient parler à d’autres, et qui s’inscriraient malheureusement dans le temps ». Le défi est relevé : l’héritage est bel et bien transmis. Selon des données fournies par Deezer, 25 % des auditeurs de Diam’s ont entre 18 et 25 ans, chiffre presque comparable aux générations précédentes (28 % ont entre 26 et 35 ans et 26 % entre 36 et 45 ans). De plus, *La boulette* est son titre le plus écouté ces douze derniers mois. « Il est rare aujourd’hui de trouver des artistes rap de cette époque dont la jeune génération connaît encore les morceaux », souligne Keivan Djavadzadeh.
### Toujours citée comme une référence
Dès sa sortie en 2006, *Dans ma bulle* est acclamé par les figures du rap de l’époque. « J’ai envoyé un petit message d’encouragement pour lui dire que le titre *La boulette* défonce », déclare Mokobé dans le documentaire *Six mois dans ma bulle*. Soprano ajoute : « Les gens qui vont écouter cet album vont devenir fous ». Kool Shen, de son côté, évoque le talent de Diam’s : « Je la considère comme une rappeuse au niveau et qui apporte quelque chose au rap français ». Si certains ont critiqué son flow ou ses choix musicaux, l’album a largement été validé par ses contemporains, il y a vingt ans comme aujourd’hui.
« Il n’y a pratiquement rien à jeter sur cet album. On peut dire qu’elle a signé l’album parfait. C’est normal que ce genre d’albums s’inscrive dans le temps. Tous les grands albums continuent à vivre », affirme un critique.
« C’est l’album qui m’a le plus bercé, et m’a donné envie de rapper. Cet album, c’est 50 % de mon ADN musical », a déclaré le rappeur Hatik dans une interview à Konbini au sujet de *Dans ma bulle*. Cet hommage, parmi tant d’autres venant d’artistes tels que Suzane, Dinos ou Xzena, témoigne de l’impact de cet opus et de l’héritage laissé par Diam’s, qui influence toujours le rap français. « Je la vois toujours très présente dans l’esprit de nombreux artistes, qui la citent alors qu’elle n’est plus Médialement active depuis une bonne dizaine d’années », confirme Fred Musa. Plus qu’une référence, Diam’s a ouvert la voie à une génération entière d’artistes féminines.
Impossible de comparer Aya Nakamura, Theodora ou Shay à Diam’s, tant en ce qui concerne le flow, les textes ou le positionnement artistique. Cependant, la petite banlieusarde a certainement contribué à montrer « qu’il y avait de la place pour les artistes féminines dans les musiques hip-hop », comme le souligne Keivan Djavadzadeh. Il précise cependant que cela a été « à double tranchant ». Si elle a ouvert des portes, l’obsession de l’industrie à dénicher la nouvelle Diam’s en a également fermé certaines. Néanmoins, le diamant brut a transmis un héritage que toutes cultivent aujourd’hui, même au-delà du rap : s’affirmer en tant qu’artiste féminine dans un univers toujours masculin, sans jamais se renier.

