Tunisie

« Zombies philosophiques » de Selima Triaa : Vertige et fantaisie au rendez-vous

La galerie Kalysté présente, du 10 au 31 janvier, « Zombies philosophiques », une exposition signée Selima Triaa. Selima Triaa, autodidacte et économiste de formation, a entamé son parcours d’exposition en 2012 avec « Légendes urbaines » à El Teatro Aire Libre.

« Nous sommes entourés de zombies philosophiques, des êtres semblables aux humains mais qui ne le sont pas, dépourvus de toute conscience. Mes dessins illustrent cette réalité à la lumière de contextes sociopolitiques », déclare Selima.

Pour elle, ces zombies font également référence aux personnes absorbées par l’intelligence artificielle et piégées dans un monde de plus en plus déshumanisé.

La Presse — La galerie Kalysté présente, du 10 au 31 janvier, « Zombies philosophiques », une exposition de Selima Triaa.

Autodidacte, Selima Triaa a une formation en économie, spécialisée en commerce international. Sa découverte de la peinture est presque due au hasard : un atelier dirigé par Mohamed Chalbi agit comme un catalyseur décisif, l’incitant à approfondir cette pratique, ce qui lui ouvre en 2011 les portes du Printemps des Arts de La Marsa.

Elle commence son parcours d’exposition en 2012 avec « Légendes urbaines » à El Teatro Aire Libre, puis en 2018 avec « Second souffle » à la Maison des Arts, « Temps d’arrêt » à Imagin’ en 2020 et « Au-delà de ce que tu vois ! » à la Librairie Fahrenheit 451 en 2024.

Aujourd’hui, installée comme artiste indépendante dans son atelier-maison, Selima Triaa concilie ses recherches artistiques, l’enseignement auprès des enfants et un engagement citoyen pour une Carthage propre et habitable.

Avec « Zombies philosophiques », elle propose une série de dessins et de collages (réalisés à partir d’anciens dessins), tantôt en monochrome, tantôt en couleur, à travers lesquels elle explore cette figure théorique issue de la philosophie de l’esprit : un être identique à l’humain au niveau atomique, mais dépourvu d’expérience consciente.

Le zombie se développe ainsi sur plusieurs plans d’existence : une vie matérielle, ancrée dans les livres, les écrans et la culture visuelle, et une vie abstraite, alimentée par l’espace symbolique et réflexif qu’il génère.

Bien qu’il trouve ses origines dans le fantastique, il a progressivement investi le domaine philosophique, devenant un outil conceptuel pour interroger la conscience, la liberté, la relation à la mort et, plus largement, les fondements de l’humanité.

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L’incursion du zombie dans la pensée contemporaine n’est pas anecdotique. L’émergence et la persistance d’une véritable « culture zombie » ou d’un « genre zombie » dans la culture populaire ont suscité un intérêt croissant dans les sciences humaines, donnant lieu à des recherches universitaires, des cours spécialisés et des publications académiques.

La philosophie a saisi cette figure pour mettre à l’épreuve les frontières entre l’humain et le non-humain.

« Nous sommes entourés de zombies philosophiques, des êtres qui ressemblent aux humains mais qui ne le sont pas, dépourvus de conscience. Mes dessins illustrent cette réalité à la lumière de contextes sociopolitiques », précise Selima.

Pour elle, ces zombies évoquent aussi les individus pris au piège de l’intelligence artificielle et enfermés dans un monde de plus en plus déshumanisé.

À travers une écriture automatique et un graphisme foisonnant, Selima Triaa déploie un univers peuplé de figures fantastiques et ludiques, où affleure une part d’enfance revendiquée.

Derrière l’apparente fantaisie, ses œuvres et leurs titres, finement ancrés dans l’actualité sociopolitique, interpellent le spectateur et le ramènent à une humanité fragile, sans cesse ébranlée.