Tunisie

Violence à l’école : l’État ne modifie pas sa méthode d’intervention

Le ministère de l’éducation a indiqué que le taux général d’exposition des élèves à la violence physique a atteint 28,4 %, avec 12,5 % ayant subi la violence une fois et 15,9 % plus d’une fois. L’étude a révélé que 57 % des cas de violence se produisent à l’intérieur des établissements scolaires, 25,8 % pendant les cours et 19,7 % à l’intérieur des salles de classe.


Le ministère de l’Éducation s’apprête à mettre en place une stratégie nationale dédiée à la protection des établissements scolaires contre la violence. Cette initiative fait partie des efforts du ministère pour lutter contre la violence en milieu scolaire et assurer un environnement sécurisé pour les élèves et le personnel éducatif.

Cette démarche s’inscrit dans une approche nationale globale visant à combattre la violence en milieu scolaire grâce à des méthodes de prévention, de sensibilisation et d’anticipation, en privilégiant des solutions éducatives, psychologiques et sociales plutôt que répressives.

La stratégie nationale repose principalement sur la formation d’une nouvelle génération d’apprenants équipés d’outils de prévention, mettant en avant la culture du dialogue, la valorisation de la diversité, le respect d’autrui, la libre expression et la lutte contre toutes les formes de discrimination.

Lors d’une conférence nationale cette semaine, en collaboration avec plusieurs organisations nationales et internationales, le ministre de l’Éducation, Nourredine Nouri, a affirmé que cette stratégie vise à instaurer un environnement scolaire sûr, garantissant un cadre respectueux fondé sur le dialogue et le respect mutuel, favorable à l’apprentissage.

Il a souligné l’importance des établissements scolaires dans l’éducation aux valeurs fondamentales, en tant que lieux propices au développement des talents et à la promotion de la pensée critique. Il a précisé que l’amélioration du secteur éducatif englobe non seulement des réformes, mais aussi la protection des établissements face à divers défis, notamment la violence.

Cette initiative reflète l’engagement de l’État tunisien pour la sécurité des élèves et la qualité de l’apprentissage. Elle fait partie d’un processus visant à renforcer la sécurité en milieu scolaire par une approche éducative intégrée combinant prévention et sensibilisation, impliquant l’école, la famille et la société civile.

### Diagnostic du phénomène avant l’élaboration de la stratégie

Dans le cadre de l’élaboration de cette stratégie, le ministère a réalisé un diagnostic de la violence dans les établissements scolaires, en collectant et en analysant des données et en recensant les formes de violence, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des établissements. Cette étude, réalisée en collaboration avec l’UNICEF, avait pour objectif de préparer une stratégie adaptée aux spécificités régionales.

Les résultats ont montré que le taux général d’exposition des élèves à la violence physique a atteint 28,4%, avec 12,5% ayant subi la violence une fois et 15,9% plus d’une fois, les garçons étant plus exposés que les filles.

L’étude a également révélé qu’environ 40% des cas de violence physique subis par les élèves provenaient d’autres élèves, tant des filles que des garçons, ce qui montre qu’une part significative des actes violents se produit à l’intérieur des écoles.

Les données ont mis en évidence que 57% des cas de violence se déroulent dans les établissements scolaires, 25,8% pendant les cours, et 19,7% dans les salles de classe, avec une forte hausse à 16,8% pendant les pauses.

De plus, 19,6% des cas de violence surviennent sur le chemin de l’école, tandis que 61,4% des élèves interrogés ont déclaré avoir été victimes de moqueries ou d’insultes.

### Les différents axes de la stratégie nationale

La stratégie nationale inclura plusieurs axes tels que le renforcement de la culture de non-violence au sein des écoles, l’appui à la gestion des conflits par les enseignants, et la promotion des mécanismes de soutien psychologique et social pour les élèves.

Elle prévoit également la mise en place de dispositifs d’intervention précoce en cas de détection de comportements violents, l’adoption de moyens de médiation et de dialogue au sein des établissements, et l’amélioration de la coordination entre l’école, la famille et les structures sociales spécialisées.

### Rôle de la famille et de la société civile

Le ministère de l’Éducation a précisé que la mise en œuvre de cette stratégie se fera dans une approche participative, impliquant divers acteurs comme les éducateurs, les administrateurs, les parents, les assistantes sociales, les psychologues et les représentants de la société civile, afin d’assurer l’efficacité des mesures à adopter.

Le ministère a également souligné l’importance du rôle de la famille dans la réduction de la violence en milieu scolaire, considérant que la prévention est une responsabilité partagée qui dépasse le cadre scolaire.

Il a mis en avant le rôle de la société civile dans l’accompagnement, la sensibilisation et le soutien aux programmes dans le cadre de cette stratégie nationale.

### Stratégie bien conçue et prête à être exécutée

Le ministère a affirmé que cette initiative vise à établir une stratégie nationale globale prête à être mise en œuvre pour protéger les établissements scolaires et garantir le droit des élèves à une éducation sécurisée.

Il a précisé que la stratégie sera appliquée de manière progressive, avec des mécanismes de suivi et d’évaluation réguliers pour mesurer son efficacité et effectuer les ajustements nécessaires en fonction des données recueillies sur le terrain.

À cet égard, le ministre de l’Éducation a déclaré que « le traitement des cas de violence nécessite l’adoption d’une approche participative », insistant sur l’importance de renforcer le partenariat avec d’autres ministères et structures gouvernementales et non gouvernementales.

Dans ce contexte, les ministères de la Justice et de l’Intérieur jouent un rôle essentiel dans la protection des établissements scolaires et dans la lutte contre toutes les formes de violence et de criminalité, tout en organisant des campagnes de sensibilisation pour les élèves et les parents concernant les dangers des comportements violents et à risque.