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« Chute brutale de natalité en Chine : cinq questions sur le déclin démographique »

La population chinoise, chiffrée à 1,404 milliard, a diminué pour la quatrième année consécutive, perdant 3,39 millions de personnes en un an. Le taux de natalité en Chine est tombé l’an dernier à son niveau le plus bas depuis le début de cette statistique en 1949, avec 7,92 millions de naissances, soit une baisse de 17% par rapport à l’année précédente.

Quelle est la situation démographique en Chine ?

« La population chinoise, estimée à 1,404 milliard, a subi une diminution pour la quatrième année consécutive, affichant une perte de 3,39 millions de personnes en un an. Pendant longtemps, la politique de l’enfant unique a prévalu en matière de planification familiale. Celle-ci a pris fin en 2016, après avoir été appliquée de manière stricte depuis 1979-1980 afin de maîtriser le risque de surpopulation, à une époque où le taux de natalité était de 17,82 pour mille. Les couples chinois ont ensuite été autorisés à avoir un deuxième enfant. Cinq ans plus tard, Pékin a encore assoupli ces règles en permettant la naissance d’un troisième enfant. Cependant, il est évident que le modèle de faible fécondité est devenu dominant dans la société chinoise, s’imposant au sein des familles et des couples. » explique Bruno Masquelier, professeur de démographie à l’UCLouvain.

« Le taux de natalité en Chine a chuté l’an dernier à son niveau le plus bas depuis le début de cette statistique en 1949. Actuellement, le problème réside dans le fait qu’il y a moins de naissances et davantage de décès. La population globale projetée ne peut donc que diminuer. En Chine, depuis 2022, le nombre de décès est supérieur à celui des naissances. » poursuit le professeur. En 2025, la Chine a enregistré 7,92 millions de naissances, ce qui équivaut à un taux de 5,63 pour 1.000 habitants. Cela représente une baisse de 1,62 million de naissances par rapport à l’année précédente, soit une diminution de 17%. Parallèlement, le pays a enregistré 11,31 millions de décès, équivalant à un taux de mortalité de 8,04 pour mille l’année dernière.

Comment expliquer que la Chine voit sa population diminuer ?

« Il existe encore de nombreuses inégalités entre les femmes et les hommes sur le marché du travail. Les femmes enceintes subissent de la discrimination au travail, y compris des licenciements abusifs. Divers freins rendent la relance de la politique de fécondité fort hypothétique. Le déclin démographique en Chine semble quasiment inévitable. Il y a une inertie dans le modèle qui est très forte, ce qui rend difficile de changer cette tendance. Le véritable problème ne réside pas seulement dans le nombre d’enfants par femme, mais dans le nombre de femmes en âge de procréer. Or, les Nations Unies constatent que ce nombre va diminuer des deux tiers d’ici la fin du siècle ! » Et le professeur de faire une simulation. « Même si chaque femme avait deux enfants, la population chinoise continuerait de décliner au moins jusqu’à la fin du siècle. Le passé conditionne clairement le futur.« 

D’autant que les incertitudes concernant l’avenir, l’accès au logement, le coût élevé de l’éducation des enfants, la nécessité de s’occuper des parents âgés, ainsi que la priorité accordée à la carrière et aux changements de mode de vie dissuadent de nombreux jeunes couples d’avoir des enfants, selon les experts.

Une femme prend en photo un bébé devant une installation célébrant la prochaine fête nationale et les 20ᵉ Congrès du Parti communiste, sur la place Tiananmen à Pékin, le 29 septembre 2022. © Jade GAO / AFP

Comment fait la Chine pour résoudre ce problème démographique ?

« La Chine essaie de mettre en place des politiques pour encourager les jeunes couples à avoir des enfants. Cela est bienvenu. Depuis le 1er janvier, les parents peuvent bénéficier d’une aide financière équivalente à environ 500 dollars par an pour la garde de chaque enfant de moins de trois ans. Les autorités ont également supprimé les frais dans les crèches publiques depuis l’automne dernier. Toutefois, il est curieux de noter que depuis le 1er janvier, les consommateurs doivent désormais payer une taxe sur la valeur ajoutée de 13% sur les produits contraceptifs, y compris les préservatifs, à la suite de la suppression des exonérations. Les autorités doivent inciter les jeunes à se projeter dans une famille, mais cela devient très compliqué en raison de l’ancrage d’un modèle de faible fécondité durant des décennies.« 

Une population qui diminue, c’est un problème propre à la Chine ?

« Non, certainement pas. Le fait d’avoir une population en diminution et un nombre de décès supérieur aux naissances se produira également en Belgique dans quelques années, ainsi qu’en France. » Selon des données de la Banque mondiale, la Chine était l’un des pays affichant les taux de natalité les plus bas au monde en 2023, derrière la Corée du Sud, à un niveau comparable à celui de l’Italie, du Japon ou encore de l’Ukraine.

« L’Italie a un faible taux de fécondité, mais il s’est développé sur le long terme. Ce qui est spécifique à la Chine, c’est la rapidité de ce déclin démographique. La baisse de la fécondité y a été très rapide, beaucoup plus rapide que ce que l’on peut observer dans les pays occidentaux. Nous avons connu ce changement sur de longues périodes, tandis que la Chine et la Corée du Sud l’ont fait dans un laps de temps très court. Les enjeux se révèlent donc plus importants. Il est nécessaire de s’adapter rapidement. De plus, le vieillissement de la population peut être causé par la diminution du taux de fécondité, mais il peut également peser sur les plus jeunes, qui doivent prendre soin de leurs parents et peuvent ainsi renoncer à leur désir de procréer.« 

Cela signifie-t-il que cela aura des conséquences économiques pour la puissance chinoise ?

« Il faut être prudent et ne pas établir de corrélations entre le nombre d’habitants et la puissance économique. On constate que cela n’est pas le cas. Aujourd’hui, 1/6 de la population mondiale vit en Chine, 1/6 en Inde et 1/6 en Afrique. Cela signifie que la moitié de la population mondiale réside en Chine, en Inde ou en Afrique. Cependant, les situations économiques sont très différentes. La taille ne garantit pas la croissance.En revanche, nous observons que l’avenir de ces trois régions est radicalement distinct. En effet, les trajectoires démographiques varient. La Chine ne représente que 8% des naissances mondiales, tandis que l’Afrique absorbe 34% des naissances dans le monde. La structure par âge est également cruciale, car il faut examiner la part de la population active. La portion de la population en âge de procréer et de travailler est en déclin. C’est là que la situation devient plus préoccupante pour la Chine, car la population jusqu’à 65 ans est en diminution, tandis que la part des plus de 65 ans augmente, ce qui n’est pas le cas de l’Inde ou de l’Afrique.

Cela implique donc qu’il y aura moins de travailleurs et plus de personnes âgées nécessitant des soins. La Chine devra donc trouver des solutions pour s’occuper des personnes âgées, envisager d’augmenter l’âge actif, mais le pays n’est pas en faveur de la migration ni du recul de l’âge légal pour la retraite, par exemple. La situation s’annonce donc préoccupante pour la Chine dans les années à venir. » conclut Bruno Masquelier, professeur de démographie à l’UCLouvain.

Une femme portant un bébé visite une exposition au Musée national d’art de Chine à Pékin, le 5 avril 2016. © WANG ZHAO / AFP