Tunisie

Yassine Gouiâa : « Diversification des initiatives privées et des investissements, malgré tout »

Yassine Gouiâa a indiqué que le taux de croissance en 2025 est resté faible, n’ayant pas dépassé 2,5 %. Il a également précisé que la dette publique a atteint environ 85 % du produit intérieur brut.


Intervenant sur les ondes d’une radio privée, Yassine Gouiâa, président de l’Organisation nationale des entrepreneurs, a présenté son évaluation de l’année 2025, marquée par une croissance faible, des défis persistants et quelques signes encourageants.

« L’année 2025 n’a pas été une année de rupture économique. Le taux de croissance est resté faible, n’ayant pas dépassé 2,5 %. À ce niveau, il est clairement insuffisant pour créer suffisamment d’emplois et réduire le chômage », a-t-il souligné.

Concernant l’inflation, il a noté qu’« il n’y a pas eu de réel recul, mais plutôt une forme de stabilité », un « indicateur positif qu’il convient de préserver ». Le chômage est resté autour de 16 %, un chiffre qualifié de « taux préoccupant », traduisant « l’incapacité des politiques actuelles à opérer une percée réelle dans le dossier de l’emploi ».

Gouiâa a averti : « La dette publique a atteint environ 85 % du produit intérieur brut. C’est un niveau alarmant qui nécessite des mesures urgentes », compte tenu de ses « répercussions directes sur l’investissement et les finances publiques ». Il a ajouté qu’hormis la progression des investissements, « l’année 2025 n’a pas enregistré de résultats positifs marquants ».

Les investissements ont cependant progressé de 17 % par rapport à 2024, atteignant 3,2 milliards de dinars. « C’est l’un des rares points positifs que l’on peut relever », a-t-il précisé. Le secteur privé a contribué à la création d’environ 50 000 emplois. « Malgré un climat des affaires difficile, nous observons une certaine diversification des initiatives privées et des investissements », a affirmé Gouiâa.

Cependant, il a pointé un obstacle majeur : « La première difficulté rencontrée par les entreprises, notamment les PME, réside dans le coût élevé du financement. Le problème n’est pas tant la disponibilité des lignes de financement que leur décaissement effectif. Plusieurs dispositifs annoncés depuis 2024 attendent toujours leurs décrets d’application ».

Il a insisté sur l’urgence d’une vision stratégique de l’État : « Il est impératif de disposer d’une stratégie permettant aux entreprises privées d’accéder aux marchés extérieurs. Il faut adopter des décisions courageuses pour lutter contre l’économie parallèle, réduire la bureaucratie, intégrer les entreprises technologiquement avancées et s’ouvrir davantage à l’expertise et aux sociétés étrangères ». Il a rappelé que « le secteur privé a résisté en 2025 malgré l’État et non grâce à lui » et que « l’investissement existe, mais il manque d’ambition ».

Gouiâa a mis en garde contre « la pression fiscale et financière continue, qui menace la pérennité des entreprises structurées et pourrait favoriser le repli de l’économie organisée au profit de l’économie informelle ». Il a également dénoncé le flou autour de la facturation électronique : « les commerçants, les propriétaires de magasins et les experts-comptables vivent dans un climat d’incertitude et de flou ».

Enfin, il a annoncé le « ONE Business Forum », prévu le 20 janvier 2026, qu’il a qualifié de « plus grande manifestation économique du pays », réunissant « plus de 500 chefs d’entreprise tunisiens et étrangers » pour « promouvoir le réseautage, renforcer les relations professionnelles et conclure des partenariats stratégiques », afin de « consolider le secteur privé et améliorer son accès aux marchés nationaux et internationaux ».